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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 17:25

L’alibi d’Aït Mouloud est exact

Mais, s’il est reconnu innocent du crime, l’Algérien est maintenu en état d’arrestation pour des vols

 

Nous avons signalé hier le geste de l’Algérien Aït Mouloud ben Mouloud qui, se sachant recherché par la police mobile comme auteur ou complice présumé de l’assassinat de la famille Chaput, s’était présenté volontairement au commissariat central de Clermont pour établir sa non-culpabilité.

Transféré à Riom, Aït Mouloud a été interrogé hier soir par M. Benoit, juge d’instruction, devant lequel il a renouvelé ses protestations d’innocences et répété les indications concernant son alibi.

Après vérification, cet alibi a dû être reconnu exact. Il est bien certain que cet Algérien avait quitté l’usine de l’Électrométallurgie, voisine de la cambuse Chaput, plusieurs jours avant le crime et que, depuis, il n’a cessé de travailler dans une carrière proche de notre ville.

Aït Mouloud est donc hors de cause en ce qui concerne l’assassinat.

Mais l’enquête, faite sur son compte a révélé à son actif, ou plutôt à son passif, quelques vols d’objets divers, notamment de tondeuses, commis par lui durant son séjour à l’Électrométallurgie. Et, pour ces larcins, il a été maintenu en état d’arrestation et écroué à la maison d’arrêt de Riom. Ça lui apprendra à venir se fourrer entre les pattes de la Justice !...

Pendant ce temps, les véritables assassins courent toujours, à moins qu’ils ne voguent sur quelque mer hospitalière.

Ajoutons que Mme Chaput, toujours soignée à l’hôpital de Riom, est dans un état stationnaire.

Et, pour calmer les légitimes susceptibilités de plusieurs habitants et de M. le maire des Ancizes, qui nous ont écrit à ce sujet, répétons ce que nous avons déjà indiqué dans le premier compte-rendu que nous avons donné de cette affaire, à savoir que la cambuse Chaput, théâtre du crime, se trouve sur le territoire de la commune de Saint-Georges-de-Mons, et non sur le territoire de la commune des Ancizes. C’est donc improprement que l’on appelle ce forfait : « Le crime des Ancizes ». On pourrait l’appeler : « Le crime de Saint-Georges-de-Mons ». Mais, afin de ne froisser personne, nous l’appellerons simplement : « L’assassinat de la famille Chaput. »

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 11 février 1921

 

L’assassinat de la famille Chaput

 

  Aït Mouloud, qui était venu se constituer prisonnier, au commissariat central de Clermont, dans le but de se disculper de l’accusation de complicité dans l’assassinat de la famille Chaput, vient de bénéficier d’un non-lieu.

Mais il a comparu devant le Tribunal correctionnel de Riom, à l’audience du 12 courant, pour vol d’une tondeuse commis au préjudice d’un coiffeur.

Pour ce fait, qui a d’ailleurs été contesté par l’inculpé, l’Algérien Aït Mouloud a été condamné à 8 jours de prison.

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 13 février 1921

 

Une arrestation

 

Nous avons indiqué que l’enquête de la police mobile avait abouti à l’inculpation de deux Algériens ayant travaillé à l’usine Électrométallurgique de Saint-Georges-de-Mons.

L’und’eux vint lui-même se constituer prisonnier au commissariat central de Clermont-Ferrand, afin de prouver son innocence en fournissant l’emploi de son temps dans la nuit du crime.

Ses dires furent vérifiés, reconnus exacts, et il bénéficia d’un non-lieu.

Nous apprenons aujourd’hui que le second des Algériens soupçonné d’avoir participé au crime a été arrêté à Tizi-Ouzou (Algérie), et qu’en ce moment il est en route pour la direction de la maison d’arrêt de Riom.

Ajoutons qu’au moment de son arrestation il a également invoqué un alibi qui va être contrôlé.

Tout fait prévoir que cette deuxième inculpation aboutira, comme la première, par un non-lieu.

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 24 février 1921

 

Le second Algérien est relâché

 

Nous avons relaté, il y a quelque temps, qu’un Algérien, apprenant qu’il était inculpé dans l’assassinat de la famille Chaput, et recherché, était venu se constituer prisonnier. Il fournit un alibi qui fut reconnu exact et fut relâché, après avoir purgé une légère condamnation pour vol.

Le second Algérien fut arrêté, il y a quelques jours, à Tizi-Ouzou. En annonçant son arrestation, nous ajoutions qu’il se faisait fort de prouver son innocence et qu’l bénéficierait, certainement d’un non-lieu. C’est ce qui arriva.

A Riom, notre Algérien fournit un alibi qui fut, pour lui aussi, reconnu exact. Il a donc également été relâché.

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 26 février 1921

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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 18:46

Le drame des Ancizes

 

L’enquête faite par la police mobile sur l’horrible drame des Ancizes, n’a, jusqu’ici, donné aucun résultat.

D’ailleurs, la tâche des policiers est assez ardue. Il n’y a, en effet, aucun indice permettant d’identifier le coupable. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il est un habitué de la maison. C’est peu de chose.

Le coupable sera très difficile à découvrir, parmi les nombreux ouvriers, surtout des étrangers, qui ont pris pension chez les époux Chapus.

Ajoutons que l’état des blessés est stationnaire. Tous deux ont été transportés à l’hôpital de Riom.

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 5 février 1921

 

Le crime des Ancizes

 

L’enquête sur l’effroyable crime des Ancizes continue.

La police mobile suit une piste extrêmement sérieuse qui doit la conduire à l’arrestation du ou des assassins : c’est celle de deux travailleurs Algériens, familiers de la cambuse Chaput et qui ont quitté le pays le matin même où le forfait a été découvert. Ces deux individus ont pris à la halte des Richards le train de 6 heures qui va dans la direction de Montluçon. L’employée de la halte a remarqué que ces personnages cherchaient à dissimuler leur visage. Et après le départ du train, elle a trouvé dans la cour de la halte, un porte-monnaie déchiré en deux morceaux. Or, ce porte-monnaie a été reconnu par la suite comme appartenant au petit Chaput.

L’information a établi que le montant du vol commis après l’assassinat était d’environ 10.000 francs.

Ajoutons que Mme Chaput et son fils Marius, qui sont en traitement à l’hôpital de Riom, ne vont pas plus mal.

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 6 février 1921

 

Le crime des Ancizes

Une nouvelle victime, le petit Chaput a succombé

 

L’horrible crime des Ancizes a fait une seconde victime.

A l’hôpital de Riom, où il avait été transporté, le fils Chaput est mort des suites de ses blessures, malgré les soins qui lui ont été prodigués.

Le malheureux enfant a succombé dimanche soir, sans avoir repris connaissance.

L’état de la mère reste stationnaire.

L’enquête de la police mobile continue. Après avoir « travaillé » pendant quelque temps dans la région, les policiers se sont rendus à Montluçon, où les assassins auraient séjourné, le lendemain du drame.

Les criminels, deux Algériens, ainsi que nous l’avons dit, sont identifiés. De plus, la police est en possession de leurs photographies. On espère donc les retrouver sous peu.

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 8 février 1921

 

L’enquête à Montluçon

 

Ainsi que nous l’avons dit, hier, les inspecteurs de police mobile se sont rendus à Montluçon pour aider la police locale dans la recherche des deux assassins du cambusier des Ancizes et de son fils.

Les deux assassins, en effet, leur crime accompli, ont pris un billet, à la halte des Richards, pour Montluçon. Les recherches faites pour retrouver les deux criminels à Montluçon sont restées sans résultats.

D’ailleurs, il parait peu probable qu’ils aient séjourné longtemps dans cette ville. Par quelques renseignement de sources sûres, les policiers ont acquis la presque certitude que les deux algériens se sont rendus à Marseille.

Là, ils seront, très certainement, très difficiles à découvrir, au milieu de la population hétéroclite des grands ports.

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 9 février 1921

 

Un algérien se constitue prisonnier pour prouver son innocence

 

La piste suivie par les inspecteurs de police mobile, au cours de leur enquête sur l’horrible crime des Ancizes, serait-elle une mauvaise piste ?

Hier soir, un Algérien se présentait au commissariat central de Clermont et disait se nommer Aït Mouloud ben Mouloud, 34 ans, originaire de Michelet, commune de Djurduja, forgeron, actuellement employé, comme manœuvre, dans une carrière des environs.

Apprenant qu’il était recherché comme étant un des auteurs du double crime des Ancizes, il était venu se constituer prisonnier, pour démonter sa non-culpabilité.

Aït Mouloud protesta, en effet, de son innocence. Il est, dit-il, parti volontairement, le 21 janvier, de l’usine de l’Électrométallurgie et, depuis, n’est pas retourné aux Ancizes.

Le jour qui précéda la nuit du drame et le lendemain, il travailla, comme d’habitude, à sa carrière, et ne quitta pas son travail.

Aït Mouloud a été envoyé à la police mobile. Interrogé, il a maintenu ses premières déclarations. Il a travaillé continuellement. Ce n’est donc pas lui qui a pris le train, à la gare des Richards, pour Montluçon.

Aït Mouloud a, néanmoins, été mis à la disposition de M. le juge d’instruction de Riom et transféré dans cette dernière ville, où il sera maintenu jusqu’à que son alibi ait été contrôlé.

Dans le cas où cet alibi serait exact, la police devra-t-elle orienter d’un autre côté ses recherches ? C’est, malgré tout, peu probable.

Aït Mouloud était, parait-il, le meilleur ami du second Algérien recherché comme auteur du crime. Cet Algérien pouvait fort bien avoir trouvé un autre compatriote pour l’aider dans son crime. D’ailleurs, il y a ce fait que deux Algériens ont pris le train à la gare des Richards, puis de là, ont très probablement filé sur Marseille.

L’identité de l’un d’eux, en dehors d’Aït Mouloud, est connue. Par lui, on connaîtra, sans doute, si on l’arrête, l’identité de son complice.

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 10 février 1921

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 22:57

L’enquête

Dès que nous avons eu connaissance de la tragédie, nous nous sommes rendus aux Ancizes. Et la première personne qui nous a parlé du crime nous a dit : « C’est un drame passionnel, suite d’une scène de jalousie. »

C’est également la thèse que parait avoir adoptée la gendarmerie. Ajoutons, d’ailleurs, qu’elle n’affirme pas, car il y a certains détails bien mystérieux.

Le Parquet est arrivé en même temps que nous. De la gare, perchée à mi-côte, on aperçoit, juste en face, la maison du crime, que l’on reconnait rien qu’à l’animation qui règne autour.

Par une route passablement boueuse, nous nous dirigeons vers la cambuse. Nous traversons la petite rivière, transformée en étang pour les besoins de l’usine, nous suivons pendant quelques deux cents mètres la route menant à Saint-Georges et arrivons à l’établissement Chapus.

 

La maison du crime

Bâtie tout au bord de la route, la cambuse est adossée au dernier contrefort de la colline. Derrière elle est une vaste étendue de terre inculte, couverte de genêts, de mousse, de bruyère. En face, c’est le ravin descendant à pic sur le réservoir du barrage.

A gauche, la route continue vers Saint-Georges, dont les premières maisons sont à un kilomètre de là.

A droite, à cent mètres, les baraquements, assez proches pour que les ouvriers puissent venir facilement se restaurer, mais trop éloignés pour qu’on puisse entendre quoi que ce soit provenant de l’établissement Chapus.

La maison du cambusier était donc parfaitement isolée. De l’extérieur, elle a un drôle d’aspect. Ce qu’on peut appeler la construction principale est un cube dont les côtés sont faits de minces briques à galandage, recouvertes d’une couche de chaux. De chaque côté, un petit bâtiment dont le toit descend de la hauteur du plancher du premier étage, pour arriver presque juste à terre.

De face, la maison présente deux ouvertures, faciles à ouvrir : deux portes vitrées, ne possédant pas de volets et fermant plus ou moins bien, et une fenêtre également sans volets.

A droite, à côté d’un vague jardinet, dans un des petits bâtiments adossés à la construction principale, s’ouvre la porte fracturée.

Cette porte a été sortie de ses gonds et mise de côté. Le petit bâtiment en question forme là une espèce de débarras. De là, on pénètre dans la salle de café, par une porte vitrée, qui ne peut être fermée que le l’intérieur et par un simple crochet. Sur cette pièce s’ouvre également une des portes vitrées donnant sur la route. De là, par une porte pleine, sans vitres, on entre dans la salle à manger. C’est là qu’est étendu le cadavre. On peut également accéder à cette pièce, de la route, par la seconde des portes vitrées et la fenêtre.

De cette pièce, on entre dans la cuisine, formée par le deuxième petit bâtiment adossé à la maison.

Dans la salle à manger, au fond, à droite, est l’escalier menant aux chambres. Du même côté que l’escalier, à l’autre angle, est une lucarne de 50 centimètres de côté, qui ne ferme pas. Sous cette lucarne : une étagère couverte de linge ; ce linge est maculé de boue !

En montant l’escalier, on trouve un petit palier, sur lequel on est obligé de tourner. A droite, un débarras, une malle, des caisses emplies de chiffons, une armoire, la porte de l’armoire, la serrure de la malle ont été fracturées.

On trouve ensuite un petit couloir, puis un autre, le tout formant un « T ». Les trois chambres de la maison s’ouvrent sur cet autre couloir ; la chambre de M. Chapus, celle de sa femme et de son fils, celle du père de Mme Chapus.

Ajoutons que la maison est une construction les plus légères. Les cloisons sont faites de planches mal jointes ; à travers les murs, on voit le jour. Il y siffle un perpétuel courant d’air.

Cependant que les inspecteurs de police mobile photographient le corps sur toutes les faces et étudient les alentours de la maison, le Parquet procède à quelques interrogatoires.

Les magistrats questionnent, tout d’abord Mme Chapus. Elle leur fait la même réponse qu’aux premiers arrivants ; c’est mon mari, dit-elle, qui l’a frappée, pour lui voler son argent. Elle en est sûre car il lui a dit : « Ah ! g…., tu dors encore ! » Elle a compris sa voix. On ne peut rien tirer de plus.

L’enfant, lui, ne peut répondre. Il est, d’ailleurs, très affaibli par une grande perte de sang.

Le père de Mme Chapus est très sourd. Il n’a rien entendu. Il dit un peu de mal de son gendre, mais ne sait rien.

Ce sont là les seuls témoins. On interroge quelques ouvriers de l’usine, pensionnaires du cambusier, qui n’apprennent rien de nouveau.

Puis les magistrats visitent la maison de fond en comble et inspectent les alentours.

C’est pendant une visite qu’est trouvée l’arme du crime : une barre à mine. C’est une simple barre de fer de 40 centimètres de long dont le bout est effilé. Cette barre est encore pleine de sang.

Les inspecteurs de police mobile, de leur côté, ne sont pas restés inactifs. Ils ont découvert, sous la lucarne, le linge maculé de boue, une allumette, et ne tardent pas à retrouver des traces de pas et à acquérir la preuve que l’assassin est rentré par là. Bientôt ils ont reconstitué entièrement la scène du drame.

 

L’autopsie

Mais revenons à M. le docteur Grasset, qui vient de pratiquer l’autopsie du cadavre… Voici quels en sont les résultats :

            M. Chapus a été frappé, sur le crâne, de haut en bas, avec le bout tranchant de la barre à mine. Il n’a reçu qu’un seul coup, d’ailleurs suffisant pour donner la mort ; le crâne a éclaté sur une longueur de 13 centimètres.

M. Chapus était couché. Etourdi sur le coup, il est resté quelques instants dans son lit, puis est descendu, pour mourir au rez-de-chaussée.

Il a dû s’écouler quelques minutes entre l’instant où il a été frappé et celui de sa mort.

M. le docteur Grasset a donné des soins à Mme Chapus et à son fils. Mme Chapus porte une seule blessure, elle a l’œil droit fermé entièrement par un coup donné avec un côté de la barre. Ce coup fut des plus violents ; la paupière, la joue sont très enflées. Mais l’état de la blessée n’est pas grave.

Le fils, lui, est plus grièvement atteint ; deux coups lui ont été donnés avec le c^té tranchant ; le premier au front, le second sur la joue gauche, à côté de la lèvre. Il a perdu son sang en abondance, on craint de ne pouvoir le sauver.

 

La scène du drame

Contrairement aux premières hypothèses, les déductions des inspecteurs de police mobile tendent à démontrer qu’il s’agit d’un acte de banditisme ayant le vol pour mobile plutôt que d’un crime passionnel. Voici comment, après les dernières constatations, on reconstituerait la scène du drame :

Les époux Chapus étaient couchés et endormis. Un individu, connaissant parfaitement la maison, passe par la lucarne. Ses pieds boueux laissent des marques sur le linge, il ne s’en aperçoit pas. Pour s’éclairer, il frotte une allumette, qu’il laisse tomber ensuite.

Dans l’obscurité, il monte dans les chambres et se livre à un assassinat en règle ; d’abord chez M. Chapus, puis dans la chambre de sa femme.

Sachant le père de Mme Chapus très sourd, il le laisse dormir tranquille. Il fracture alors quelques serrures, prend l’argent, en particulier 2.000 francs, dépôt confié par plusieurs Algériens au cambusier, et redescend au rez-de-chaussée. Et cela sans lumière, ce qui prouve une parfaite connaissance des lieux.

Pour sortir, il ouvre la porte fermée au crochet de l’intérieur et, par des pesées, faites à l’aide d’une planche qu’on a retrouvée, tire l’autre porte hors de ses gonds et fait sauter la serrure.

Puis le meurtrier prend la fuite sans être inquiété.

Pendant que le criminel travaillait à fracturer l’armoire et les malles, M. Chapus avait dû descendre et passer près de lui sans le voir. Après être tombé plusieurs fois, le blessé parvint dans la cuisine et alluma à son tour une allumette. Il alla vers un placard contenant des aliments, des boissons.

C’est à ce moment qu’il mourut. On retrouva le bout de l’allumette dans ses doigts crispés.

 

L’enquête continue

Maintenant que le mobile du crime est connu, que la scène du drame est reconstituée, tout l’effort de la justice doit tendre à retrouver le coupable.

Car il ne doit y avoir qu’un coupable, les coups portés avec le même instrument, dans deux pièces différentes, les meubles fracturés avec l’instrument qui servit au crime, tout parait le prouver.

Les inspecteurs de police mobile sont restés sur les lieux. Ils continueront aujourd’hui leurs recherches. Espérons qu’elles aboutiront et qu’ils ne tarderont pas à arrêter la brute sanguinaire, auteur d’une si épouvantable tragédie.

 

René Dulac

Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 4 février 1921

 

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5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 15:56

Horrible drame près de la gare des Ancizes

 

Un bandit pénètre la nuit dans une cambuse et assomme dans leurs lits le cambusier, sa femme et son fils. Il cambriole ensuite et s’enfuit.

Le cambusier est mort, sa femme et son fils son grièvement blessés

 

La coquette et paisible commune de Saint-Georges-de-Mons vient d’être le théâtre d’une terrible et sanglante tragédie. Un mort, deux blessés, tel est le bilan de l’exploit d’un féroce bandit, véritable brute.

M. Chapus, cambusier, près de la gare des Ancizes, sur le territoire de la commune de Saint-Georges-de-Mons, a été trouvé, hier matin, le crâne fracassé, gisant dans une mare de sang.

Au premier étage, évanouis dans leur lit ensanglanté, étaient sa femme et son jeune fils.

Tous trois avaient été frappés pendant leur sommeil. M. Chapus, avant de mourir, avait eu la force de descendre l’escalier.

Le cadavre fut découvert par des ouvriers de l’Électrométallurgie, qui prévinrent un aubergiste de la gare des Ancizes. Le maire de Saint-Georges, puis la brigade de gendarmerie de Manzat, en fin le Parquet de Riom, qu’accompagnaient deux inspecteurs de police mobile, se rendirent sur les lieux.

Il y eut peu de gens à interroger, car il n’y avait pas de témoins oculaires du drame ; seul l’examen des lieux pouvait donner quelques indices sur la scène atroce. En effet, c’est à la suite d’une visite complète de la maison que les magistrats purent établir que le vol était le mobile du crime, qu’il n’y avait vraisemblablement qu’un seul auteur et que cet auteur était un habitué de la maison.

L’autopsie ayant été pratiquée et des soins donnés aux blessés, par M. le docteur Grasset, médecin légiste, le Parquet de Riom quitta Saint-Georges, hier soir, sa tâche terminée, laissant aux inspecteurs de police mobile le soin de terminer l’affaire en retrouvant le coupable.

 

Le cambusier et sa famille

Chapus Pierre, 56 ans, originaire de Manzat, avait été, pendant longtemps, aubergiste aux Ancizes. Mais ses affaires ne marchaient pas très bien, malgré qu’il eût joint à son premier commerce celui de chiffonnier.

L’usine de l’Électrométallurgie ayant été construite sur ces entrefaites, Chapus pensa qu’il aurait peut-être de l’argent à gagner avec les ouvriers.

Il vint donc s’installer à proximité des baraques où logent la majorité des travailleurs étrangers, en face de la gare des Ancizes, sur l’autre versant de la vallée formée par le ruisseau limitant les deux communes, sur le territoire de Saint-Georges-de-Mons.

En effet, la nouvelle cambuse ne tarda pas à être des plus, sinon des mieux fréquentée. Il y avait, parait-il, dix-sept pensionnaires, Algériens, Marocains, Portugais, Espagnols, Italiens, etc…

Mme Chapus, née Nathalie Boulon, malgré son âge – elle est aussi âgée que son mari – ne craignait pas la société des enfants des « pays du soleil », pendant les absences assez longues de son mari. En effet, ce dernier effectuait très souvent des tournées dans la région pour recueillir des chiffons, des peaux… Mme Chapus restait donc seule à la maison, et dame !

Toujours est-il que cela amenait de très fréquentes scènes entre M.Chapus et sa femme. Chapus frappait cette dernière et, depuis quelques temps, le ménage vivait séparé !

Les époux Chapus ont un fils, Marius, âgé de 8 ans qui aidait sa mère. Avec eux vivait également le père de Mme Chapus, M. Boulon, un vieillard de 86 ans, infirme.

Mercredi soir, M. Chapus, sa tournée faite, était rentré d’assez bonne heure. Ses pensionnaires, lorsqu’ils le quittèrent, étaient loin de songer à un drame.

 

La découverte du cadavre

C’est hier matin, vers 5 heures, qu’en se rendant à leur travail, des ouvriers de l’usine, venant de Saint-Georges, voulurent s’arrêter chez Chapus pour « casser la croûte », ainsi qu’ils avaient l’habitude de le faire. Par une porte vitrée, ils aperçurent au rez-de-chaussée le cambusier étendu dans une mare de sang.

Les ouvriers ne cherchèrent pas à pénétrer dans la maison. Ils allèrent déjeuner dans une autre auberge. Là, ils dirent à la patronne ce qu’ils avaient aperçu chez Chapus.

En se rendant à Saint-Georges-de-Mons, pour prévenir le maire, l’aubergiste jeta un coup d’œil, en passant, sur le cadavre de Chapus, mais ne pénétra pas, non plus, dans la maison.

Aussitôt averti, M. Hom, maire de Saint-Georges, se rendit sur les lieux, accompagné de M. Bayet, garde champêtre, et de quelques habitants.

Ils entrèrent, sans peine, dans la maison. La première porte était fracturée, la seconde, grande ouverte. Dans la salle à manger de l’établissement, un horrible spectacle les attendait.

Chapus était couché, suivant l’expression, « en chien de fusil », en chemise, sur le pavé, où s’étendait une mare de sang. Le corps était froid. Les arrivants ne purent voir quelle étaient les blessures qui avaient déterminé la mort : de la tête aux pieds, le cambusier était littéralement couvert de sang.

 

Du sang partout

Au bas de l’escalier menant aux chambres, encore une flaque sanglante. Dans l’escalier, des gouttes sur toutes les marches, sur le mur. En haut, encore du sang.

Sans la chambre de M. Chapus, le lit, en désordre, était rouge, le plancher était taché à plusieurs endroits.

Dans une pièce à côté, des plaintes s’élevaient. Vivement, les visiteurs s’y rendirent et trouvèrent Mme Chapus et son fils couché, également couverts de sang, méconnaissables, dans un lit maculé de rouge.

 

Les premières constatations

M. le maire de Saint-Georges, après avoir constaté la mort de M. Chapus, voulut obtenir quelques renseignements auprès de sa femme.

Les premières paroles de cette dernière furent : « C’est mon mari qui m’a tuée, pour voler mon argent !... »

Elle voulut ensuite se lever, descendit dans sa cuisine, ne vit pas son mari étendu sur le sol et tenta d’allumer son feu.

Son père, qui s’était levé, vint lui parler ; elle lui répéta ce qu’elle avait déjà dit. L’autre, qui est sourd, d’ailleurs, lui répondit : « Il t’avait assez cognée, c’était bien ton tour ! »

Des gendarmes arrivèrent de Manzat, accompagnés de M. le docteur Pourtier. Ce dernier donna des soins aux blessés, cependant que les gendarmes commençaient leur en quête.

Voyant la gravité de l’affaire, le chef de la brigade de Manzat prévint téléphoniquement le Parquet de Riom.

C’est alors que MM. Bonieu, substitut ; Benoid, juge d’instruction ; Glaine, greffier, accompagnés de M. le capitaine de gendarmerie et de M. le docteur Grasset, médecin légiste, se rendirent sur les lieux.

A suivre.....

René Dulac

Le Moniteur du Puy-de-Dôme du 4 février 1921

 

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 12:07

Cour d’Assises du Puy-de-Dôme

Audience du 24 janvier

M. le conseiller Alheine préside, assisté de MM. les conseillers Jutier et Bétille

Le meurtre de Saint-Gervais

François-Joseph Moitry, âgé de 66 ans, réfugié de Meurthe-et-Moselle, est accusé d’avoir, au domaine de la Villatelle, commune de Saint-Gervais-d’Auvergne, tué à coups de fourche un domestique de ferme qui travaillait habituellement avec lui, Michel Tabarant, âgé de 56 ans, originaire de la Creuse.

La scène du drame

C’était le 5 décembre dernier, vers 4 heures et demie du soir. M. Bonnet, domestique au domaine de la Villatelle, passant près d’une écurie de la ferme où travaillaient Moitry et Tabarant, aperçut celui-ci, étendu sur le dos, devant la porte. Moitry frappait son adversaire avec une fourche.

Il ne faut pas le tuer ! s’écria Bonnet. Moitry abandonna alors sa victime et rentra dans la maison.

Tabarant expira une heure et demie après sans avoir repris connaissance.

L’autopsie a démontré que la mort de Tabarant était due à deux blessures produites par les dents d’une fourche maniée avec violence qui avait défoncé le fond des orbites, pénétré dans le crâne et déchiré les méninges. La victime avait, en outre, à la tête, huit autres blessures assez profondes, résultant de coups portés avec le même instrument. De plus, les paupières droites étaient le siège d’une large ecchymose, et l’expert a relevé sur la face dorsale du bras gauche une plaie contuse non pénétrante, occasionnée probablement par un geste de Tabarant pour parer les coups que lui assénait François-Joseph Moitry.

La plupart des coups ont été portés d’arrière en avant et de gauche à droite.

Un alcoolique

François-Joseph Moitry, que l’on nous présente comme un homme violent, irascible, méchant, se montre à l’audience, humble, timide et doux. Maigre, sec, les bras ballants, la tête penchée, le dos voûté, l’accusé parle d’une voix triste, nasillarde, comme si quelque mirliton s’était égaré dans ses fosses nasales ; on comprend difficilement ce qu’il raconte car il lui manque presque toutes les dents, ce qui donne l’impression d’un bafouillage continu, toutes les fois qu’il essaie de donner des explications.

Moitry est né le 21 juillet 1849 à Cosnes (Meurthe-et-Moselle). Il habitait à Longwy au moment de l’invasion ; et, avec beaucoup de ses compatriotes, il quitta brusquement le pays ravagé par les hordes ennemies. Le maire lui avait délivré, au moment de son départ, un certificat de bonne vie et mœurs. Au mois de mai 1915, il fut placé, par les soins de la préfecture du Puy-de-Dôme, aux Ancizes comme ouvrier agricole, puis, quelques semaines après, Mme Revon, propriétaire du domaine de la Villatelle, le recueillait et le chargeait de soigner les bestiaux.

M. le Président indique que, d’après les renseignements recueillis, Moitry avait des habitudes d’intempérance.

D. – Comme réfugié, vous touchiez une allocation de 1 fr. 25 par jour. Dès que, chaque semaine, vous receviez votre argent, vous vous empressiez de le dépenser dans les auberges.

R. – Ce n’est pas exact. Je buvais mais pas comme on l’a dit !

D. – Non seulement vous buviez au cabaret, mais vous buviez aussi au domaine. Certains témoins, entendus au cours de l’information, ont déclaré que vous aviez toujours une bouteille d’eau-de-vie de marc, sous votre traversin.

R. – C’est pour quand j’avais mal à l’estomac.

François-Joseph Moitry porte ses deux mains sur sa poitrine comme s’il éprouvait subitement des douleurs stomacales.

D. – Le 5 décembre, ayant touché à Saint-Gervais le montant de votre allocation vous êtes rentré ivre au domaine de la Villatelle.

R. – Il m’en faut pas beaucoup pour me griser !...

L’accusé aurait été provoqué

M. le président en arrive à la scène du meurtre.

François Joseph Moitry déclare que s’il a frappé Tabarant avec une fourche, c’est qu’il a été provoqué.

D – Vous viviez en mauvaise intelligence avec Tabarant ?

R – Oh ! Je ne lui en voulais pas plus que ça, malgré les misères qu’il me faisait.

D – Avant la scène sanglante, vous avez eu une discussion avec lui ?

R – Non ! Tabarant est venu chez moi et m’a frappé à coups de bâton, sur la tête, à l’épaule et au poignet droit.

D – Le médecin qui vous a examiné a constaté, en effet, que vous aviez été frappé, mais il est impossible de savoir exactement dans quelles conditions.

R – Tabarant a voulu m’assommer. Je me suis défendu en le poussant un peu avec ma fourche.

D – Vous n’avez manifesté aucun repentir d’avoir tué votre adversaire ?

R – J’ai beaucoup de repentir maintenant ! Je suis un homme inconsolable.

Moitry dit ces mots avec un désespoir comique qui provoque quelques rires dans l’assistance.

Les témoins

M. le docteur Chabanet, médecin légiste, fait part de ses constatations. La mort de Tabarant est due, surtout, à une hémorragie dans le cerveau. Il ajoute que Moitry a été frappé avec une grande vigueur par la victime. Sa déposition est favorable à l’accusé dont elle justifie les explications.

M. Bonnet, un vieillard de 72 ans, raconte « qu’il a vu Moitry tricoter avec la fourche sur la figure de Tabarant, qu’il a appelé au secours… et qu’il ne sait pas autre chose ».

D – Moitry s’enivrait souvent ?

R – Cela lui arrivait quelquefois, mais, moi, je ne vois pas bien clair… alors !

D – Vous avez entendu l’accusé dire après la scène : « Je l’ai bien réglé ! »

R – Oh ! Il l’a peut-être dit, mais peut-être aussi qu’il ne l’a pas dit… Je suis dur d’oreilles… Alors… (Rires)

M. Aubignat, gérant du domaine de la Villatelle, est arrivé quand tout était fini.

Moitry était ivre : Comme M. Aubignat lui faisait des reproches, l’accusé déclara : « Je vous ai bien débarrassé ! »

M. Bardot Jean, domestique, ne nous apprend rien de nouveau.

Réquisitoire, plaidoirie et verdict

M. Giocanti, avocat général, prononce un réquisitoire modéré, mais, tout en admettant en partie le système de défense de l’accusé, il réclame une condamnation contre Moitry.

M. Boudet plaide avec chaleur et émotion.

Sur le verdict négatif du jury, la Cour prononce l’acquittement de François-Joseph Moitry.

Le Moniteur du Puy-de-Dôme – 25 janvier 1916

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 17:14

Un pauvre hère est tué à coups de fourche par un réfugié

 

Dans l’après-midi de dimanche, un drame sanglant s’est déroulé, au domaine de la Villatelle, près de Saint-Gervais-d’Auvergne.

François-Joseph Moitry, un réfugié de l’Est, âgé de 66 ans, a tué, à coups de fourche, dans des circonstances particulièrement horribles, Michel Tabarant, âgé de 56 ans. Tous deux étaient employés au même domaine comme domestiques de ferme.

 

Sur les lieux du crime

Le Parquet de Riom, prévenu par dépêche, s’est rendu hier matin à la Villatelle, située à deux kilomètres environ de Saint-Gervais.

Dès onze heures l’enquête, commencée par la gendarmerie, a été continuée par les magistrats.

Tandis que MM. Blache, procureur de la République, et Desnier, juge d’instruction, assistés d’un commis-greffier, faisaient des constatations et entendaient des témoins, M. le docteur Chabanet, médecin-légiste, procédait à l’autopsie du corps de la victime.

Le domaine de la Villatelle, qui entoure le beau château de M ; Claude Revon, se compose d’une série d’importantes exploitations agricoles qui nécessitent un nombreux personnel. Plusieurs réfugiés y sont occupés et y gagnent largement leur vie.

 

Un ivrogne

            François-Joseph Moitry, qui avait travaillé déjà chez divers propriétaires du Puy-de-Dôme, était arrivé à la Villatelle dans les premiers jours d’octobre : on avait besoin d’ouvriers agricoles, on l’accepta sans trop lui demander de certificats. D’ailleurs, il était réfugié et avait droit par cela même à une certaine pitié.

            Malgré ses soixante-six ans, c’est un homme solide et vigoureux, à l’allure décidée, très alerte mais fort ivrogne. Il buvait constamment de l’eau-de-vie, de la blanche, dont on a trouvé une bouteille sous son traversin.

            Quand il était ivre, il se montrait plus particulièrement agressif, méchant, dangereux. Il cherchait querelle à tous les autres domestiques, proférait des menaces qu’il mettait souvent à exécution.

            Un soir, se présenta au château, pour y être embauché, un pauvre hère d’aspect minable, Michel Tabarant, âgé de 56 ans. Depuis quarante-huit heures il n’avait pas mangé. Il était à bout de forces. On lui donna l’hospitalité dans une grange.

            Le lendemain, il offrit de travailler dans le domaine : il savait soigner les bestiaux ; il était quelque peu rebouteux, vétérinaire empirique ; il connaissait des remèdes pour donner de la vigueur aux chevaux. Ce chemineau avait tant roulé de village en village, de ferme en ferme, qu’il avait appris bien des choses sur sa route. Oh ! il ne demandait pas grand-chose pour prix de ses services : une botte de paille sous un toit, pour dormir, une soupe le matin, un croûton de pain le soir.

            Ces propositions étaient acceptables. Michel Tabarant fut accueilli comme garçon d’écurie ; il avait la charge des 15 vaches qui se trouvaient dans cette partie du domaine et, aussi, 18 chevaux qui logeaient dans un bâtiment voisin. Il devait partager la besogne avec Moitry.

 

La loi du plus fort

            Le réfugié ne vit pas sans déplaisir l’installation de Tabarant, qu’il considéra tout de suite comme un intrus. Il déclara au pauvre diable que lui seul, Moitry, avait la direction de l’étable et de l’écurie. Il lui imposa les travaux les plus pénibles, tandis qu’il se grisait du matin au soir.

            Tabarant ne se plaignit pas tout d’abord. Il avait tellement connu de jours de misère, de nuits passées à la belle étoile, de souffrances physiques et morales, qu’il n’osait rien dire de peur d’être jeté à nouveau sur la grande route au moment où venait l’hiver tueur de pauvres gens. Il se soumit, courba l’échine, se livra à un labeur opiniâtre bien lourd pour ses faibles épaules.

            Moitry vivait heureux. Si le régisseur faisait des observations sur quelque négligence dans le travail quotidien, il accusait Tabarant qu’il représentait comme un fainéant.

            Samedi soir, le réfugié injuria de la façon la plus grossière le malheureux qui, pour une fois, eut un sursaut d’indignation et qui leva le bras dans la direction de son insulteur, mais il n’insista pas. A quoi bon ?

            Bien que moins âgé que Moitry, il n’était pas de taille à se mesurer contre le réfugié. Petit, chétif, traînant sa jambe droite ankylosée, épuisé par toutes sortes de privations, Tabarant n’avait qu’à subir la loi du plus fort.

 

La scène du meurtre

            Dimanche, vers 4 heures, dans l’étable, Moitry recommença ses insultes. Tabarant protesta faiblement. Le réfugié le frappa d’un coup de poing au visage. Tabarant chancela sur ses faibles jambes, mais retrouvant un peu d’énergie, il prit un bâton et en porta un coup sur la tête de Moitry qui fut légèrement blessé.

            Alors, furieux, le réfugié saisit son adversaire, le traina au dehors, le renversa dans la cour, sur une mare de purin et de boue, et, s’emparant d’une fourche, en frappa le pauvre hère.

            Onze fois de suite, Moitry enfonça les pointes de la fourche dans la tête du malheureux. Il frappa avec rage, avec sauvagerie, férocement. La cervelle jaillit, le sang coula par onze blessures.

            Quand le meurtrier eut constaté que Tabarant était mort, il s’en alla tranquillement boire deux litres de vin.

            La scène sanglante n’avait pas eu de témoins.

            Ce n’est que le soir, vers 6 heures, que des domestiques, passant de ce côté, découvrirent le cadavre.

            Moitry avoua cyniquement son crime.

            Hier, en présence des magistrats instructeurs, il a eu une attitude plus humble. Il a prétendu que s’il avait frappé, c’était parce qu’il se considérait en état de légitime défense.

            Moitry sera écroué ce matin à la maison d’arrêt de Riom, en attendant sa comparution devant la Cour d’assises.

F. Ronserail

Le Moniteur du Puy-de-Dôme – 7 décembre 1915

 

Le meurtre de Saint-Gervais

            François-Joseph Moitry, l’auteur du meurtre de Tabarant à la Villatelle, est originaire des Ardennes.

            Quand les Allemands sont entrés dans son pays, il a été emmené en captivité : il a passé plusieurs mois en Allemagne et a été renvoyé en France, au mois d’avril, dans un convoi de réfugiés. Il vint à Clermont-Ferrand. Comme il avait sur lui un certificat de bonne vie et mœurs et manifestait le désir de travailler, le Comité des Réfugiés le plaça, comme ouvrier agricole, dans l’arrondissement de Riom où il se fit remarquer tout de suite par son caractère violent et ses habitudes d’intempérance.

            Il n’était à la Villatelle que depuis le mois d’octobre.

            François-Joseph Moitry a été écroué hier à la maison d’arrêt de Riom.

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme – 8 décembre 1915

 

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 19:02

La mort d’un imprudent

C’était, il y a bien longtemps, jour de foire à Charensat. Chacun, ses affaires terminées, se rendaient à l’auberge où on choquait joyeusement le verre. Dans l’un des débits, deux hommes buvaient : un vieillard de 65 ans, habitant le village de M…, et un individu assez mal famé. D’aucuns s’en étonnèrent :

  • Pas prudent, le père X… Le gars avec lequel il est attablé ne vaut pas cher et pourrait bien lui faire un mauvais parti…

Un cadavre mutilé

Le lendemain, en effet – c’était un dimanche – quelques habitants d’un village voisin, qui se rendaient à la première messe à Charensat et suivaient la route d’Espinasse à cette localité, reculaient d’horreur devant le spectacle tragique qu’ils avaient sous les yeux. Au lieudit « Le Houx du Maçon » était étendu le cadavre du père X… Le pauvre vieux avait la tête en bouillie et, çà et là, avaient jailli des débris de cervelle… Près du chapeau du mort, deux énormes pierres étaient teintes de sang. La veste que portait la victime avait été relevée et les poches du pantalon, retournées, indiquaient que l’assassin avait fouillé celui qu’il avait lâchement assassiné.

Le meurtrier, son crime commis, s’était éloigné à grandes enjambées. Dans les terres labourées on relevait des empreintes de ses pas et on pouvait constater que l’un des talons de ses souliers avait une forme assez significative.

L’enquête du Parquet

Cette enquête fut rapide. Elle apprit au juge d’instruction que le père X… avait roulé d’auberges en auberges avec son singulier compagnon et ne s’était décidé à regagner son village que vers dix heures du soir. On l’avait vu s’éloigner de Charensat avec celui qui devait le tuer.

Perquisition fructueuse

En dépit des dénégations qu’il opposa au magistrat instructeur, une perquisition fut opérée au domicile de l’homme que la rumeur publique et que tout d’ailleurs accusaient. Elle amena la découverte d’une blouse et d’un pantalon maculés de sang et de chaussures pleines de terre. Ces chaussures furent immédiatement adaptées aux traces relevées dans les labours situaient à proximité du cadavre. Aucun doute n’était possible ; c’étaient bien les souliers de celui qui venait d’être arrêté qui les avaient produites.

Malgré tout, le coupable niait toujours.

  • Oui, disait-il, j’ai coupé à travers champs pour rentrer chez moi ; mais il y avait longtemps que j’avais quitté le père X… Ce n’est pas moi qui l’ai assassiné.

Une déposition accablante

Mais le Parquet aller bientôt recevoir contre le meurtrier une déposition terrible :

  • A cinq heures du matin, vint spontanément déclarer un habitant de P…, X… est venu frapper à ma porte. Il avait un « drôle d’air ». Prête-moi, me dit-il, une blouse ; je me suis querellé et battu avec plusieurs jeunes gens et j’ai Sali ma blouse. Ça m’ennuie de rentrer chez moi avec celle que je porte.

Le témoin ajouta qu’il avait remarqué que le présumé coupable avait précisement retourné sa blouse et paraissait ne pas avoir dormi. Il avait les traits « tirés et angoissés ».

Aveux

Devant la gravité de cette déposition et pressé de questions, l’assassin se décida à passer des aveux partiels :

  • Eh ! bien oui, fit-il, je me suis querellé en chemin avec le père X… Craignant pour ma vie, car il était très fort malgré son âge, j’ai saisi une pierre dans le chemin et je l’ai frappé à la tête. Il est tombé et de la poche de sa veste a glissé à terre sa bourse en cuir ; j’ai eu la mauvaise pensée de m’en emparer, mais je n’ai pas prémédité mon crime.
  • Malheureusement, lui fit observer le juge d’instruction, la veste relevée, les poches du pantalon de votre victime retournées indiquent au contraire une véritable préméditation. Vous avez bu à divers endroits avec votre victime. Vous avez vu son porte-monnaie bien garni et vous avez conçu, à ce moment, le projet de le tuer. D’ailleurs vous l’avez assassiné avec une sauvagerie inouïe ; l’autopsie a démontré que vous lui avez brisé le crâne en divers endroits. Vous feriez mieux d’avouer avec la plus entière franchise.

Mais le coupable s’entêta dans son système qu’il soutint encore devant le jury du Puy-de-Dôme.

Ce jury était sévère. X… fut condamné à la peine de mort.

J. de Champeix

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 23:38

Maisons inondées et endommagées

Routes transformées en torrent de boue

Chaussées recouvertes de dix centimètres de grêlons

Récoltes détruites

Miremont a vécu des heures de panique hier, en fin d’après-midi. Un orage de pluie et de grêle d’une extraordinaire violence s’est abattu sur ce bourg, situé à une dizaine de kilomètres de Pontaumur, est sur ses environs. En quelques instants, les routes furent transformées en torrent de boue, les maisons d’habitation envahies par des trombes d’eau, les chaussées recouvertes d’une couche de grêlons atteignant dix centimètres d’épaisseur. Désemparée d’abord par l’ampleur du cataclysme, la population s’employa bientôt à lutter contre les éléments déchaînés avec le concours des sapeurs-pompiers, des gendarmes et des services des Ponts et Chaussées.

S’il n’y a pas eu, fort heureusement, de victimes, les dégâts sont considérables.

Trombe d’eau sur Miremont

Dévalant les pentes, le fleuve de boue et de débris envahissait les maisons

En fin d’après-midi, samedi, une formidable trombe d’eau s’est abattue sur le bourg de Miremont et sa région, jusqu’au village du Bouchet.

Le bourg lui-même a été sinistré en totalité, toutes les maisons ont été inondées et ont subi des dégâts très importants. Les routes d’accès ont été coupées, ce qui a nécessité l’intervention d’un nombreux personnel et d’un matériel important.

A la tombée de la nuit, le bourg était toujours isolé et les travaux de déblaiement continuaient.

Les sapeurs-pompiers de Pontaumur, les services des Ponts et Chaussées de la subdivision de Pontaumur, ainsi que la brigade de gendarmerie étaient sur les lieux, ainsi que beaucoup d’habitants des communes voisines. L’accès de la zone touristique de Confolens n’a pu être atteint et il est à craindre que les dégâts très importants aient été subis par les installations en cours de construction. Tous les jardins de la région sont absolument anéantis. La Chancelade, en pleine crue, a envahi toute la zone de Miremont. En certains endroits, 40 à 50 centimètres de boue recouvraient les routes.

La région située entre Miremont et le Bouchet a eu ses récoltes détruites presque en totalité.

Une couche de glace de 10 centimètres formée par les grêlons, recouvrait la route

C’est surtout la région de Miremont qui a subi le gros de la tornade. A quelques kilomètres de là, sur le plan d’eau du barrage de Sauret-Besserve, les adeptes de la voile qui se livraient à leur sport favori ont pu, à l’approche du grain, regagner leur base de Confolens et hisser leurs embarcations sur la terre ferme, évitant ainsi de justesse de gros dégâts aux frêles esquifs.

Mais en aval de la retenue, l’orage crevait avec plus de violence ; très vite, le lit des ruisseaux et les fossés étaient insuffisants à évacuer l’eau tombée du ciel et les routes se transformaient en torrents charriant boues et rochers.

Dans les champs, sous la poussée de l’eau de ruissellement, des tranchées de 60 à 80 centimètres se creusaient et dans le village de Miremont, l’eau dévalant les pentes pénétrait dans les maisons pour ressortir par les fenêtres et les portes des façades opposées.

L’importance du cataclysme désemparait aussi bien la population que les services de secours et les enfants eux-mêmes étaient mobilisés pour aider au déblaiement des habitations.

L’un des dirigent de la base nautique de Confolens voulant regagner Clermont plus d’une heure après la tourmente, a trouvé la route encore encombrée d’une couche de glace formée par les grêlons agglomérés atteignant dix centimètres. Parfois, la glace elle-même disparaissait sous des coulées de boue et de pierre de plus de 40 centimètres de haut.

Il semble que du bétail aurait été entrainé par le flot en plusieurs endroits.

Effondrement sur la R.N. 141

Un formidable effondrement de terrain s’est également produit en fin d’après-midi, près de Pontaumur, sur la R.N. 141. Sur plus de 20 mètres de long, le bas-côté de la route s’est effondré sous les trombes d’eau.

Des secours rapides

Grâce à la rapide intervention des sapeurs-pompiers de Pontaumur, sous les ordres de leur chef, le lieutenant Faure ; des services des Ponts et Chaussées, et de la brigade de gendarmerie de Pontaumur, les dégâts purent être rapidement circonscrits. A 22 heures, les rues de Miremont étaient en majeure partie dégagées, et le calme était revenu dans la commune.

Journal La Montagne du dimanche 6 juin 1971

Dans la nuit, on s'emploi à déblayer la route envahie par les flots de boue

Dans la nuit, on s'emploi à déblayer la route envahie par les flots de boue

Dans les rues de miremont, après les premiers instants de stupeur, les habitants pataugeant dans plus de 30 cm. d'eau, mesurent l'étendue des dégâts

Dans les rues de miremont, après les premiers instants de stupeur, les habitants pataugeant dans plus de 30 cm. d'eau, mesurent l'étendue des dégâts

En plein centre de Miremont, la Chancelade, sortant de son lit passe par-dessus le pont, dont on aperçoit à l'arrière plan me garde-fou. Par rapport au lit de la rivière, l'eau atteignait à cet endroit une hauteur de 3 mètres

En plein centre de Miremont, la Chancelade, sortant de son lit passe par-dessus le pont, dont on aperçoit à l'arrière plan me garde-fou. Par rapport au lit de la rivière, l'eau atteignait à cet endroit une hauteur de 3 mètres

S'engouffrant entre les maisons, l'eau transformait chaque rue en un torrent de boue, creusant au passage de profondes tranchées

S'engouffrant entre les maisons, l'eau transformait chaque rue en un torrent de boue, creusant au passage de profondes tranchées

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 09:48

La barque des promeneurs nocturnes chavire : trois des occupants se noient

Les deux autres s’accrochent à l’esquif

 

Presque à la limite du département de la Creuse, dans le Puy-de-Dôme, au centre d’un triangle délimité par Dontreix, Le Montel-de-Gelat et Charensat, à cheval sur les cantons de Pontaumur et Saint-Gervais-d’Auvergne, l’étang de Chancelade étale ses 130 hectares qui, spécialement en cette saison, accueillent baigneurs, pêcheurs, amateurs de canotage. Précisément, dans la nuit de jeudi à vendredi, vers 22 h. 30, une partie de barque qui groupait cinq personnes devait tragiquement se terminer pour trois d’entre elles qui se noyaient, tandis que les deux autres parvenaient, en s’accrochant à l’esquif, à regagner la rive, située à une quarantaine de mètres du lieu de l’accident.

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Des appels au secours dans la nuit

Dans la soirée du jeudi, vers 22 heures, Mme Yvonne Brivois, demeurant à Boulogne-Billancourt, et en vacances à Dontreix, chez M. Servant, arrivait à Chancelade, en compagnie d’un autre locataire de ce café, également en séjour, M. Giorgio Subacchi, 33 ans, ouvrier maçon, domicilié à Herblay (Val-d’Oise). Ils se retrouvaient dans un café en bordure de l’étang, café tenu par M. Marc Léonard, avec M. Yves Mouillet, beau-frère du débitant, 24 ans, cultivateur à Dontreix, et avec qui la jeune parisienne avait déjà fait un tour en barque dans l’après-midi, en compagnie d’autres amis.

Au café consommaient également M. Michel Ravel, 35 ans, ouvrier d’usine, travaillant à Vaux (Allier), à l’usine Fers-Creux, en vacances chez ses parents, à Dontreix également, et un ouvrier agricole, M. Elie Bolle, 55 ans, demeurant à Courdemanges, commune de Charron (Creuse).

Trois d’entre eux achevaient leur repas et, rapidement, on décidait de faire un tour de barque. C’est ce que déclare Mme Brivois, rescapée, avec M. Yves Mouillet, de cette tragique sortie.

« Lorsque nous sommes partis de l’appontement – dit-elle- il y avait de l’eau dans le bateau ; elle est montée peu à peu jusqu’à hauteur de mes chaussures. Je n’étais pas rassurée et voulais retourner, mais mes compagnons riaient et faisaient bouger le bateau. J’appelais au secours. »

Les cris furent effectivement entendus par le directeur et les enfants d’une colonie de vacances des Francs et Franches Camarades de la région de Lille, en séjour à Villosanges et qui avaient planté leurs tentes au bord de l’étang, dans la partie en bordure de la route du Montel-de-Gelat à Charensat, vers la pointe que fait la vaste pièce d’eau vers le Nord-Est.

M. Hornaert, le directeur, nous a déclaré :

« Nous mangions en écoutant la radio, lorsque nous avons entendu les appels, mais, en même temps, des rires provenant du lac. Nous pensions que les gens s’amusaient, mais nous avons bientôt perçu de nouveaux appels. Du bord, nous avons vu sur l’eau la lueur d’une lampe de poche électrique (c’est Mme Brivois qui la tenait) et, tandis que l’on avisait le café proche, nous tentions de guider les naufragés par nos cris. Il y avait de la brume sur l’eau. »

Bientôt, un des clients du café arrivait, entrait dans l’eau et parvenait jusqu’à la barque à laquelle s’accrochaient M. Mouillet et Mme Brivois, et ramenait les naufragés au rivage. Mais leurs trois compagnons avaient disparu.

« M. Ravel a sauté du bateau lorsqu’il a été plein d’eau ; la barque a chaviré. MM. Subacchi et Bolle ont disparu sous l’eau après avoir tenté de se raccrocher au canot ; M. Ravel, qui tentait de regagner le bord à la nage, a disparu lui aussi. » poursuit Mme Brivois.

L’alerte était donnée au Montel-de-Gelat, dont les pompiers, sous la conduite du lieutenant Chanut et de son adjoint, M. Mousselon, étaient bientôt sur les lieux, ainsi que le maire de la localité, M. Léonard.

Il y avait également le garde de l’étang, M. Barrier, et des volontaires, en canot et en pédalo, pour tenter de retrouver les trois disparus dont on espérait toujours qu’ils avaient pu regagner l’une des rives à la nage. Un espoir qui devait être, hélas ! rapidement déçu.

Les gendarmes de la brigade de Saint-Gervais-d’Auvergne avec, à leur tête, l’adjudant Rodier, parvenaient à leur tour au bord de l’étang où le commandant Duchez (de la compagnie de Riom) était aussi présent pour mener les recherches qui étaient abandonnées après plusieurs heures et n’avaient permis de retrouver que la casquette de l’un des noyés, le portefeuille d’un autre…

Hier matin, en présence du maire du Montel ; de M. Mouton, conseiller général de Pontaumur, elles reprenaient avec le concours d’une équipe de pompiers de Clermont, spécialistes de la plongée, conduite par le sous-lieutenant Simonnet et formée de MM. Larquier, Cognet et Faure. Pendant deux heures, sous le regard des curieux et aussi des membres éplorés des familles des victimes, ces recherches se poursuivaient encore sans résultat. Elles reprenaient en début d’après-midi, sous la direction du lieutenant des pompiers du Montel et allaient aboutir vers 16 h. 30 à la découverte de deux des corps : celui de M. Subacchi, puis celui de M. Bolle.

 

Les recherches reprennent ce matin

Mais, en dépit des efforts des plongeurs, on ne put retirer hier soir la troisième victime et les recherches devaient reprendre ce matin.

Les corps de MM. Bolle et Subacchi ont été transportés à la mairie de Charensat, transformée en chapelle ardente et où le docteur Michon, du Montel-de-Gelat, après examen a délivré le permis d’inhumer.

C’est un bien triste fait divers qui vient ainsi endeuiller plusieurs familles d’une région dont le caractère pittoresque et accueillant cadre mal avec une telle tragédie. On peut d’ailleurs noter que les noyades sont, à l’inverse d’autres plans d’eau, très rare à Chancelade. La dernière remonte à une quinzaine d’années, où un chasseur, allant chercher à la nage une poule d’eau qu’il avait abattue, disparut dans les eaux, frappé de congestion.

Mais, hélas ! cette fois, rien ne pouvait faire prévoir que cette promenade en barque se terminerait d’une manière aussi tragique pour trois des cinq participants, et les deux rescapés, M. Mouillet, fils du propriétaire de l’étang et du bateau, et Mme Brivois, très accablés, avaient peine, hier après-midi, en suivant les recherches entreprises par les pompiers du Montel et les spécialistes du corps de Clermont, à se faire à la tragique réalité jaillie de cette nuit du 12 août.

 

Archives Départementales : La Montagne, 8 BIB 2, 14 août 1971.

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 21:03

L’industrie la plus curieuse de la Combraille fut, au 18e siècle, la tentative faite par MM. Dauphin de Leyval, seigneur du Montel-de-Gelat, de créer une verrerie dans la forêt de Roche, sur la paroisse de Villosanges, mais sur la limite de celle du Montel-de-Gelat, au lieu-dit appelé aujourd’hui la Verrerie, situé sur la route de Pontaumur au Montel-de-Gelat, un peu après le croisement d’avec la route de de Villosanges à Tralaigue, dit Croix de Tiotoux.

La profession de maître-verrier était une des rares qu’un seigneur pût exercer sans déchoir, sans perdre sa qualité de noble.

Au début de l’installation, le seigneur du Montel est Augustin Dauphin qui a acheté le fief depuis 1756 seulement : il est entre autres Inspecteur général, plus tard grand prévôt de la maréchaussée d’Auvergne.

En 1769, M. Dauphin, a demandé, avec l’autorisation de créer une verrerie, de bénéficier du titre de manufacture royale avec tous les avantages que cette situation pouvait comporter : subventions, exemptions de la taille et de la milice pour les ouvriers notamment.

Cinq années se passent pendant lesquelles, réflexion faite, le Sr Dauphin semble s’être décidé à monter son affaire sans privilège royal.

Au début de 1777, la verrerie est fondée et fonctionne. M. Dauphin sollicite une subvention de 60.000 livres ; il lui en est accordé 24.000.

Dans son rapport du 17 décembre 1778, M. Jubié, inspecteur des manufactures, dit qu’au moment de sa dernière visite, le 30 janvier, il y avait un four à six ouvreaux installé dans une halle où il y avait de la place pour un autre four. Il existe plusieurs retranchements pour servir de magasins, des logements pour les ouvriers et commis, onze cabanes de chaume, des hangars à bois et le logement du potier. La verrerie comprenait 49 ouvriers de toutes espèces. Il a constaté certaines défectuosités dans la qualité du verre provenant du manque d’épuration des matières utilisées, de la mauvaise construction du fourneau qui s’était crevassé et dont il se détachait des débris qui tombaient dans les creusets.

Mais, ajoute-t-il, ce four a été reconstruit au printemps dans de meilleures proportions ; il est plus solide que le précédent, il produit du verre de belle qualité. Un second fourneau a été construit et touche à l’instant la perfection. Deux moulins à broyer remplacent la force des bras et on travaille à creuser un étang pour avoir toute l’année l’eau nécessaire. Une salinière a été installée aussi près de l’usine.

Il note : « la qualité du verre donne la perspective presque assurée de surpasser les verres de Bohême et d’Angleterre en blancheur et en éclat. La manufacture a produit, du 30 janvier au 17 décembre 1778 pour environ 30.000 livres de verre.

Mais la vie de la verrerie de Roche dont l’avenir s’annonçait sous d’heureux hospices dix ans auparavant ne va pas tarder à disparaître.

Les grandes journées révolutionnaires allaient définitivement ruiner une affaire qui paraissait viable.

Augustin Dauphin de Leyval devait succomber sous l’échafaud en 1794, à Paris.

 

Autour de 1780, c’est un nommé Martin qui dirige la verrerie ; plus tard on trouve François Vergnol. Quelques noms de maîtres-verriers relevés dans les registres de catholicité de Villosanges : Bertrand, Littard, André, Grégoire, Wasner, Gonet, Schmid, Duperrier, Tixier, Frette, Fonde, Ribot, Lornart, Bersse, Mayet, Chatelain, Cardinau, Thomassin, etc… A quelques exceptions près, ce ne sont pas des noms de la région. D’où venaient-ils ces maîtres-verriers ? De l’Est pour quelques-uns, de la Margeride pour plusieurs autres.

 

Extrait des entreprises industrielles en Combraille au 18e siècle, par J. Semonsous.

Revue d’Auvergne, tome 72, année 1958.

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