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24 août 2023 4 24 /08 /août /2023 11:07

L’accusée

            Pauline Montandraud est âgée de 27 ans. N’ayant plus ses parents depuis longtemps, elle a constamment travaillé aux champs. Elle était domestique chez les anciens métayers du domaine de la Goese, les époux Guillain, et est restée avec la nouvelle exploitation.

            Toutes les personnes qui la connaissent sont unanimes à dire qu’elle a un caractère fantasque, presque sauvage, une intelligence peu développée. Petite, mais massive, elle est douée d’une grande force.

            C’est, en un mot, une nature brute, pouvant malheureusement subir facilement une impulsion, soit dans le sens du bien, soit dans le sens du mal.

            Puisque nous parlons du bien qu’elle pouvait faire, nous pouvons citer au moins une action d’éclat à son actif. Il y a trois ans, un incendie grave éclata au bourg de Charensat ; on la vit arriver dès la première heure, monter à une échelle et se tenir au pignon du toit enflammé pour verser des seaux d’eau sur le brasier. Cet acte, certainement digne d’éloges, mais extraordinaire pour une femme, indique précisément un esprit irréfléchi, tout à la fougue du premier mouvement.

            Il y a dans sa conduite d’autres faits aussi bizarres qui montrent mieux encore l’état singulier de son esprit. Elle passait la plupart de ses nuits à parcourir la campagne : dans quel but ? on l’ignore, mais on ne pense pas que ce soit dans un but d’immoralité.

            Ne serait-ce pas au cours de ces promenades nocturnes qu’elle aurait eu des entrevues avec l’auteur des lettres anonymes et aurait pu le renseigner sur ce qui se passait à la Gorse.

            Pauline Montandraud a été longuement interrogée par les magistrats. A toutes les questions qu’on lui a posées, elle a répondu avec sa brusquerie habituelle, qui frise la grossièreté, qu’elle n’était pas coupable.

            Vous me jugerez si vous voulez, disait-elle, vous êtes les maîtres, mais ce n’est pas moi.

            Le procureur a décerné un mandat d’arrêt contre elle et les gendarmes l’ont emmenée à pied jusqu’à Charensat, d’où elle a été conduite en voiture par M. Bouchet, maître d’hôtel à Saint-Gervais, pour être ensuite dirigée sur Manzat et Riom.

            Son arrestation ne semblait lui causer aucune peine ; cependant i y eut un moment où elle fut saisie d’une forte émotion, c’est quand elle dut passer, à Charensat, devant la maison qu’habitent son oncle et sa tante, les seuls parents qui lui restent, et qui ont beaucoup d’affection pour elle.

           

La victime

            Nous sommes allés hier matin au domaine de la Gorse. Après ce que nous avions entendu dire, nous pouvions supposer que la femme Basset serait encore gravement malade et qu’elle était alitée.

            La première personne à qui nous nous sommes adressés, c’était elle-même, debout, travaillant, ne gardant pas, sur sa figure au moins, les traces de la tentative d’empoisonnement dont elle avait été victime.

            « Je souffre encore, nous dit-elle, dans l’estomac et je puis boire que du lait, mais il faut travailler tout de même, maintenant surtout que je suis seule pour faire le ménage ».

            Et la brave femme nous raconte tout au long comment elle fut prise de douleurs.

            Elle souffrit horriblement, au point qu’on la crut perdue et qu’on appela M. l’abbé Roche, vicaire à Charensat, pour lui administrer les derniers sacrements. Grâce aux soins qui lui furent donnés par M. le docteur Jamet, elle se trouva mieux et maintenant son rétablissement complet n’est plus qu’une question de temps.

            Les deux chiens, à qui on avait donné du lait, le meilleur contre-poison en la circonstance, sont également hors d’affaire.

            « Comment, demandons-nous à la femme Basset, pensez-vous que le sulfate de cuivre ait été mis dans votre soupe ?

            Je ne puis pas le savoir, dit-elle, je n’ai rien vu. Il ne serait peut-être pas impossible que, du sac où il se trouvait sur la cheminée, il en soit tombé un morceau dans la marmite, au moment où je trempais ma soupe ».

            La femme Basset nous montre la place où était le sac, car il a été saisi par les magistrats, et nous dit qu’il était percé par endroits.

            Mais elle donne cette explication sans conviction, comme pour parler. Elle semblerait défendre Pauline Montandraud ; en tout cas, elle n’a pas conservé contre la jeune fille la moindre animosité ; elle en fait même l’éloge.

            « C’est, dit-elle, une bonne travailleuse et je n’avais qu’à me louer d’elle ; jamais nous n’avons eu ensemble la moindre difficulté, mais elle a un caractère très bizarre et souvent j’ai remarqué qu’elle paraissait très préoccupée. Un jour, elle m’a dit, il n’y a pas longtemps : « Je serais bien heureuse, si j’étais morte. » J’essayais de la consoler, mais je ne pouvais pas y arriver, parce que je ne connaissais pas la cause de son chagrin. C’était au moment où elle faisait ses sorties pendant la nuit ; j’avais essayé de lui faire quelques petits reproches pour cela, mais elle me fit comprendre que ça ne me regardait pas et comme elle est d’âge à savoir ce qu’elle fait et à agir à sa guise, le l’ai laissé libre.

            La femme Basset nous parle ensuite des lettres anonymes.

            « Sans ces lettres, jamais je n’aurais cru Pauline coupable, j’aurais pensé à un accident.

            Soupçonnez-vous la provenance de ces lettres ?

            Pas du tout, je ne me connais pas d’ennemis et il me semble qu’on ne m’en voulait pas personnellement, ni à mon mari, mais qu’on cherchait simplement à jeter la division dans le personnel du domaine et à me faire partir. Peut-être sont-ce des jaloux qui enviaient notre position, je n’en sais rien.

            Alors, selon vous, Pauline Montandraud aurait obéi à des suggestions étrangères ?

            Je ne puis pas croire que l’idée de commettre ce crime, d’essayer de m’empoisonner lui soit venue ; il a fallu qu’elle fût poussée par quelqu’un. »

            La femme Basset estime qu’au moment où elle a mangé sa soupe, le sulfate de cuivre qu’on y avait mis ne devait pas être complètement fondu, sans cela elle fût morte rapidement, si elle avait mangé la même quantité de soupe.

            La femme Basset, née Françoise Beaufort, est âgée de 34 ans ; elle jouit de l’estime générale et tous ceux qui la connaissent sont vivement affectés du malheur qui l’a frappée.

 

Le mobile du crime – Le vrai coupable

Après tout ce que nous avons dit, nos lecteurs ont eux-mêmes tiré la conclusion.

Le vrai coupable, ce n’est pas Pauline Montandraud. Fille simple, presque sauvage, n’ayant au fond du cœur, on peut le dire, pas plus de haine que de bons sentiments, elle était incapable d’inventer l’épouvantable projet qu’elle a mis à exécution.

Il est vraisemblable que quelqu’un se trouvait derrière elle, ayant une basse vengeance à accomplir, et a guidé sa main. Ce n’était pas difficile de lui inspirer des idées semblables : il suffisait de la prendre par l’amour-propre. On lui eût fait entendre, par exemple, qu’elle avait intérêt à se débarrasser de la femme Basset pour prendre sa place, et la malheureuse n’eût pas hésité à commettre un crime dont elle ne comprenait pas toute l’horreur.

L’auteur des lettres anonymes est évidemment celui qui l’a poussée à cette tentative d’empoisonnement.

C’est celui que la justice recherche déjà. Elle a entre les mains toutes les lettres adressées à la Gorse et il est permis d’espérer que le vrai coupable ne tardera pas à être connu. Le champ des recherches est, du reste, assez limité, car on a remarqué que toutes les lettres avaient été déposées au bureau de poste de Charensat ; il n’y a donc pas à chercher en dehors de la commune.

Ce sera un soulagement d’apprendre que ce triste personnage, qui a conçu froidement et fait exécuter par une main inconsciente un crime dont les conséquences pouvaient être épouvantables, va expier chèrement sa faute.

 

L’avenir du Puy-de-Dôme, journal du 28 juin 1897.

 

En vertu d’une ordonnance de non-lieu de M. le juge d’instruction de Riom, la nommée Pauline Montandraud, qui avait été inculpée d’empoisonnement, vient d’être mise en liberté provisoire.

Ainsi que nous l’avions fait prévoir, il a été impossible d’obtenir un aveu et les charges qui pesaient sur elle, quoique graves, n’étaient pas suffisantes pour la maintenir en prison.

On a, d’autre part, vainement cherché l’auteur des lettres anonymes ; on a fait écrire un grand nombre de personnes pour comparer l’écriture, on n’en a trouvé qu’une dont l’écriture se rapprochât un peu et précisément cette personne ne pouvait pas être soupçonnée.

L’auteur des lettres anonymes a une écriture irrégulière, en fantine, à moins, ce qui est très possible, que cette écriture ne soit pas la sienne et qu’il ait dicté, par exemple, les lettres à un enfant.

 

L’avenir du Puy-de-Dôme, journal du 15 juillet 1897.

           

           

Qui était cette femme BASSET :

 

Françoise Beaufort est née au village du Vernadel, le 18 septembre 1862 ; elle est la fille de Gilbert et de Françoise CAILLOT, tous propriétaires-cultivateurs domiciliés au village du Vernadel. Elle épouse, le 29 avril 1881 à Saint-Priest-des-Champs, Pierre BASSET, né à Chamflux commune de Gouttières, le 23 avril 1861, fils de Gervais, décédé à Gouttières, le 27 avril 1879 et de Françoise GAUVAIN, cultivatrice-colon avec son fils au village de Chamflux.

Le couple BASSET a eu deux enfants nés au Vernadel :

            Pierre François, né le 13 novembre 1881 et décédé le 7 décembre de la même année ;

            Marie, née le 28 septembre 1882.

Première partie de l'article

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17 août 2023 4 17 /08 /août /2023 11:06

C’est au domaine de la Gorse que s’est produit le drame. Ce domaine, qui appartient à M. Bréchard, avoué à Montluçon, est situé à 2 kilomètres environ de Charensat, près du vaste étang de Chancelade.

Jusqu’à l’année dernière, M. Bréchard avait fait exploiter son domaine, qui est très important, par des métayers, mais, à la Saint-Martin dernière, au mois de novembre, il avait décider d’employer un autre mode d’exploitation et il avait remplacé les métayers, les époux Guillain, par des domestiques sous les ordres d’un gérant, M. Antoine Jasse.

Un domaine aussi considérable que celui de la Gorse exige un nombreux personnel, aussi on ne comptait pas moins de six domestiques, ayant, bien entendu, plus ou moins d’autorité, suivant les conditions de leur engagement ; c’étaient d’abord les époux Basset, le mari, chargé des animaux, la femme s’occupant du ménage et du service intérieur de la ferme ; Jean-Baptiste Neveu, un jeune homme de 22 ans, une jeune fille, Pauline Montandraud, âgée de 27 ans, et deux petits domestiques, Blaise Nénot, âgé de 18 ans, et Eugène Rougane, âgé de 16 ans. Le personnel se complétait encore de l’enfant des époux Basset, une fillette de 13 ans.

L’accord le plus complet existait entre toutes ces personnes et jamais on n’eût supposé qu’un drame pût éclater parmi elles.

 

L’empoisonnement

La femme Basset étant chargée du ménage préparait le repas de tout le personnel. Il en fut ainsi mercredi soir, le 23 juin, sauf toutefois que ce jour-là les convives étaient un peu moins nombreux. En effet, dans la journée, le gérant était parti avec Basset et Neveu pour aller mener du foin à Charensat et ne devaient rentrer qu’assez tard dans la nuit.

Vers 8 heures, le souper était prêt pour Pauline Montandraud et les deux petits domestiques qui se mirent à table. On commençait naturellement par la soupe et la femme Basset avait rempli le bol de chacun.

Quant à elle, trouvant le potage un peu chaud et ayant quelques petits travaux à faire, elle avait déposé son bol sur un buffet et était sortie. Ce n’est qu’après un quart d’heure ou une demi-heure qu’elle revint reprendre son bol et alla manger dehors. La nuit commençait à venir, elle ne remarqua rien dans son potage, mais dès la première cuillerée elle lui trouva un goût singulier.

Elle en fit aussitôt la remarque et Pauline Montandraud lui répondit qu’elle et les petits domestiques avaient trouvé la soupe trop salée, mais qu’après y avoir ajouté du lait, ils l’avaient cependant mangée.

Alors, je la mangerai bien aussi moi, se dit la femme Basset, et elle avala encore quelques cuillerées, mais décidément le goût était trop désagréable ; elle exprima une partie du bouillon, puis elle remit de l’eau et du lait dans le bol.

Elle se remit à manger, mais le goût salé, amer, persistait, si bien qu’ayant absorbé à peu près la moitié du bol, elle alla jeter le reste dans le baquet des chiens. Peu après, elle sentit à la gorge et à la poitrine une vive irritation, et bientôt c’était des brûlures horribles.

En même temps, on entendait les deux chiens du domaine pousser des hurlements de douleur. Les deux bêtes avaient mangé le reste de la soupe ; il était donc évident que le mal dont souffrait la femme Basset et les deux bêtes provenait de la même cause : c’était un empoisonnement.

La pensée ne vint pas à la femme Basset qu’elle était empoisonnée volontairement ; elle crut qu’une araignée venimeuse était tombée dans son bol et que son mal venait de là.

Il était nécessaire cependant d’apporter des soins immédiats et d’appeler un médecin, d’autant mieux que de toutes les personnes du domaine présentes, auxquelles étaient venus se joindre les gens d’une ferme voisine, aucune ne savait quel remède employer.

Un des hommes partit pour Charensat chercher le mari de la femme Basset et une religieuse donnant à l’occasion des soins aux malades, pendant qu’un autre partait pour le Montel-de-Gelat chercher le docteur Jamet.

On avait beaucoup remarqué, s’empressant autour de la malade, la domestique du domaine, Pauline Montandraud ; dès les premiers symptômes de l’empoisonnement, elle était allée appeler les fermiers voisins, elle avait cherché quels remèdes devaient être employés, mais elle paraissait croire, comme la femme Basset, qu’il s’agissait de venin et avait écarté le lait qui, disait-elle, eût été dangereux. On ne l’aurait certainement pas soupçonnée à ce moment d’être l’auteur de l’empoisonnement, cependant on n’allait pas tarder à la déclarer coupable.

 

La cause de l’empoisonnement – L’enquête

Quand M. le docteur Jamet fut arrivé, il reconnut aussitôt les symptômes d’un empoisonnement par le sulfate de cuivre.

Le sulfate de cuivre n’était pas inconnu au domaine : on s’en servait chaque année en dissolution pour laver le froment destiné à l’ensemencement et le mettre ainsi à l’abri des insectes ; on l’employait encore réduit en poudre, dans une maladie qui atteint les piedes du mouton. Il en restait une certaine quantité dans un sac qui se trouvait précisément placé sur une planchette surmontant la cheminée de la cuisine.

Restait à savoir si le sulfate de cuivre avait pu tomber accidentellement au moment où la femme Basset trempait la soupe ou bien s’il avait été mis dans le bol par une main criminelle.

La première hypothèse paraissait peu admissible ; on pouvait croire à la seconde, mais il fallait qu’elle fût appuyée de quelques preuves.

Il s’en chuchota une tout d’abord. Les petits domestiques, Blaise Nénot et Eugène Rougane, avaient remarqué l’attitude assez singulière de Pauline Montandraud, au moment du repas. Elle avait commencé par dire qu’elle n’avait pas faim et pendant que les jeunes gens mangeaient, elle avait à plusieurs reprises fait le tour de la pièce et s’était arrêtée devant le buffet sur lequel était placé le bol de la femme Basset.

C’était un indice qui devait mettre sur une piste. M. Bréchard, le propriétaire, avait aussitôt été avisé de ces faits et s’était empressé d’en informer le juge de paix de Saint-Gervais.

Vendredi, le juge de paix arrivait à Charensat, accompagné de M. le docteur Bataille, et commençait l’enquête. En même temps, il avait prévenu le parquet de Riom qui partait vendredi soir et qui arrivait samedi matin à Charensat.

La justice se rendit donc à la Gorse et c’est là que furent interrogés les témoins, qu fut achevé l’enquête.

Quand le parquet repartit à 11 heures, une arrestation avait été opérée, celle de Pauline Montandraud.

 

Les lettres anonymes

Les déclarations des petits domestiques avaient été appuyées par un autre élément de preuves, qui avait une grande portée.

Depuis quelques mois, à la Gorse, c’était une véritable pluie de lettres anonymes. La première était arrivée adressée, comme le furent toutes les autres depuis, à la femme Basset, dans le courant de février dernier ; elles suivirent ensuite à peu près de semaine en semaine.

Ce que contenaient ces lettres ? Des calomnies et des calomnies nouvelles à chaque lettre. On mettait successivement en jeu le gérant, M. Jasse, les époux Basset et Pauline Montandraud.

Un jour on attaquait leur moralité, un autre jour leur honnêteté. C’est ainsi qu’une lettre accusait la femme Basset de voler des produits de la ferme et de les emporter chez ses parents à Saint-Priest-des-Champs.

Chose assez singulière, dans la plupart de ces lettres il était fait allusion à des propos tenus au domaine ou à des faits qui s’y étaient passés. L’auteur des lettres savait donc ce qui se passait à la Gorse et, comme il n’y habitait pas, il fallait qu’il fût tenu par quelqu’un au courant de tout ce qui s’y passait.

L’idée qui perçait derrière ces lettres était qu’on voulait décourager les époux Basset et les engager à quitter le domaine. Ca ne marchera jamais bien à la Gorse, leur disait-on un jour, tant que M. Bréchard ne reviendra pas aux Métayers, ou bien encore : Partez, si vous ne voulez pas qu’il vous arrive des malheurs.

La première lettre, la femme Basset, ne voulant y attacher aucune importance, l’avait brûlée ; la seconde l’émut davantage et la montra à M. Jasse, qui ne voulut pas non plus s’en préoccuper ; mais les autres le troublèrent à son tour. Les lettres anonymes répétées si fréquemment causèrent beaucoup d’ennuis et une vraie gêne aux habitants du domaine ; il semblait que les lettres fussent une menace continuelle.

M. Jasse avait pris une mesure pour empêcher ces lettres de tomber entre les mains de la femme Basset.

Celle-ci donc finit par croire qu’on allait la laisser tranquille, mais les lettres arrivaient toujours, et M. Jasse, qui y était constamment visé, en était fort ennuyé.

Le 18, il en eut une nouvelle qui lui parut tellement grave qu’il se crut obligé de la montrer à la femme Basset. Mais celle-ci ayant peu d’instruction, d’autre part la lettre étant mal écrite, ne sut pas la lire et cependant il y avait quelque chose qui l’intéressait vivement.

En effet, il était dit dans cette lettre qu’elle serait empoisonnée le 23 ; l’événement est venu malheureusement confirmer cette prédiction.

On aurait pu croire que ces lettres étaient envoyées par Pauline Montandraud, mais la jeune fille ne sait pas écrire et, d’autre part, elle y était assez malmenée.

Ceci nous amène donc à parler de cette jeune fille et les rapports qu’elle a pu avoir avec l’auteur de ces lettres anonymes.

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4 décembre 2022 7 04 /12 /décembre /2022 18:15

Cour d’Assises du Puy-de-Dôme

Audience du 6 août 1896

Affaire du Quartier

 

Pas plus que les précédentes, cette affaire ne suscite une grande curiosité.

L’accusé, Gilbert Souillat, âgé de 32 ans, qui exerçait au Quartier les professions de cultivateur et maçon, est un personnage peu intéressant.

C’est un criminel vulgaire qui, ayant déjà un peu l’habitude de la justice, ne parait nullement étonné de se trouver sur le banc des accusés ; il en parait au contraire presque satisfait, car fréquemment on le voit sourire.

Il se défend énergiquement, accusant tous les témoins de mensonge.

M. Depeiges occupe le siège du ministère public ; M. Seguin est au banc de la défense.

 

Acte d’accusation

            Le 29 avril 1896, vers dix heures du soir, Gilberte Passavy, épouse Souillat, menacée par son mari qui la maltraitait fréquemment, s’était réfugiée chez François Passavy, son frère, et l’avait supplié de la recueillir. Quelques instants après, survint Souillat furieux et pris de vin ; il invectiva son beau-frère, qui était couché. Poussé à bout, celui-ci se leva et, avec l’aide de sa femme, il mit Souillat à la porte ; il reçut, en repoussant l’accusé, deux coups à la tête, assénés à l’aide d’une pierre ou de tout autre instrument contondant que Souillat tenait à la main, mais il n’en est point résulté de blessures graves.

            Au même moment, le nommé Doucet Jean, beau-frère et voisin de Passavy, sortit devant sa porte et dit à Souillat : « N’y reviens pas, cela irait mal pour toi ». Souillat se retira, mais il ne tarda pas à revenir et, à la suite de quelques propos sans importance, il frappa Doucet à la tête au moyen d’une pierre. Le coup fut si violent que le choc fut entendu par les voisins.

            Souillat prit alors la fuite et Doucet rentra chez Passavy tout ensanglanté en disant ; « Souillat m’a assommé ». Il fut ensuite reconduit à son domicile et ne tarda pas à perdre la parole. Il est demeuré sans connaissance jusqu’à sa mort, survenue trois jours après, c’est-à-dire le 2 mai suivant.

            Il résulte de l’autopsie faite par le médecin légiste que cette mort a été la conséquence directe du coup. L’accusé ne nie pas le fait qui lui est reproché ; il a prétendu d’abord ne pas s’en souvenir, à cause de l’état d’ivresse dans lequel il se trouvait. Il a essayé ensuite d’atténuer la faute en soutenant que Doucet avait des relations coupables avec sa femme ; ce fait a été démenti par l’information.

            Souillat est en outre accusé d’incendie volontaire. Dans la nuit du 13 au 14 octobre dernier, au Quartier, un corps de bâtiment lui appartenant, quelques objets mobiliers et des récoltes renfermés dans cet immeuble devenaient la proie des flammes. Un édifice voisin, appartenant à la veuve Taubaty et auquel le feu se communiqua, fut aussitôt incendié.

            Souillat avait été dénoncé comme l’auteur de ces deux sinistres. Une instruction ouverte contre lui à cette occasion avait d’abord été close pour insuffisance de preuves par une ordonnance de non-lieu ; elle a été reprise ultérieurement sur charges nouvelles, et les éléments d’information recueillis ont permis d’établir la culpabilité de Souillat.

            En effet il avait assuré son immeuble et son mobilier pour une somme supérieure à leur valeur réelle ; il a indiqué à différentes époques qu’il espérait tirer profit de cette situation. Il a même proposé à un témoin de mettre le feu chez lui, moyennant une somme d’argent.

            De plus, l’incendie s’est déclaré alors que Souillat était seul à son domicile ; au lieu de chercher à l’éteindre, il est resté inactif ; mais le bétail, qui n’était point assuré, était sorti de l’étable lorsque les voisins accourus sur les lieux.

            Enfin, il a tenu plusieurs propos qui semblent contenir l’aveu implicite de la culpabilité. 

            Malgré ces charges, Souillat a nié constamment le fait d’incendie qui lui est reproché. L’accusé a déjà subi une condamnation pour coups et blessures. Les renseignements recueillis sur son compte ne sont pas favorables : il s’adonnait à l’ivrognerie, maltraitait journellement sa femme et s’était fait redouter de tous ses voisins.

 

Interrogatoire de l’accusé

            M. le président parle d’abord des antécédents de l’accusé, qui sont mauvais.

            - Je n’ai fait de mal à personne, répond l’accusé.

            - Tout le monde n’est pas de votre avis. Vous passez pour être ivrogne, batailleur et d’une moralité douteuse. Vous n’avez été condamné qu’une fois, il est vrai, et légèrement : 25 francs d’amende seulement.

            - C’était déjà trop.

            - On s’était trompé en donnant votre bulletin judiciaire, et on avait remis celui de votre frère, qui a subi des peines importantes. Toute votre famille, du reste, a passé devant la justice. On vous représente comme « du monde capable de faire tout le mal possible. »

            - Nous avons toujours cherché à gagner notre vie honnêtement, sans faire de mal.

            - Les condamnations de votre père et de vos frères prouvent le contraire. Pou vous, vous êtes très redoté dans le pays ; dans les auberges, on vous craint.

            - Dans des auberges où j’ai été deux ans sans aller.

            - Vous vous êtes bien rattrapé depuis, alors. Vous avez une très bonne opinion de vous, mais elle n’est malheureusement pas appuyée par des faits. Quant à votre victime, Doucet, c’était un homme très doux, très estimé, le contraire de vous, en un mot. Vous le disiez votre meilleur ami et vous avez même déclaré à l’instruction que vous l’aviez frappé par amitié.

            - Je n’ai jamais dit ça.

            - C’est tout au long dans l’instruction et à plusieurs reprises. Vous n’avez jamais rien eu à reprocher à Doucet ?

            - Je ne sais pas comment j’ai fait ; je ne m’en rappelle même pas.

            - Vous ne dites plus aujourd’hui que Doucet était votre meilleur ami. Vous changez une fois de plus votre système ; vous reprenez celui que vous aviez invoqué tout d’abord.

            - Je dis la vérité, je suis ici pour ça.

            - Non, vous n’êtes pas pour dire la vérité et on ne vous croira pas.

            M. le président arrive ensuite au meurtre.

            - Vous avez passé la journée du crime dans les auberges. En rentrant chez vous, vous vous êtes conduit de la façon la plus grossière avec votre femme ; vousl’avez mise à la porte et vous l’avez obligée à aller coucher chez votre beau-frère Passavy.

            - J’ai passé la journée à m’occuper de l’enterrement de ma belle-sœur qui venait de mourir. Le soir je suis rentré pour coucher mon enfant, sa mère n’étant pas là.

            - Elle avait une bonne raison de ne pas être là ; vous l’aviez mise à la porte en fermant la porte à clef.

            - Elle était bien contente de s’en aller.

            - Pourquoi donc ?

            - Parce que Doucet était son amant.

            - Ah ! vous reprenez le système de défense que vous a indiqué votre mère. Elle vous a bien fait la leçon votre mère, seulement vous avez eu le tort de dire le contraire pendant l’instruction. Vous avez dit à ce moment que vous n’aviez rien à reprocher à votre femme.

            - Je ne voulais pas le dire.

            - Vos scrupules, s’ils sont justes, ce qui ne parait pas vraisemblable, sont singuliers car vous n’avez pas toujours été aussi délicat. Enfin, revenons à l’affaire. Vous avez passé la journée, dites-vous, à vous occuper de l’enterrement de votre belle-sœur.

            - Oui, j’ai porté secours à mon frère.

            - Vous avez une singulière manière de lui porter secours ; vous vous êtes battu avec lui toute la journée. Le soir, vous êtes allé faire une scène chez Passavy. Vous maltraitiez votre femme ?

            - Je ne l’ai jamais frappée.

            - Il n’y a qu’une voix dans la commune pour vous accuser. Vous êtes donc allé chez Passavy vers 9 heures ½ du soir ; vous n’alliez pas chercher votre femme.

            - Si, j’allais la chercher.

            - Vous ne vous êtes pas occupé d’elle. Vous avez commencé par insulter Passavy qui vous a répondu doucement : « Emmène ta femme et rentre chez toi. » Ca ne faisait pas votre affaire ; vous aviez apporté une pierre et vous la lui jetez à la tête. Passavy perd alors patience ; il se lève ainsi que sa femme pour vous mettre à la porte. Vous vous jetez sur lui et, armé de votre clef vous le frappez brutalement.

            - Je ne l’ai pas frappé.

            - Les blessures sont là cependant.

            - Ce n’est pas moi qui les ai faites.

            - Enfin, vous vous enfuyez chez vous et pas une fois vous ne pensez à votre femme.

            - J’étais venu pour la demander.

            - Rentré chez vous, vous ne tardez pas à revenir. Vous aviez soif de bataille. Ainsi que vous l’avez dit dans la journée, vous vouliez faire un mauvais coup.

            - Non, j’allais chercher ma femme.

            - Vous vous en moquiez pas mal de votre femme. Vous allez de nouveau frapper chez Passavy ; cette fois, c’est la femme de Passavy qui vous engage à rentrer chez vous et à vous emmener.

            - Elle ne m’a rien dit.

            - Si, elle vous a parlé et vous vous êtes écrié : « Il faut que j’en tue un avant de partir. »

            - Je n’ai jamais dit ça.

            - C’est alors que Doucet intervient et vous donne aussi le conseil de vous retirer. Pour répons, vous prenez une pierre et vous le frappez à la tête.

            - Je ne sais pas comment ça c’est fait.

            - Vous aviez donc ramassé une pierre en sortant de chez Passavy.

            - C’est Doucet qui m’a frappé le premier ; il m’a égratigné à la figure, j’en avais la trace.

            - Ce n’est pas étonnant que vous ayez été égratigné, vous vous êtes battu toute la journée.

            - Non, ça vient de Doucet.

            - Vous vous rappelez de ce détail et ensuite vous ne vous rappelez plus de rien ; c’est curieux. Après avoir terrassé Doucet vous vous enfuyez encore chez vous.

            Mis en garde par la réflexion de M. le président, Souillat juge prudent alors de déclarer qu’il ne se rappelle plus de rien.

            - Pendant les jours qui ont suivi le crime, vous vous êtes caché.

            - Je n’ai pas du tout cherché à me cacher.

            - Cependant, les gendarmes ne vous trouvent pas et ce n’est que le 2 mai, quatre jours après le crime, qu’ils peuvent vous interroger. Vous êtes allé chez le médecin faire constater vos blessures ; il n’a constaté qu’une meurtrissure au visage.

            - Je n’ai pas montré les autres.

            - Si vous aviez eu d’autres blessures, vous les auriez fait constater. Vous prétendez que Doucet vous a frappé d’un coup de bâton.

            - Oui.

            - Eh bien, les témoins disent le contraire.

            M. le président montre ensuite les contradictions qui résultent des déclarations de l’accusé, tant à l’audience qu’à l’instruction.

            On arrive ensuite à l’incendie. Une première fois, Souillat bénéficie d’une ordonnance de non-lieu.

            - Aussitôt en liberté, dit M. le président, vous vous mettez à insulter et à menacer les témoins qui avaient déposé contre vous.

            - Je n’ai menacé personne.

            - Vous niez, comme toujours. L’incendie eut la nuit du 13 au 14 octobre 1895 ; ce soir-là, vous aviez été à l’auberge avec Roche et Passavy. Vous quittez Roche et Passavy vers minuit ; une demi-heure après, le feu était dans votre maison. Votre femme était chez Passavy ?

            - Oui.

            - En rentrant chez lui, Passavy prévient votre femme qui se lève et va vous rejoindre. Un quart-d ’heure après, elle revient prévenir sa mère et Passavy que le feu était chez vous. Or, quand Passavy était passé, il n’y avait pas de trace de feu et, un quart-d’heure après, tout brûlait. Comment voulez-vous que le feu ait pris aussi brusquement si vous ne l’avez pas mis/

            - Je ne sais pas comment l’incendie s’est déclaré ; ce n’est toujours pas moi qui ai mis le feu.

            - Votre attitude pendant l’incendie est cependant assez singulière. Vous n’appelez pas au secours, vous ne faites rien pour éteindre le feu ; mais ce qu’il y a de mieux, c’est que quand on arrive pour organiser les secours, on trouve vos bestiaux sortis de l’étable ; or, vos bestiaux n’étaient pas assurés, vous aviez eu bien soin de les sauver.

            - Je les ai sauvés parce que j’y ai pensé et que j’en ai eu le temps.

            - Il y a une autre charge plus grave contre vous. On vous a demandé des explications pendant l’incendie ; vous avez compris à ce moment la nécessité de faire croire que vous n’étiez pas resté seul. A un voisin qui vous interrogeait vous avez dit : « Je suis allé chercher ma femme chez Passavy, je ne sais pas comment ça s’est fait. » Or, vous n’êtes point allé chez Passavy ; celui-ci vous a quitté et a dit à votre femme d’aller vous rejoindre.

             Je n’ai jamais dit ça.

            Toujours le même système ; quand un témoin vous gêne, vous dites qu’il ment. Vous aviez acheté cette maison peu auparavant. Depuis combien de temps était-elle assurée ?

            - Depuis six mois.

            - Vous étiez assuré pour 5.000 fr. Vous avez estimé vos pertes à une dizaine de mille francs.

            - J’ai bien perdu ça.

            - Votre expert n’a estimé cependant vos dégâts qu’à 2.400 francs. Votre voisin Taubaty et toute la commune ont pensé que vous étiez l’incendiaire. Taubaty a déposé une plainte ; pour lui faire retirer sa plainte, vous lui avez offert 750 francs ?

            - Jamais.

            - C’est encore un mensonge ; Taubaty n’ayant pas accepté, vous lui avez offert 1.000 francs. Vous aviez préparé cet incendie depuis longtemps ; vous aviez proposé à Pannetier de mettre le feu chez vous ; vous offriez de lui donner ce qu’il voudrait.

            - Je n’ai jamais parlé de ça à Pannetier.

Souillat nie également tous les autres propos qui l’accusent et proteste contre l’opinion général des habitants de la commune qui tous le considèrent comme incendiaire.

 

Les dépositions

            Le défilé des témoins va être très long. Il y a 38 témoins à entendre, dont cinq à décharge.

            Le premier est Marcel Gomot, âgé de 16 ans, voisin de Souillat, qui a assisté à la scène que celui-ci a fait à sa femme.

            Il a entendu Souillat dire : « Je vais faire un mauvais coup et je vais me noyer. »

            Le témoin n’a point assisté au meurtre.

            Il donne quelques renseignements sur l’accusé.

            Sur une question de Me Seguin, Marcel Gomot dit que, lors de l’incendie, Souillat travaillait à sauver son mobilier.

            La femme Gidel, voisine de Souillat, parle aussi des mauvais traitements dont Souillat a accablé sa femme avant le crime. C’était des disputes continuelles dans le ménage ; fréquemment Souillat mettait sa femme à la porte.

            M ; le président lui demande à quel moment on a parlé des relations coupables que la femme Souillat aurait eues avec Doucet.

            Le témoin dit que c’est un bruit qui a été répandu par Souillat, mais personne n’y croit.

            Les témoins suivants, Eugénie Dubousset, femme Jouhet et Alfred Roffet, maréchal-ferrant, ne font que confirmer la déposition de la femme Gidel.

            La première montre une certaine animation contre l’accusé qui prétend que la femme Jouhet lui en veut mortellement parce qu’il a tenu sur elle des propos offensants.

            Alfred Roffet, maréchal-ferrant, a également assisté aux brutalités de Souillat vis-à-vis de sa femme. Il a vu celui-ci mettre sa femme à la porte.

            Le témoin ajoute qu’un jour, se trouvant à boire avec Souillat, celui-ci lui a dit : « Si je n’avais pas été assuré, je n’aurais pas brûlé ; je vais toucher 2.800 francs ; pour .500 francs je ferais construire une nouvelle maison, ça fera bien mon affaire. »

            - L’accusé : Je n’ai jamais dit ça.

            Le témoin affirme que Souillat a bien tenu ce propos.

L’audience est suspendue à midi.

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16 novembre 2022 3 16 /11 /novembre /2022 15:30

Ce n’est pas d’un tyranneau, mais d’un ex-tyranneau de village que nous occupons aujourd’hui. En effet, depuis le 3 mai dernier, le sieur Chassagnette, ancien maire de Charensat, importante commune du canton de Saint-Gervais, a été réduit à l’impuissance par les électeurs qui l’ont mis à la porte de la mairie : Il est passé à l’état de momie municipale. Mais cet intéressant spécimen ne déparera pas notre galerie.

            Pendant 18 ans, M. Chassagnette a traité sa commune comme un fief lui appartenant. A tout propos il menaçait les contribuables de la prison. Il portait toujours avec lui son écharpe et il faisait peur aux paysans en la montrant et en disant : « Si l’un de vous a le malheur de bouger, je le ferai mettre en prison ».  C’était sa menace habituelle, mais tant va la cruche à l’eau qu’elle se casse. A la fin, ces braves gens ont voulu reconquérir leur liberté, et le matin du 3 mai dernier, lorsque le sieur Chassagnette, ceint de son écharpe et escorté de son garde-champêtre, est sorti sur la place pour haranguer les électeurs et foudroyer ses adversaires, il fut reçu par des huées et des sifflets ; il ne put prononcer un mot : le soir même il n’était plus maire.

            Furieux, le tyranneau Chassagnette vient d’inventer une vengeance originale. Naturellement il poursuivit les élus devant le conseil de préfecture et perdit son procès : il a fait appel devant le conseil d’État et perdra de même. Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit M. Chassagnette vient d’intenter à la commune de Charensat on procès, lui réclamant la somme de 550 francs comme solde de ses frais pour avoir administré la commune pendant 18 ans !!

            Ce tyranneau, justement révoqué par les électeurs, a voulu sans doute imiter l’exemple des conseillers municipaux de Paris, de Limoges, et de bien d’autres villes qui se sont votés de riches appointements aux dépens des contribuables. Mais, jugeant ses services à leur véritable valeur, il ne leur réclame que 550 francs pour dix-huit ans ; à peu près 30 francs par an, c’est modeste.

            Le conseil municipal de Charensat, saisi de cette question à sa dernière séance, a nettement repoussé cette demande, attendu que les fonctions de maire sont gratuites. Furieux, M. Chassagnette va plaider ; nous allons pouvoir rire aux dépens de l’ex-tyranneau.

 

Avenir du Puy-de-Dôme – Journal du 31 août 1896.

 

            Nous avons parlé de l’ex-tyranneau Chassagnette, ancien maire de Charensat, qui essaie de se venger aujourd’hui des électeurs qui l’ont mis à la porte en leur réclamant une somme de 576 francs 50 pour ses honoraires d’administration. Or, nous apprenons, au sujet de M ? Chassagnette, un détail vraiment stupéfiant : malgré de nombreuses protestations, M. Chassagnette, en même temps qu’il était maire de Charensat, était juge de paix de Chénérailles, Creuse, commune distante de 47 kilomètres de celle où il exerçait les fonctions de maire !

            M. Chassagnette cumulait donc les fonctions ; il voudrait aussi cumuler les appointements.

            Voici le détail des sommes qu’il a réclamées à la commune par voie hiérarchique, c’est-à-dire au moyen d’un bordereau adressé à la préfecture le 11 juin dernier et transmis ensuite à la municipalité de Charensat :

  1. Dix-sept voyages à Saint-Gervais pour faire tirer les jeunes gens au sort, à 5 f r. (Frais du cheval compris) :                                                             85
  2.       Dix-huit voyages à Saint-Gervais pour assister au conseil de révision, à 5 f r. (Frais du cheval compris) :                                                             90
  3. Dix-sept voyages à Saint-Gervais pour former la liste du jury, à 5 f r. (Frais du cheval compris) :                                                                                             
  4. En 1881, un voyage à Clermont pour l’adjudication des travaux du clocher    25
  5. Un voyage à Saint-Gervais paour le même objet                                  
  6. Un voyage à Clermont pour fixer l’emplacement des gares du chemin de fer de Saint-Eloy à l’Etrade                                                                             25
  7. Un voyage à Clermont et à Riom à cause des difficultés survenues à l’occasion de la pose de l’horloge communale                                                                  42
  8. Procès Beschard (sauf recours de la commune contre ce dernier)         214,50

Total :                                    576,50

Comme on le voit, ce modèle de fonctionnaires radicaux n’oublie rien. Le conseil, nous l’avons déjà dit, a refusé de payer et a autorisé le maire à ester en justice pour défendre les droits de la commune.

Nous aurions beaucoup à dire sur la gestion de M. le juge de paix de Chénérailles, ancien maire de Charensat ; mais cela nous entrainerait trop loin. Nous en reparlerons au moment du procès, s’il a lieu.

 

Avenir du Puy-de-Dôme – Journal du 4 septembre 1896.

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28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 22:55

Un crime, accompagné de circonstances extrêmement graves vient de faire naître une vive émotion dans le canton de Saint-Gervais.

A quelques kilomètres de Biollet, se trouve un petit hameau appelé les Cheix, bâti sur les ruines d’un vieux manoir qui a joué un grand rôle dans les guerres féodales ; il appartenait à la famille de Vallon d’Ambtugeas. Il n’en reste aujourd’hui que quatre tours à demi rasées et le mur d’enceinte, qu’on a utilisé pour bâtir quelques maisons. Ce mur longe sur une assez longue étendue, un vaste étang, au bord duquel se trouve une maison bourgeoise d’assez coquette apparence.

            C’est là qu’habitaient les deux frères Géraud-Dumontel, dont le cadet, placé aujourd’hui entre les mains de la justice, est âgé de soixante-quatorze ans.

            Grâce à leur intelligence, à leur esprit d’ordre, ces deux frères, après avoir beaucoup voyagé, finirent par réaliser une fortune relativement considérable.

            Il y a environ une trentaine d’années, François Géraud-Dumontel, l’aîné des deux frères, recueillit chez lui un jeune enfant, François Madebène, fils d’un de ses fermiers. Il en était, du reste, le véritable père, disait la chronique, et de fait, la ressemblance était frappante.

            En 1872, le frère aîné mourut. Par testament, il avait institué son frère Antoine et François Madebène usufruitiers de ses biens immobiliers et leur avait laissé en outre la propriété de sa fortune mobilière.

            Ce testament fut la source de discussions violentes entre les deux parties intéressées.

            Dan la journée du 13 mars courant, M. Bertin, adjoint de la commune de Biollet, fut mandé au hameau des Cheix : C’était Géraud-Dumontel qui requérait son assistance. « La veille, disait-il, il n’avait pu rentrer chez lui ; toutes les portes étaient fermées et personne ne répondait à son appel ; il supposait que François Madebène avait succombé à une congestion cérébrale ou s’était fait sauter la cervelle. » Toute la famille était sur les lieux ; l’adjoint fit enfoncer les portes qui étaient fermées en dedans, et on se trouva tout à coup en présence d’un horrible spectacle.

            Sur le sol de la cuisine, près de l’âtre, un cadavre était étendu. Entre ses jambes se trouvait un pistolet déchargé. Ce cadavre était celui de François Madebène.

            Il portait à la tête une blessure produite par une arme à feu. Le projectile était entré sous l’oreille gauche pour sortir au milieu du front ; sur le sol, de larges flaques de sang et des lambeaux de cervelle qui avaient jailli en sortant de la hernie produite par le coup de feu.

            Personne n’avait vu Madebène depuis la veille à sept heures du soir. Géraud-Dumontel raconta qu’il l’avait laissé à cette heure occupée à peler des pommes de terre dans un plat. On cherche aussitôt ce plat, et Dumontel lui-même alla le prendre dans le buffet et le présenta à l’adjoint. Celui-ci constata sur les pommes de terre une large traînée de sang et des débris de cervelle. Dumontel, dont la vue est très faible, ne les distinguait même pas.

            Géraud-Dumontel fut atterré de cette découverte, et il parait même que, dans la nuit, il fit des tentatives auprès des hommes de garde pour obtenir la remise de cette pièce de conviction accablante et la faire disparaitre.

            Géraud-Dumontel a été conduit hier à la maison d’arrêt de Riom.

            C’est un petit homme sec, nerveux, étonnamment conservé pour son âge. Il est instruit. Il écrit et il parle avec une très grande facilité.

            Le Journal de Riom dit que, pressé par les constatations et par la multiplicité des charges relevées par l’instruction, Géraud-Dumontel a fini par faire des aveux et par reconnaître qu’il avait lui-même tiré le coup de pistolet qui a occasionné la mort de Madebène. Mais il a ajouté qu’il avait été poussé à cet acte criminel à la suite d’une scène violente dans laquelle Madebène lui aurait craché à la figure, affront qu’il n’avait pu supporter.

 

Journal l’Union Nationale du 26 mars 1873

Gervais GÉRAUD-DUMONTEL, né le 11 janvier 1770 à Saint-Gervais est le fils de Jean Antoine GÉRAUD-DUMONTEL, Sieur du Montel et de la Barge, Greffier en chef au dépôt de sel de Saint-Gervais, Procureur d’office et de Jeanne GEORGE de DURMIGNAT. Gervais, qui occupe la fonction de Chef de bureau des impôts à Montaigut, épouse, le 4 mars 1793 à Marcillat-en-Combraille, Eléonore REDON, née le 26 septembre 1760 à Saint-Médard-la-Rochette (Creuse).

Dès leur mariage ils s’installent comme propriétaire au hameau du Cheix commune de Biollet. De cette union sont nés quatre enfants :

  • Jeanne, est née le 27 septembre 1794 au Cheix et elle est décédée le 30 juillet 1863 à Montmarault. Elle avait épousé, le 26 mai 1818 à Biollet, Gilbert Rémy DESCHARRIERES ;
  • Marie Anne dite Constance, est née le 8 août 1796 au Cheix et elle est décédée le 30 septembre 1874 au bourg de Biollet ; veuve de Jean GOURSON, qu’elle avait épousé le 10 juin 1822 à Biollet ;
  • François, est né le 27 décembre 1797 au Cheix et y est décédé le 6 avril 1872. Il a été adjoint au maire de Biollet de 1858 à 1865, puis maire de cette même commune de 1866 à 1870.
  • Antoine, est né le 25 juin 1799 au Cheix et il est décédé le 21 juin 1873 à Riom.
Acte de décès de François Géraud-Dumontel

Acte de décès de François Géraud-Dumontel

Acte de décès d'Antoine Géraud-Dumontel (Transcription)

Acte de décès d'Antoine Géraud-Dumontel (Transcription)

François MADEBÈNE, est né le 31 juillet 1835 au Cheix, il est le fils d’Amable MADEBÈNE et de Françoise MADEBÈNE, propriétaires-cultivateurs au village des Cheix

Acte de décès de François MADEBÈNE

Acte de décès de François MADEBÈNE

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3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 17:50
La tragédie de Roche-d'Agoux - Le jugement

Jules Beauvilliers assassin de son grand-père, de sa tante et de sa cousine est condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Riom, le 3 mai – Il faut remonter bien loin dans les annales judiciaires du Puy-de-Dôme pour trouver un crime aussi odieux, accompli avec une telle sauvagerie que celui dont Jules Beauvilliers a à répondre devant le jury de Riom.

De petite taille, mince et fluet, l’accusé lorsqu’il pénètre, encadré des gendarmes dans le box des accusés est pris d’une crise de larmes, mais son émotion ne dure pas, car c’est d’une voix calme et posée qu’il répond à l’interrogatoire du président Proust.

Jules Beauvilliers n’est pas prodigue de détails. Il reconnait par monosyllabes tous les faits que lui fait préciser le président.

A voir cet homme d’apparence timide et effacée, on ne se douterait jamais qu’on se trouve en présence d’un criminel aussi odieux.

 

L’interrogatoire

            L’interrogatoire du président Proust fait revivre toutes les circonstances du crime de Beauvilliers.

            Le 12 octobre 1928, Jules Beauvilliers qui était charron à Nouzonville (Ardennes), arrivait au hameau de Laugerolles, près du village de Roche-d’Agoux où habitaient les parents de sa femme, le grand-père Jules Beaugeard, 76 ans ; la tante, Antonine Beaugeard et une cousine Lucienne Beaugeard, âgée de 21 ans.

            A ses parents qui furent heureux de l’accueillir, Beauvilliers raconte qu’ayant quitté les Ardennes, il venait se fixer définitivement à Montluçon, pour se rapprocher d’eux. Il resta dans sa famille jusqu’au 15. Vers le soir, Beauvilliers que son grand-père accompagna pendant quelques kilomètres reprit le chemin de Saint-Maurice-de-Pionsat d’où l’autobus devait le conduire à la gare de Gouttières.

            Mais, Beauvilliers, lorsque son grand-père l’eut quitté, fit demi-tour et reprit le chemin de Laugerolles. En route il se coucha sous une meule et attendit que la nuit soit tombée.

            A 23 heures, il arrive à la ferme de ses parents et frappe à la porte.

 

La scène du crime

            Sa tante vient lui ouvrir en chemise. Beauvilliers entre. La bonne vieille lui fait chauffer une tasse de café. Que se passe-t-il alors ? Profitant d’un moment où sa tante a le dos tourné, Beauvilliers lui tire une balle à bout portant, puis il dirige vers le lit où est couchée sa cousine Lucienne qui terrifiée, a assisté à cette scène et il tire sur elle une seconde fois.

            La tante râle sur le sol. Beauvilliers veut l’achever d’une balle ; son revolver s’enraye, il s’arme alors d’un couteau et achève la malheureuse. Le grand-père éveillé par le bruit ouvre la porte de sa chambre ; Beauvilliers, d’un coup de couteau lui ouvre la gorge.

            Et soudain, le meurtrier semble pris d’une sorte de folie sanguinaire. Saisissant une fourche, il s’acharne sur le cadavre de ses victimes ; leur écrase le visage à coups de talon.

            Puis Beauvilliers fouille les meubles ; il ne trouve qu’une montre en argent et une petite somme d’argent dans la malle de sa cousine. Une somme de 26.000 francs ; le magot qu’il savait exister et dont il espérait s’emparer ; échappe à ses recherches.

            A l’aube, il quitte la ferme. Le sang ruisselle sur le plancher ; les souliers du meurtrier en sont maculés à un tel point qu’on peut suivre sa trace pendant quelque temps.

            En passant devant le monument aux morts de Saint-Maurice-de-Pionsat, il se débarrasse de son revolver. Il prend le train à la gare de Gouttières pour Paris où il fut arrêté le soir même de son arrivée, dans un hôtel.

            Aux inspecteurs qui l’arrêtaient, Jules Beauvilliers déclara qu’il avait agi à l’instigation de son beau-frère Quintin, qui lui aurait fait boire un breuvage qui l’aurait rendu momentanément fou.

            Quintin fut arrêté le jour des obsèques des victimes de Beauvilliers. Il put prouver son innocence et fut relâché un mois plus tard.

            Beauvilliers prétend à l’audience ne plus savoir pourquoi il a agi ainsi.

            J’étais fou, déclare-t-il, je ne sais plus.

            Il renouvelle contre Quintin ses accusations et discute longuement sur le revolver.

            C’est, affirme-t-il, mon beau-frère Quintin qui ma l’a donné pour tuer les vieux.

            L’interrogatoire est terminé. Jules Beauvilliers exprime des regrets de son acte et l’on introduit le premier témoin.

 

Les Témoins 

            Le chef de brigade Arnaud, et le gendarme Corliers qui firent les premières constatations précisent comment ils découvrirent les cadavres. Le parquet était une véritable mare sanglante.

            Ils purent suivre à la trace le trajet parcouru par le criminel, car, chacun de ses pas était marqué par une tache sanglante. L’assassin avait dû se laver les mains, car on retrouva une cuvette pleine d’eau rougie de sang.

            Tout d’abord on crut, disent les témoins, la rumeur publique qui soupçonna Quintin.

            M. Bayard, commissaire de police à Paris qui interrogea Beauvilliers quelques heures après son arrestation fut frappé de l’impassibilité de l’assassin qui racontait son horrible forfait sans émotion apparente, déclarant avoir agi dans un moment de folie. Il fut le témoin qui apprit à la femme de Beauvilliers le crime de son mari. Celle-ci, sans hésitation, lui dit :

            « Il n’est pas possible que mon mari ait agi seul. Il a certainement, lui qui est faible, obéi à mon frère Quintin qui m’a voué une haine mortelle ains qu’à ma famille. »

            Après les témoignages de l’inspecteur principal de la brigade mobile de Clermont-Ferrand, M. Duclos, et d’une petite cousine des victimes, Mme Alice Contamine, l’audience est suspendue à 11h. 45.

 

Audience de l’après-midi

            Les premiers témoins entendus à la reprise n’apportent pas de grandes précisions sur l’affaire elle-même.

            Mme Léonie Ducourtial, une des sœurs de la victime vient déposer avec véhémence contre l’accusé qui est son petit-neveu.

            Vous n’aurez pas de pitié pour lui, messieurs les jurés, il n’a pas eu pitié des siens.

            M. Antoine Contamine qui a découvert le crime donne des précisions sur cette découverte.

            La mère et la grand-mère de deux victimes, Mlle Angèle Beaugeard, M. François Roche ; Mlle Marie Louise Pateau ; M. Marcel Rochefort ; M. René De Rechapt ; M. René Pacquot, viennent successivement déposer sur certains points de détail.

 

La femme de l’assassin dépose

            La déposition de la femme de l’assassin, toute frêle elle aussi, vêtue de noir, l’air d’une fillette souffreteuse, est particulièrement émouvante. La malheureuse femme s’avance d’un pas mal assuré jusqu’à la barre. D’un geste machinal elle porte à ses narines un mouchoir imbibé d’éther. A plusieurs reprises dans les couloirs, Mme Beauvilliers s’est trouvée mal.

            Elle raconte tout d’abord son enfance en pays envahi. Cette déposition n’est qu’un long récit douloureux.

            Mon frère Gaston Quintin, déclare-t-elle, profitant de l’absence de mon père qui était soldat, nous fit, à ma sœur et à moi une existence affreuse. Il nous martyrisait, nous frappait, nous privait de nourriture. Ma sœur qui était tuberculeuse, toussait souvent la nuit. Il m’obligeait à me lever et à la frapper avec de grosses cordes. Et comme je frappais à côté, il me frappait à mon tour. Un jour, il nous obligea à lui embrasser les pieds.

            De longs sanglots coupent sa déposition.

            Mon mari, messieurs les jurés, était un honnête garçon, qui s’ingéniait à me rendre heureuse, ma petite fille et moi. Je vous jure sur la tête de mon enfant qu’il n’a pas agi de sa propre inspiration. Il a fallu qu’il soit poussé par une volonté plus forte que la sienne.

 

La confrontation de Beauvilliers et Quintin

            Lorsqu’avec beaucoup de peine, Mme Beauvilliers a regagné l’enceinte des témoins, l’huissier introduit Gustave Quintin, qui faillit sur les dénonciations de son beau-frère, comparaitre devant le jury en accusé et non en témoin. Très heureusement Gaston Quintin put prouver sa complète innocence de ce crime, aucune charge n’ayant pu être établie contre lui.

            Le témoin a gardé, on le comprend volontiers, de la rancœur pour son arrestation le jour de l’enterrement de ses parents et pour la détention qui se prolongea un mois.

            Il dépose avec violence et se tournant vers son beau-frère, l’interpelle sans aménité.

            Il s’indigne des accusations portées contre lui.

            Tu es un menteur, dit-il, un sale menteur ; je ne t’ai jamais incité à tuer le grand-père, je ne t’ai jamais donné de revolver, ni je ne t’ai jamais fait boire pour t’exciter. Menteur ! Sale menteur ! Criminel.

            Mais Beauvilliers qui depuis le début de l’audience n’a cessé de ternir sa tête entre ses mains, se réveil sous les apostrophes de son beau-frère.

            C’est toi qui es un menteur. Tu ne m’as pas écrit une lettre pour m’ordonner de tuer le grand-père ? Tu ne m’as pas fait boire une liqueur un jour chez nous, au café de l’Horloge ? Tu ne m’as jamais donné de révolver ? C’est lui qui ment…

            Quintin répond et prend le procureur général à témoin de son innocence.

            Me Raymond Hubert, qui, assisté de Me Delestrade, assure la défense de l’accusé, pose des questions nombreuses aux témoins.

            Enfin, cette pénible confrontation prend fin.

            Le docteur Edmond Grasset, le très distingué médecin-légiste de Riom, vient déposer sur les résultats de l’autopsie pratiquée par lui sur les trois cadavres. Il confirme que les cadavres portaient des blessures profondes et affreuses.

Le docteur Raynaud, médecin-légiste, a examiné Beauvilliers au point de vue mental. Il a pu ainsi acquérir la certitude que l’accusé est pleinement et entièrement responsable.

 

Le réquisitoire

            Et puis c’est l’heure où le prétoire devient le champ clos des luttes oratoires.

            L’avocat général, Cavarroc se lève pour son réquisitoire. Avec la belle éloquence que l’on connait, le très distingué magistrat demande contre Beauvilliers la peine suprême, la peine capitale. Il demande aux jurés de ne pas se laisser guider par d’autres considérations que la justice et de rendre un verdict implacable.

            La tâche de la défense est très lourde.

            Me René Delestrade, le jeune avocat du barreau de Riom, qui a suivi les débats avec une attention extrême et qui a prouvé par ses interventions qu’il connaissait fort bien son dossier, déclare que pour assurer l’unité de la défense, il cède son tour de parole à son éminent confrère, Raymond-Hubert. Il se borne à insister sur le fait qu’il est impossible que Beauvilliers ait agi de sa propre inspiration.

            Me Raymond-Hubert prononce pour Beauvilliers une plaidoirie émouvante et utile. Après Me Delestrade, il réunit tous les arguments qui rendent étrange cette affaire. Il demande aux jurés de ne pas condamner à mort Beauvilliers.

            Le jury se retire pour délibérer. Il a à répondre à 27 questions.

            Après une demi-heure de délibérations, il rapporte un verdict affirmatif sur toutes les questions, mais accordant à l’accusé Jules Beauvilliers le bénéfice des circonstances atténuantes.

            La cour condamne Jules Beauvilliers aux travaux forcés à perpétuité.

            La foule qui s’écrase dans la salle accueille l’arrêt sans manifestation.

            On entend alors un grand cri ; c’est la malheureuse femme du condamné qui s’évanouit.

            La session est close.

           

Le Moniteur du Puy-de-Dôme, édition du 04/05/1929

 

Notes :

Détenu en Guyane au camp de Saint-Laurent-du-Maroni, il s’évade avec plusieurs autres forçats, en mars 1932.

Il a été repris. En 1944 et 1946 il a été classé « bon ouvrier » en menuiserie.

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14 novembre 2021 7 14 /11 /novembre /2021 18:06

Jules Beauvillet a fait des aveux

Il dénonce son beau-frère Gaston Quintin comme étant l’instigateur du crime

 

Nous disions hier qu’une courte dépêche annonçait l’arrestation à Paris, à 22 heures, dans un hôtel de la rue de Meaux, de Jules Beauvillet, sur qui pesaient de graves soupçons au sujet de l’assassinat de la famille Beaugeard.

 

Comment fût opéré l’arrestation

L’assassin, qui du reste, nia son crime, était connu dans le quartier depuis deux ans ; à ses passages à Paris il allait prendre ses repas dans un petit café-restaurant tenu par Mme Narcisse, 4, rue Lally-Tollendal. C’est là qu’il a déjeuné vendredi. Il était porteur d’une valise et demandait une chambre.

Il n’y en avait pas. On lui indiqua alors l’hôtel de Lyon, voisin de ce restaurant. Beauvillet y déposa sa valise et indiqua qu’il reviendrait mardi après un voyage en Auvergne.

Effectivement, Mme Sourdex, propriétaire de l’hôtel, le vit arriver au jour dit.

Sur le livre d’entrée, le charron s’inscrivit sous son véritable nom et montra son livret militaire comme pièce d’identité. Mme Sourdex y lut qu’il avait 23 ans et était libéré du 91e d’infanterie de Mézières, où il avait fait son service.

C’est en inspectant le livre d’hôtel qu’un agent y découvrit la présence de Beauvillet.

A 22 heures, Beauvillet arriva et monta immédiatement dans sa chambre. A peine y était-il que six inspecteurs, poussant la porte qui n’avait pas même était fermée à clef, firent irruption dans la pièce et l’appréhendèrent presque sans résistance. Il dit : « Oui, c’est moi… »

Dans sa chambre, les policiers saisirent du linge de corps maculé de sang.

Hébété, l’homme laissait les inspecteurs perquisitionner sous ses yeux. Puis il a été conduit rue des Saussaies.

« C’est bien moi, dit-il, mais je n’ai tué personne… » et toute la nuit, interrogé, il a nié le crime qu’on lui impute.

Ajoutons qu’au moment de son arrestation, le jeune criminel n’avait sur lui qu’une somme de 1fr. 50.

 

Les aveux du coupable

            Après de nombreuses réticences, Jules Beauvillet finit par avouer qu’il était bien l’auteur du triple assassinat de Roche-d’Agoux.

            Ce bandit semble ne pas comprendre l’horreur de son crime. Sa physionomie, presque douce, n’accuse aucune de ces tares caractéristiques bien connues des criminologistes. C’est d’une voix blanche qu’il fit devant M. Bayard, commissaire à la sureté générale, le récit suivant de la nuit tragique du 17 octobre.

Il déclara avoir été incité à commettre le crime par son beau-frère, Gaston Quintin, 27 ans, maçon, 1, avenue des Paulines.

Il indiqua que celui-ci voulait hériter de la ferme et de ses dépendances, d’une valeur d’environ 400.000 francs. C’est Quintin qui, d’après Beauvillet, aurait donné le revolver, première arme du crime. Beauvillet indiqua qu’en même temps Quintin lui aurait remis une fiole contenant un liquide qu’il devait boire, une demi-heure avant de tuer toute la famille.

Cette remise aurait eu lieu il y a quelques mois, alors que Quintin habitait encore à Neuvemille.

Un accord étant intervenu entre les deux beaux-frères, Beauvillet n’attendait qu’un ordre de Quintin ? Cet ordre lui fut transmis le 9 courant, par une lettre que Beauvillet aurait brûlée.

Prévenant sa femme qu’il avait du travail à Paris, Beauvillet la quitta le 12 courant, lui laissant la moitié de sa quinzaine, c’et-à-dire 200 francs. Depuis cette date, la femme n’eut pas d’autres nouvelles de son mari.

Beauvillet s’arrêta un jour à Paris, puis se rendit à Roche-d’Agoux, où il arriva le 14 courant, vers 17 heures. Il fut reçu par son grand-père, sa tante et sa cousine, auxquels il déclara qu’à la faveur de son passage il venait leur rendre visite.

Il coucha à la ferme et repartit lundi dernier, vers 17 heures. Son grand-père l’accompagna pendant environ trois ou quatre kilomètres.

 

La scène du crime

            Beauvillet déclara s’être couché sur le talus de la route et être revenu vers 11 heures du soir à la ferme. Tout le monde était endormi. Il frappa et se fit reconnaitre.

            Au moment où son grand-père et sa tante venaient lui ouvrir la porte, il tira sur eux plusieurs coups de revolver. Ils tombèrent sur le sol en criant très fort.

            Son pistolet s’étant enrayé, Beauvillet saisit une fourche qui se trouvait près de la porte et en frappa sauvagement son grand-père et sa tante.

            Aux cris poussés par les victimes, sa cousine, âgée de 21 ans, descendit du premier étage et, affolée, lui cria : « Qu’est-ce que tu fais ? »

            Sans répondre un mot, Beauvillet l’empoigna, la jeta sur le lit et l’assomma à l’aide d’une pelle.

            Comme ses trois malheureuses victimes criaient toujours, Beauvillet fou de rage, s’empara d’un couteau de cuisine qui trainait sur la table et en frappa sauvagement ses parents, puis, affolé, s’enfuit.

            Il ne peut dire combien de temps a duré cette scène de carnage. Il prétend qu’il avait absorbé le contenu de la fiole que lui avait remis son beau-frère Quintin et qu’il était devenu fou furieux.

            Il déclara qu’il n’a rien dérobé dans la maison du crime. Il est revenu à Saint-Maurice-de-Pionsat à 5 heures du matin pour prendre le premier autobus qui devait le ramener à gouttières, où il a pris le train pour Montluçon.

            Arrivé dans cette ville, vers 10 h. du matin, Beauvillet fit un léger repas et erra quelques temps dans la ville. Ayant rencontré une fille publique, il alla se distraire chez elle pendant quelques heures. Il reprit le train de 13 heures, le mardi 16 courant, pour arriver à Paris dans la soirée. Il alla coucher dans l’hôtel de la rue de Meaux, où il a été arrêté avant-hier.

            Depuis son retour, Beauvillet cherchait du travail, qu’il n’a pas trouvé. Pouvant craindre que sa femme soit complice, M. Le Luc, commissaire divisionnaire, demanda des renseignements à Nouzonville, où il lui fut répondu par la gendarmerie que celle-ci ayant reçu une dépêche de la famille se rendait à Roche-d’Agoux, pour assister aux obsèques de ses parents. Elle ignorait tout du drame.

 

La femme de Beauvillet est interrogée

            Conduite à la Sûreté générale, en débarquant du train à Charleville, cette malheureuse femme, qui parait n’avoir joué aucun rôle dans cette affaire, n’a pas voulu se rendre en Auvergne et est repartie pour Nouzonville. Une confrontation émouvante a eu lieu entre les deux époux.

            Beauvillet a été écroué au dépôt pour être mis à la disposition de M. le juge d’instruction de Riom chargé d’instruire cette affaire.

 

L’arrestation de Quintin

            Dès que Beauvillet eut fait ces aveux, la Sûreté général avisa le parquet de Riom et M. Bardy, commissaire divisionnaire de police mobile à Clermont-Ferrand.

            M. Depeige, commissaire, qui avait déjà demandé des explications à Quintin sur son emploi du temps depuis dimanche, s’empressa d’aller au n° 1 de l’avenue des Paulines, où Quintin a sa chambre meublée. Là, il apprit que le maçon était parti à Roche-d’Agoux pour assister aux obsèques de son grand-père, de sa tante et de sa cousine, qui ont eu lieu hier matin.

            Immédiatement prévenue, la gendarmerie de Pionsat se rendit à Roche-d’Agoux.

            Quintin avait, en effet, assisté à la funèbre cérémonie. Il avait même feint, suprême hypocrisie, d’être très affecté par la mort tragique de ses parents.

            Après l’enterrement, toute la famille, assez nombreuse, s’était réunie, à midi, au restaurant Mercier.

            C’est là que les gendarmes trouvèrent Quintin, attablé au milieu des siens. Il fut appréhendé, séance tenante, sans résistance. On devine sans peine l’émoi des convives de ce triste repas à la pensée qu’ils avaient déjeuné avec un des assassins de la famille Beaugeard. Car, tous les témoins, même les gendarmes, ignoraient jusque-là le rôle exact joué par Gaston Quintin dans l’horrible tragédie, et avaient tout lieu de penser qu’il avait pris une part active.

            Immédiatement emmené à Pionsat, Quintin y fut peu après remis aux mains du commissaire de police mobile Depeige, accompagné des inspecteurs Montaudon et Moreau. Une auto ramenait bientôt le prisonnier à Riom, où, à 19 heures, il était placé sous mandat de dépôt et écroué à la maison d’arrêt.

            M. Mathieu, procureur de la République, l’interrogera ce matin pour tâcher de savoir s’il a bien joué le rôle d’instigateur que lui prêtent les déclarations de Beauvillet.

 

Beauvillet n’a pas dit toute la vérité

            Mais revenons aux aveux du criminel, qui affirme avoir « opéré » seul.

            On a vu, d’après le récit du bandit, que la terrible scène se serait déroulée lundi soir, vers 11 heures. Cela semble en contradiction avec les observations du docteur Grasset.

            A cette heure-là, Mme Beaugeard aurait été couchée depuis longtemps et, si elle s’était levée à l’appel de son neveu, elle n’aurait pas pris la peine de s’habiller aussi complètement pour ne pas le faire attendre trop longtemps devant la porte. Ce n’est pas non plus à 11 heures du soir qu’elle aurait fait du café et en aurait absorbé une tasse.

            De même, lorsque Beauvillet prétend que Lucienne Beaugeard était couchée au premier étage, dans sa chambre, et n’est descendue qu’au bruit de la lutte et du premier coup de revolver, c’est là un récit manifestement faux des événements. Pour qui a vu le cadavre de la malheureuse jeune fille, recroquevillé dans le lit du rez-de-chaussée, il ne fait pas de doute qu’elle s’y trouvait lorsque commença le drame.

            Une preuve irréfutable, c’est que les bas, la robe et tous les effets de Lucienne Beaugeard se trouvaient au pied du lit du rez-de-chaussée, sur une chaise qui a été renversée au cours de la lutte.

            Des éclaboussures de sang, tombées sur ce linge, démontrent qu’il se trouvait bien là, sur cette chaise, lorsque commença le terrible carnage.

            C’est vraisemblablement l’assassin qui coucha au premier étage, dans le lit de sa cousine, et ne descendit au rez-de-chaussée, le mardi matin, vers 3h. 30, que pour assassiner ses trois parents.

            Quant aux détails mêmes du crime, tels que les donnent Beauvillet, on peut y relever de nombreuses invraisemblances.

            Un fait très important domine cependant les aveux de l’assassin : c’est que le crime était longuement prémédité.

            C’est là, on le sent, une circonstance particulièrement aggravante.

            Beauvillet prétend, d’autre part, qu’il n’a rien volé après le crime et voulait simplement faire disparaitre la famille Beaugeard pour recueillir sa part d’héritage. Or, les affaires du père Beaugeard étaient réglées depuis 1925, et le partage était fait. Beauvillet n’avait donc plus rien à espérer.

            De plus, il est bien certain que les armoires, les meubles et le sac de Lucienne Beaugeard ont été fouillés par le bandit.

            Des traces sanglantes de ses doigts ont été relevées en plusieurs endroits.

            Qu’il n’ait rien pris, parce que n’ayant rien trouvé à prendre, c’est peut-être possible. Mais sa volonté était certainement bien arrêtée d’emporter toutes les valeurs qu’il aurait pu trouver. Et c’est même là, très probablement, le mobile qui a poussé Beauvillet à commettre son odieux forfait. Il était aux abois, sa femme et lui ayant été assez longtemps malades, cette année. Il lui fallait de l’argent à tout prix. Il n’a pas hésité à massacrer sa famille pour s’en procurer.

            Quant aux mobiles qui ont poussé Quintin à faire assassiner son grand-père, sa tante et sa cousine, on ne les connait pas encore ; en supposant que le récit de Beauvillet, qui le présente comme l’instigateur du crime, soit exact sur ce point.

            Peut-être le maçon, qui, ne l’oublions pas, avait fait des menaces de mort à son grand-père et à sa tante, a-t-il agi aussi par simple désir de vengeance.

            Il sera facile de déterminer son rôle exact en cette affaire, notamment de savoir s’il a bien envoyé à son beau-frère le revolver qui a été trouvé à Saint-Maurice-de-Pionsat et une fiole de liqueur destinée à lui enlever la raison.

            Une perquisition faite à son domicile, avenue des Paulines, a simplement permis de trouver un pistolet automatique chargé. Mais de lettre compromettante, point.

            Faisons cependant confiance à M. Mathieu, le distingué procureur de Riom, pour établir rapidement le rôle de Quintin dans cette affaire.

 

Les obsèques des victimes

            Hier matin ont eu lieu, à Roche-d’Agoux, les obsèques des trois victimes de ce terrible drame. Une affluence comme on n’en vit jamais dans le pays escortait les trois cercueils. Toutes les familles de la région y étaient représentées, témoignant ainsi de l’estime profonde dans laquelle était tenue la famille Beaugeard et le sentiment d’horreur profonde qu’a fait naitre leur fin aussi tragique.

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme, édition du 20/10/1928

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16 septembre 2021 4 16 /09 /septembre /2021 16:39
Un crime horrible à Roche-d'Agoux (Suite)

L’assassinat de la famille Beaugeard

 

L’assassin Beauvillet est arrêté à Paris

Nous avons arrêté hier notre relation du terrible drame qui vient de se dérouler à Roche-d’Agoux, au moment où le docteur E. Grasset pratiquait l’autopsie du corps de Jacques Beauregard. On sait que le malheureux vieillard, outre l’horrible blessure à la gorge, portait, tant à la tête qu’au corps, seize traces de coups de fourche portés avec une grande violence.

            On croyait, d’après l’examen superficiel, que Mme Beaugeard avait également été égorgée, sans autre blessure apparente. L’autopsie a révélé que l’infortunée victime avait reçu, avant de mourir, douze coups de couteau, dont cinq dans le dos. Ceci confirme donc l’hypothèse que nous émettions hier, à savoir que l’assassin n’avait ouvert la gorge de ses deux premières victimes qu’après les avoir eues à sa merci, inertes, incapables de la moindre résistance, affaiblies qu’elles étaient déjà par de nombreuses et graves blessures.

            Quant à la petite Lucienne, que l’on croyait avoir été tuée d’un formidable coup de pelle à feu sur la tempe droite, l’autopsie a démontré qu’elle avait succombé à la blessure provoquée par une balle de revolver qui, avait coupé l’aorte et s’était logée sous une côte gauche, après avoir traversé les poumons. Elle reçut aussi un coup de couteau à la joue gauche. Ce n’est que par un surcroit de précautions que l’assassin se servit ensuite de la pelle à feu pour porter le coup de grâce.

            L’autopsie du corps de Mme Beaugeard a montré aussi qu’elle avait absorbé une tasse de café peu avant sa mort. C’est donc bien vers 3 h. 30 du matin environ, mardi, qu’a eu lieu l’horrible tragédie. Mme Beaugeard venait de se lever pour donner du café à Jules Beauvillet, et uniquement pour cela. Car il n’était pas dans ses habitudes, sans raison spéciale, de se lever si tôt.

            Toutes ces constatations ne font qu’aggraver les soupçons, déjà très lourds, qui pèsent sur Jules Beauvillet. Certes, l’enquête n’a pas pu encore établir, d’une façon certaine, qu’il était bien le coupable. Mais cela ne pourra être démontré qu’après son arrestation. Même s’il niait, des empreintes digitales sanglantes, laissées par lui sur une lampe, le confondraient et l’obligeraient à des aveux.

            Malgré d’actives recherches, la gendarmerie et la police mobile n’ont pu relever le passage de Beauvillet qu’à Saint-Maurice-de-Pionsat, dans la matinée de mardi. Et encore n’en est-on pas absolument certain.

            On avait signalé aux enquêteurs l’allure étrange d’un voyageur qui, mardi, dans l’autobus de Gouttières, avait la visière de sa casquette baissée sur les yeux et paraissait gêné. Ce voyageur a parlé à un cafetier de Gouttières, M. Ramy. Il ne semble pas que ce soit Jules Beauvillet.

            Celui-ci, après le crime, a eu environ trois heures de nuit devant lui pour préparer son plan de fuite et commencer à l’exécuter. En trois heures, un homme jeune et alerte fait du chemin. Et Beauvillet, dans la matinée de mardi, a pu facilement gagner la gare d’Auzances, même par des chemins détournés, et partir de là soit vers Montluçon, soit vers Eygurande. La ligne des Fades n’est pas non plus très éloignée de Roche-d’Agoux.

            Le crime n’ayant été découvert que mardi soir, et les recherches effectuées n’ayant commencé que mercredi matin, on voit que l’assassin a eu beaucoup de temps devant lui pour prendre le large.

            Si c’est Jules Beauvillet, il ne saurait échapper bien longtemps à la police, qui a diffusé son signalement dans toute la France.

 

L’arrestation

            A minuit, une dépêche nous annonce que Jules Beauvillet a été arrêté hier soir, jeudi, dans un hôtel, 61 rue de Meaux à Paris.

            Nous avions donc raison de dire que, grâce aux excellentes dispositions prises par l’inspecteur Duclaux, notamment, celui qu’on a de bonnes raisons de soupçonner ne saurait tarder à être arrêté.

            C’est à Paris qu’il s’est fait prendre. Il a donc fui rapidement la région, où il ne se sentait pas en sécurité. C’est une charge de plus contre lui, puisqu’il devait primitivement se rendre à Montluçon pour y travailler chez un charron.

           

Le séjour de Beauvillet à Paris

            Paris, 19 octobre. Jules Beauvillet, l’auteur du triple crime commis au hameau de Laugerolle, dans le canton de Pionsat, était arrivé, mercredi matin, à Paris, et avait pris une chambre dans l’hôtel de la rue de Meaux où, hier soir, il a été arrêté par des inspecteurs de la Sureté générale. C’est sous le nom de Beauvilliers qu’il s’était inscrit sur les registres de l’hôtel et, ce matin, les inspecteurs de la police des garnis, possédant son signalement, ont eu l’attention éveillée.

            Son inscription à l’hôtel date, croit-on de vendredi dernier, et cela laisserait supposer que Beauvillet a fait un voyage exprès en Auvergne pour accomplir son forfait. On n’a pu établir encore l’emploi de son temps.

            Amené au commissariat de la Villette, il a subi un bref interrogatoire. Le commissaire de police n’a pu obtenir de lui aucun aveu, ni aucun détail. L’assassin observe un mutisme absolu.

            Il porte des vêtements noirs fripés, il semble très las et a les yeux hagards, comprenant sans doute l’énormité de ses crimes.

            Il a été écroué à 23h. 30 dans les locaux du commissariat. Son interrogatoire se poursuivra demain matin. Il est possible que son transfert à Riom ait lieu dans la journée.

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme, édition du 19/10/1928

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25 août 2021 3 25 /08 /août /2021 19:17

Une famille de trois personnes est massacrée

De graves soupçons pèsent sur un parent

 

Bien des crimes ont été commis dans notre région depuis quelques mois. Celui de Miremont, notamment, semblait avoir été un des plus ignobles qui soient. Mais aucun, encore n’a été perpétré avec une sauvagerie aussi grande que celle qui animait l’assassin de la famille Bogheard. Car une famille entière de braves cultivateurs, le grand-père, sa belle-fille et sa petite-fille, vient d’être anéantie par un criminel, au hameau de Laugerolles, commune de Roche-d’Agoux, canton de Pionsat. Non seulement trois personnes ont été tuées, mais elles l’ont été avec une sauvagerie qui dénote chez son auteur un cynisme effrayant, une folie sanguinaire rarement dépassée.

 

Une famille unie

Le hameau de Laugerolles, situé à 500 mètres environ de Roche-d’Agoux, est composé de quelques maisons éparses. L’une d’elles, la plus éloignée de la route, et presque isolée, était habitée par la famille Bogheard, composée de trois personnes : Jacques Bogheard, 76 ans, sa belle-fille, née Antonine Ducourtial, 44 ans et sa petite-fille, Lucienne Bogheard, 21 ans.

            Le père Bogheard avait quatre enfants, deux fils et deux filles. L’un de ses fils, Xavier, marié à Antonine Ducourtial, exploitait avec son père le bien familial. Il fut tué au front, en 1915. Depuis, la jeune veuve et sa fille Lucienne continuaient à vivre avec le père Bogheard, qui marquait pour elles, dans son affection, une place particulière. Ses autres enfants s’étaient, en effet, dispersés, dont seules ces deux-là restaient fidèles à la terre natale. Une des fille Bogheard s’était notamment mariée dans les Ardennes, avec un nommé Beauvillet, et n’était que très rarement revenue à Roche-d’Agoux. Seul, son fils Jules, âgé de 23 ans, y avait fait quelques lointaines apparitions, notamment en 1925, où le père Bogheard, ayant « arrangé ses affaires », des intérêts de famille avaient été réglés. Les gens du pays disent même que Jules Beauvillet réclama ses droits, à ce moment, avec une telle violence, que sa tante, la femme de Jacques Bogheard, qui était cardiaque, mourut de peur au cours d’une de ses scènes.

            Bref, depuis cette époque, trois des enfants du père Bogheard étaient plus ou moins en froid avec leur père, estimant que leurs droits avaient été lésés. L’harmonie n’en était que plus complète entre le vieux Bogheard, sa bru et sa petite-fille Lucienne.

 

Une visite inattendue

Dimanche soir, vers 18 heures, un visiteur inattendu vint chez Jacques Bogheard, en la personne de son petit-fils Jules Beauvillet. Bien que marié près de Charleville et père de famille (d’autres disent même veuf et remarié), Jules Beauvillet venait pour trouver du travail à Montluçon, où il savait qu’un carrossier cherchait des ouvriers. Avant d’aller à Montluçon, il avait tenu, disait-il, à venir voir son grand-père, sa tante et sa jeune cousine.

            Il passa ainsi la soirée du dimanche, puis la journée du lundi, devant prendre l’autobus d’Auzances à 18 heures, pour aller de là à Montluçon.

            Mais il manqua l’autobus… et revint, la nuit tombée, à Laugerolles, pour y coucher. L’autobus de 5 h. 20 du matin devait lui permettre d’arriver à temps à Montluçon.

 

Une vision d’horreur

Nous avons dit que la maison du père Bogheard était un peu isolée. Nul des habitants, passant sur le chemin voisin, ne remarqua, mardi, l’absence des membres de la famille Bogheard. La volaille continuait à picorer dans la cour, les vaches mugissaient dans l’étable ; rien ne semblait indiquer qu’un drame affreux s’était déroulé, la nuit précédente, dans cette maison d’aspect avenant. Et pourtant…

            Mardi, vers 17 heures, Mlle Alice Contamine, dont les parents demeurent au bourg de Roche-d’Agoux, vint voir sa cousine Lucienne Bogheard et l’inviter à passer la soirée chez elle.

            En habituée de la maison, la jeune voisine poussa la porte d’entrée de la maison. Un spectacle horrible la frappa de stupeur ; sur le sol de la cuisine, à ses pieds, gisaient, dans une mare de sang coagulé, deux cadavres, celui du père Bogheard et celui de sa petite-fille.

            Affolée, courant à perdre haleine, la jeune fille s’en fut avertir son père, qui donna aussitôt l’alarme. Des voisins alertés, se rendirent bientôt compte que toute la famille Bogheard avait été assassinée. Le père, en chemise, était étendu sur le côté gauche, la gorge ouverte, la figure tuméfiée, le corps couvert de blessures. Sa petite-fille, habillée, la gorge également béante, était étendue sur le sol, près de lui et près du lit. La malheureuse petite Lucienne fut trouvée dans le lit, recroquevillée sur le côté gauche, portant à la tempe droite une seule blessure : elle avait eu le crâne fracassé d’un coup de pelle à feu, dont le manche, brisé, fut retrouvé sur les couvertures. L’assassin avait frappé avec une telle force que, non seulement le manche en bois, pourtant solide, s’était brisé, mais le fer de la pelle s’était plié en deux.

            Dans un coin de la pièce, on trouva une fourche à fumier dont les deux principales dents étaient encore rouges de sang. Des cheveux adhéraient à l’une d’elles. L’assassin s’était servi de cette fourche pour en larder le père Bogheard, dont le corps (l’autopsie le démontra un peu plus tard), portait seize blessures profondes, causées par les dents de cet instrument. Mais Jacques Bogheard et sa belle -fille avaient succombé à l’affreuse blessure que chacun d’eux portait au cou, blessure faite avec une arme tranchante, genre coutelas ou gros couteau de cuisine. Dans les deux cas, la carotide était sectionnée et la mort avait été presque instantanée.

            Mais pour faire de telles blessures, aussi précises, il a fallu que l’assassin maintienne à terre ses victimes, les égorge froidement, savamment, posément, après les avoir assommées sans doute, comme Mme Bogheard, ou lardé de coups de fourche, comme le père Bogheard. Et ces scènes atroces ont dû se dérouler sous les yeux de la petite Lucienne, couchée à deux mètres de là, impuissante, terrorisée, anéantie d’effroi, et sachant qu’après sa mère et son grand-père, c’est sur elle que se jetterait l’assassin assoiffé de sang !

            Comment se sont déroulés exactement ces instants tragiques, on ne le sait pas encore. On ne peut faire que des suppositions. Mais il est permis de penser que le criminel a d’abord attaqué Mme Bogheard, la seule qui fut habillée, et qui se trouvait dans la cuisine. Aux cris poussés par elle, le père Bogheard, couché dans une pièce voisine, se leva et accourut en chemise. Il fut probablement frappé de plusieurs coups de fourche, dont un pénétra dans l’œil gauche. Ces blessures suffirent à amoindrir la résistance du vieillard, qui se trouva dès lors à la merci du bandit, jeune et vigoureux. La petite Lucienne ne fit certainement pas la moindre résistance.

            Son horrible besogne terminée, l’assassin s’en fut tranquillement dans la cuisine, donnant sur la chambre, versa de l’eau dans une cuvette et s’y lava les mains. L’eau rouge de sang, fut laissée dans la cuvette. Les gendarmes la retrouvèrent.

            Puis, ne voulant pas avoir accompli un tel forfait en vain (et peut-être était-ce même le mobile qui l’a poussé), le bandit fouilla et retourna les armoires et la commode, emportant tout l’argent qu’il put trouver. Seule, une petite cassette, contenant les économies de la jeune fille, un millier de francs environ, échappa à ses recherches. Apès quoi, nanti certainement d’une forte somme (car les Bogheard passent dans le pays pour être des propriétaires à l’aise), le criminel s’enfuit dans la nuit.

 

Une étrange découverte de gamins

Dès qu’ils furent avertis de ce crime, les gendarmes de Pionsat, sous les ordres du chef Rapin, se rendirent sur les lieux, après avoir avisé d’urgence le Parquet de Riom et la police mobile.

En faisant son enquête, le chef Rapin découvrit, sous le cadavre du père Bogheard, une balle de browning du calibre 6 m/m , 35, balle qui n’avait pas atteint la victime, mais avait dû être tirée sur lui, avait ricoché sur le mur et était venue se perdre sur le sol.

Or, hier matin, des enfants de Saint-Maurice-de-Pionsat, en allant à l’école, découvraient au pied d’un arbre, près du monument aux morts, un browning de même calibre, dont la crosse était maculée de sang et dans le chargeur duquel manquait une balle. Le rapprochement était facile à faire. Nul doute que cette arme n’ait été jetée là par l’assassin de la famille Bogheard.

 

Une troublante coïncidence

            Or, ce pistolet avait été abandonné, le matin de bonne heure, par un promeneur dont le signalement très précis a été fourni à la gendarmerie par des habitants de Saint-Maurice-de-Pionsat. Ceux-ci avaient remarqué les allures bizarres de cet étranger au pays. Et le signalement de cet individu correspond assez bien à celui de Jules Beauvillet, le petit-fils de Jacques Bogheard !

            On conçoit sans peine l’importance extrême de cette coïncidence. Et cette constatation ne fit que renforcer les soupçons déjà fort graves qui pesaient sur Jules Beauvillet.

            Il a été établi que celui-ci avait menti en disant qu’il voulait prendre le train de Montluçon. Il ne l’a pas fait, et la seule direction qu’il ait pu prendre est celle de Clermont. Pourquoi cette fuite étrange, ce changement de direction, ces mensonges et surtout le jet de ce revolver ? Autant de questions que se sont posées les enquêteurs et qui les ont amenés à penser que Jules Beauvillet pouvait bien être l’assassin de la famille Bogheard.

            Dès lors, la reconstitution du crime est relativement facile (en supposant toujours que Beauvillet soit coupable, ce qui n’est pas démontré encore).

            Poussé par des besoins d’argent, il aurait feint une visite de courtoisie pour demander de l’argent ou réclamer un nouveau règlement de comptes, puisqu’il s’estimait lésé par le partage de 1925. Il dut essuyer un refus et aurait pensé alors à s’approprier les économies de ses parents par un moyen plus violent.

            Ayant feint de manquer l’autobus, lundi soir, il serait revenu à Roche-d’Agoux demander à être hébergé une autre nuit. C’est ce qui expliquerait que la petite Lucienne, dont la chambre est au premier étage, l’ait cédée à son cousin et soit venue se coucher avec sa mère, au rez-de-chaussée.

            Devant prendre l’autobus de 5 h. du matin, à Saint-Maurice, Jules Beauvillet se leva de très bonne heure, vers 3 heures. Sa tante se leva aussi, s’habilla, et lui fit chauffer du café, qu’on retrouva intact sur le poêle, dans une casserole.

            C’est alors que le jeune criminel, sachant son grand-père encore couché, profita de cette circonstance pour tuer sa tante. Peut-être tenta-t-il de lui extorquer de l’argent sous la menace du révolver et, la veuve Bogheard résistant, il la tua. Son grand-père, accourant, subit le même sort, ainsi que sa cousine, témoin gênant, qu’il fallait aussi faire disparaitre.

            Le criminel put alors, tout à son aise, fouiller les armoires. Peut-être aussi prémédita-t-il son crime dès la veille au soir, bien décidé à sacrifier toute sa famille, qu’il n’aimait pas, pour arriver à se procurer de l’argent.

            L’enquête, jusque-là, permet de penser que cette hypothèse est la plus vraisemblable.

            Aussi, l’inspecteur de police mobile Duclaux, dès qu’il eut les premiers éléments de l’enquête, n’hésita-t-il pas à faire envoyer des mandats d’arrêt dans toutes les directions contre Jules Beauvillet. Il est probable que cet individu ne tardera pas à être arrêté. C’est le vœu le plus cher de toute la population de la région, que ce crime affreux à ému au suprême degré.

 

Le parquet sur les lieux

            L’adjudant Gauvin, de Riom, s’était, dès le matin, rendu à Roche-d’Agoux. Mais, en l’absence du Parquet, qui arriva à 15 h. 10 seulement, l’enquête ne put être menée avec toute la célérité désirable en pareil cas.

            Dès leur arrivée, MM. Rolland, juge d’instruction ; Mathieu, procureur de la République, accompagnés de M. Peret, greffier, firent de nombreuse et intéressantes constatations. Ils trouvèrent notamment une lettre de Jules Beauvillet, assez récente, réclamant des comptes avec âpreté à son grand-père.

            Pendant ce temps, le docteur E. Grasset, médecin légiste, pratiquait l’autopsie des cadavres.

            L’heure tardive ne nous a pas permis d’attendre le résultat des constatations du praticien. Nous les ferons connaitre demain. Mais il est probable que l’autopsie des corps des malheureuses victimes n’apprendra pas grand-chose de nouveau. Seule, l’arrestation de Jules Beauvillet donnera la clé du mystère.

            Souhaitons qu’elle ait lieu prochainement. G. R.

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme, édition du 18/10/1928

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 17:25

L’alibi d’Aït Mouloud est exact

Mais, s’il est reconnu innocent du crime, l’Algérien est maintenu en état d’arrestation pour des vols

 

Nous avons signalé hier le geste de l’Algérien Aït Mouloud ben Mouloud qui, se sachant recherché par la police mobile comme auteur ou complice présumé de l’assassinat de la famille Chaput, s’était présenté volontairement au commissariat central de Clermont pour établir sa non-culpabilité.

Transféré à Riom, Aït Mouloud a été interrogé hier soir par M. Benoit, juge d’instruction, devant lequel il a renouvelé ses protestations d’innocences et répété les indications concernant son alibi.

Après vérification, cet alibi a dû être reconnu exact. Il est bien certain que cet Algérien avait quitté l’usine de l’Électrométallurgie, voisine de la cambuse Chaput, plusieurs jours avant le crime et que, depuis, il n’a cessé de travailler dans une carrière proche de notre ville.

Aït Mouloud est donc hors de cause en ce qui concerne l’assassinat.

Mais l’enquête, faite sur son compte a révélé à son actif, ou plutôt à son passif, quelques vols d’objets divers, notamment de tondeuses, commis par lui durant son séjour à l’Électrométallurgie. Et, pour ces larcins, il a été maintenu en état d’arrestation et écroué à la maison d’arrêt de Riom. Ça lui apprendra à venir se fourrer entre les pattes de la Justice !...

Pendant ce temps, les véritables assassins courent toujours, à moins qu’ils ne voguent sur quelque mer hospitalière.

Ajoutons que Mme Chaput, toujours soignée à l’hôpital de Riom, est dans un état stationnaire.

Et, pour calmer les légitimes susceptibilités de plusieurs habitants et de M. le maire des Ancizes, qui nous ont écrit à ce sujet, répétons ce que nous avons déjà indiqué dans le premier compte-rendu que nous avons donné de cette affaire, à savoir que la cambuse Chaput, théâtre du crime, se trouve sur le territoire de la commune de Saint-Georges-de-Mons, et non sur le territoire de la commune des Ancizes. C’est donc improprement que l’on appelle ce forfait : « Le crime des Ancizes ». On pourrait l’appeler : « Le crime de Saint-Georges-de-Mons ». Mais, afin de ne froisser personne, nous l’appellerons simplement : « L’assassinat de la famille Chaput. »

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 11 février 1921

 

L’assassinat de la famille Chaput

 

  Aït Mouloud, qui était venu se constituer prisonnier, au commissariat central de Clermont, dans le but de se disculper de l’accusation de complicité dans l’assassinat de la famille Chaput, vient de bénéficier d’un non-lieu.

Mais il a comparu devant le Tribunal correctionnel de Riom, à l’audience du 12 courant, pour vol d’une tondeuse commis au préjudice d’un coiffeur.

Pour ce fait, qui a d’ailleurs été contesté par l’inculpé, l’Algérien Aït Mouloud a été condamné à 8 jours de prison.

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 13 février 1921

 

Une arrestation

 

Nous avons indiqué que l’enquête de la police mobile avait abouti à l’inculpation de deux Algériens ayant travaillé à l’usine Électrométallurgique de Saint-Georges-de-Mons.

L’und’eux vint lui-même se constituer prisonnier au commissariat central de Clermont-Ferrand, afin de prouver son innocence en fournissant l’emploi de son temps dans la nuit du crime.

Ses dires furent vérifiés, reconnus exacts, et il bénéficia d’un non-lieu.

Nous apprenons aujourd’hui que le second des Algériens soupçonné d’avoir participé au crime a été arrêté à Tizi-Ouzou (Algérie), et qu’en ce moment il est en route pour la direction de la maison d’arrêt de Riom.

Ajoutons qu’au moment de son arrestation il a également invoqué un alibi qui va être contrôlé.

Tout fait prévoir que cette deuxième inculpation aboutira, comme la première, par un non-lieu.

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 24 février 1921

 

Le second Algérien est relâché

 

Nous avons relaté, il y a quelque temps, qu’un Algérien, apprenant qu’il était inculpé dans l’assassinat de la famille Chaput, et recherché, était venu se constituer prisonnier. Il fournit un alibi qui fut reconnu exact et fut relâché, après avoir purgé une légère condamnation pour vol.

Le second Algérien fut arrêté, il y a quelques jours, à Tizi-Ouzou. En annonçant son arrestation, nous ajoutions qu’il se faisait fort de prouver son innocence et qu’l bénéficierait, certainement d’un non-lieu. C’est ce qui arriva.

A Riom, notre Algérien fournit un alibi qui fut, pour lui aussi, reconnu exact. Il a donc également été relâché.

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 26 février 1921

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