Incendie du bourg de Saint-Priest dans la nuit du 24 au 25 novembre 1870
Article trouvé dans le journal « Riom-Journal » édition du 27 novembre 1870
Un épouvantable incendie a éclaté dans la nuit du 24 au 25 courant au bourg de Saint-Priest-des-Champs.
Le feu s’est déclaré à neuf heures du soir chez un nommé Rougheol Gilbert, aubergiste. Activé par un vent tel que de mémoire d’homme on n’en avait point vu, il s’est communiqué avec une rapidité inouïe aux maison voisines et a dévoré tous les bâtiments situés au nord, c’est-à-dire dans la direction du vent.
Les pompiers de Saint-Gervais, les populations de tous les villages avoisinants sont arrivées en foule sur les lieux, mais les secours étaient inutiles : la violence du vent paralysait tous les efforts. Trente maisons ont été la proie des flammes ; l’église a été aux deux tiers détruits. Une grande quantité de récoltes et de bétail ont été brûlés. On estime les pertes à quatre cent mille francs environ.
Aucune personne n’a péri dans cet affreux désastre, on n’a même à signaler aucun accident sérieux.
A l’heure où nous écrivons ces lignes, l’incendie n’est pas complètement éteint et si le vent reprenait, on pourrait avoir à redouter de nouveaux malheurs.
Nous ne connaissons pas d’une manière exacte la cause du sinistre. M. Allary, sous-préfet, M. H. Gomot, procureur de la République et M. Robert, juge d’instruction, se sont rendus sur les lieux.
Un article plus complet avec plus de détails, du correspondant local du même journal, numéro du 1er décembre 1870
Dans votre dernier numéro, vous annonciez le terrible incendie qui vient de détruire en grande partie le village de Saint-Priest : j’ai pensé qu’il serait peut-être intéressant pour vos lecteurs d’avoir quelques détails sur ce lamentable événement.
Le bourg de Saint-Priest-des-Champs est bâti sur un des points les plus élevés de l’arrondissement : rien ne l’abrite contre la violence du vent. Chacun se rappelle la tempête qui a sévi dans la nuit du 24 au 25 novembre dernier. Dès six heures du soir, un vent violent s’élevait il grandissait peu à peu et à neuf heures était à son apogée. Des vieillards m’ont dit que jamais, en montagne, ils n’avaient vu un ouragan pareil. Les arbres craquaient, les toits des maisons étaient soulevés et les lumières s’éteignaient à l’intérieur des appartements.
A neuf heures et demie, les habitants de Saint-Priest étaient réveillés par les cris « Au feu ! ». L’incendie venait de se déclarer chez un nommé Rougheol, aubergiste, dont la maison est séparée de la mairie par une ruelle. En sortant de chez lui, l’instituteur avait aperçu une petite flamme brillée à l’extérieur de la paillanche (certainement mot employé pout toit en chaume) de cette maison à 5 mètres au-dessus du sol. En une minute la paillanche était léchée par le feu.
L’alarme était donnée, mais que pouvaient les secours ! Un quart d’heure s’était à peine écoulé que l’élément dévastateur se communiquait aux maisons voisines. Ce n’était pas un incendie, c’était une trombe de feu ; on eût dit qu’un gigantesque chalumeau avivait la flamme et la projetait sur le village.
Le gens de Saint-Gervais et de tous les endroits voisins accoururent en masse ; non-seulement on ne pouvait arrêter le mal, mais il était impossible de s’approcher du foyer, tant la chaleur était intense. Puis, comment préserver des maisons couvertes en paille. Néanmoins, les pompiers du chef-lieu de canton et tous les assistants firent d’héroïques efforts pour arracher quelque chose au fléau.
En quelques heures, vingt-huit maisons étaient détruites, la partie supérieure du clocher de l’église était dévorée par les flammes et la lourde croix de fer qui le dominait tombait dans le cimetière. Le presbytère était entièrement brûlé…
Le vent emportait les flammes si loin que le feu a pris trois fois au petit village de Laval, situé à deux kilomètres de Saint-Priest (un peu moins loin !). Les habitants n’ont pu préserver leurs maisons qu’en les couvrant avec des draps mouillés.
Ce qui donne à cette nuit un caractère lamentable, ce sont les plaintes, les gémissements de tous ces malheureux, troublé dans leur sommeil et dont la plupart n’ont pu emporter que vêtement qu’ils avaient sur le corps.
Dimanche dernier, la justice et l’administration se sont transportées sur les lieux. M. le sous-préfet a distribué des secours aux familles nécessiteuses. M. A. Robert, que ses relations de famille rattachent à notre pays, a laissé pour les malheureux une généreuse offrande.
La malveillance est évidemment étrangère à ce sinistre, on s’accorde à l’attribuer à des flammèches sorties d’une cheminée et projetées par le vent.
Les pertes s’élèvent à plus de 200.000 francs, sur vingt-huit maisons, deux seulement étaient assurées.
D'après le document, aux Archives Départementales, P 10564 : Table alphabétique des propriétaires compris dans la matrice, nous trouvons une liste des maisons incendiées en 1870.
Les bâtiments reportés sur les deux plans du bourg, cela nous donne les positions ci-dessous. Tout cela reste à vérifier plus précisement (Par exemple : les maisons 552 et 573 ont été démolies respectivement en 1842 et 1844).


