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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 07:56

Le drame de St-Georges-de-Mons

 

Le vol est bien le mobile du crime. X. a tué pour s’acheter un fusil.

 

Riom, le 22 mars – Sans désemparer, après l’enquête si rapidement menée par les brigades de police mobile et de gendarmerie, M. Tessèidre, juge d’instruction, a commencé l’instruction de cette sensationnelle affaire. C’est ainsi que, comme nous l’avons dit, dès son arrivée à Riom, l’assassin fut entendu.

            M. Tessèidre tint tout d’abord à féliciter chaudement policiers et gendarmes pour l’œuvre heureusement accomplie en parfaite harmonie. Rappelons que dès samedi soir, M. Tessèidre avait indiqué la piste X. comme étant très intéressante, d’après des renseignements confidentiels qui lui avait été fournis.

 

X. confirme

            L’interrogatoire fut long et minutieux pour que l’inculpé ne put, dans la suite, revenir sur ses aveux et ne prit fin qu’à 20 heures ; après quoi X. fut écroué. M. Tessèidre fit d’abord reconnaitre par l’assassin tout ce qu’il avait avoué aux enquêteurs. Puis, invoquant son intérêt et l’excusant par avance des « oublis involontaires » qu’il avait pu commettre, il l’invita à redire, en les complétant, les péripéties de cette nuit terrible. Mis en confiance, d’ailleurs ramené habilement au fait quand il cherchait à s’en écarter, X. s’enfonça un peu plus en avant dans la voie des aveux. Jusqu’à présent, il est nettement établi que le mobile du crime est le vol et était prémédité.

            « Il voulait, dit-il, faire réparer son fusil. A 4 mètres de la fenêtre, muni d’une carabine et de quatre cartouches, il a voulu tirer sur Mme Binet, « moins sympathique » et c’est involontairement qu’il a atteint au nez Mlle Loiseau, qui s’est frappée sur le côté de la tête en tombant évanouie. Mme Binet, effrayée, veut sortir, mais sur le seuil de la porte, elle se heurte à l’assassin qui, d’un coup de crosse, lui fracasse l’arcade sourcilière et la mâchoire, provoquant ainsi sa chute dans la cuisine, aux côtés de son amie.

            Croyant les deux femmes mortes, X. monte au premier étage, fouille partout pour mettre la main sur l’argent, objet de ses convoitises. Il ne trouve rien et redescend dans la cuisine. Mlle Loiseau a disparu. En hâte, il prend des papiers dans l’armoire de la cuisine et les fait flamber à l’aide de son briquet sur le cadavre de Mme Binet et va à la recherche de sa compagne. La malheureuse agonise derrière la maison, près de la haie. Ne pouvant l’emporter dans la cuisine, il va chercher du foin, l’enflamme et le met sur la tête. Léchée par les flammes, Mlle Loiseau se redresse brusquement. Il l’aide à gagner la porte de la cuisine. Mais devant l’horrible spectacle qui se présente à elle, la malheureuse veut faire demi-tour. D’un coup brusque, X. la pousse dans l’intérieur, près de sa compagne en feu. Puis, fermant la porte derrière lui, il gagne la campagne.

 

L’assassin a-t-il vraiment tué en vain ?

Le juge d’instruction lui a fait préciser qu’il n’avait pas bu avant de commettre son crime et qu’il ne souffrait d’aucune maladie grave. On a remarqué qu’il prétend encore n’avoir rien trouvé comme argent. L’enquête devra élucider ce point. On peut s’étonner en effet qu’il n’ait pas été possible encore de retrouver les économies des deux malheureuses victimes.

            Néanmoins, d’ores et déjà, X. ne peut échapper à un juste châtiment.

 

Archives Départementales – Le Moniteur du Puy-de-Dôme – 5 BIB 3/103– Journal du 23/03/1932

 

Le crime de St-Georges-de-Mons

 

A l’interrogatoire : X. a volé les titres et a étouffé ses victimes

 

Riom, le 10 mai – Lundi 9 mars, de 9h. à 12h. 30, M. Tessèidre, juge d’instruction, a longuement interrogé, en présence de Me Berthon, du barreau de Clermont-Ferrand, défenseur du prévenu, X. Marien, 31 ans, cultivateur au hameau de Rochefort, commune de Saint-Georges-de-Mons, l’odieux personnage qui, la nuit du 17 au 18 mars 1932, assassina sauvagement deux femmes vivant ensemble, dans la maison dite « Château des Bruyères », près du hameau de Mazal, commune de St-Georges-de-Mons : Marie Loiseau, 63 ans, et veuve Rossignol, née Binet, 61 ans.

La tâche du magistrat instructeur fut rude et il lui fallut des prodiges de finesse sagace et de bonhomie souriante pour mener son œuvre à bonne fin. Il n’y manqua point ; peut-être est-il quelques points de détail sur lesquels il faudra revenir, mais on peut affirmer que la vérité est dégagée dans ses points essentiels.

Du reste, depuis l’interrogatoire, lors de l’arrestation, ce magistrat n’avait pas voulu pousser à fond ses investigations avant le dépôt des conclusions de M. le docteur Edmond Grasset, médecin légiste, pour n’être pas exposé à battre en retraite par une attaque mal étayée. En effet, à l’autopsie des deux victimes, ce praticien avait été frappé par l’examen du cœur exsangue. Il préleva du sang. L’analyse de ce liquide ne décela aucune trace d’oxyde de carbone, ce qui détruisait la thèse de la mort par asphyxie, qui s’était d’abord imposée à l’esprit. D’autre part, les blessures reçues n’étaient pas suffisantes pour déterminer la mort. Le docteur Edmond Grasset vient de déposer son rapport concluant à la mort par étouffement.

 

Les aveux d’X.

Muni de ces conclusions, M. Tessèidre, après avoir obtenu la confirmation des aveux précédents et des questions sur les origines et la santé du prévenu, obtint les précisions suivantes :

Condamné deux fois pour vol par le tribunal de Riom, en 1920 et en 1923, l’attrait du bien d’autrui parait exercer sur X. une influence assez grande quand il a des difficultés à vaincre pour l’obtenir. Célibataire, possédant quelque avoir, vivant avec sa mère veuve et son frère marié, passionné pour la chasse, posant à l’homme généreux, ses seules dépenses consistaient à acheter du gibier pour ‘la montre » quand il n’en pouvait tuer, à payer largement à boire aux camarades et à se rendre de temps à autre dans des maisons de plaisir à Clermont-Ferrand.

Depuis quelque temps, un fusil de 600 ou 700 francs lui faisait envie, et il ne pouvait disposer de pareille somme.

 

La préméditation

Courant 1930, Marie Loiseau l’employa au bêchage de son jardin. Quelle ne fut pas sa surprise, le dimanche des Rameaux 1931, de le voir à nouveau, sans être commandé, travailler dans son jardin. La pauvre femme le congédia séance tenante.

Quelques semaines avant le crime, trois dimanches consécutifs, il vint rôder autour de la maison des Bruyères. La dernière fois, devant trois jeunes filles, entendues depuis par la police mobile, Marie Loiseau lui dit qu’elle ne voulait point avoir espion autour de chez elle.

Dès le début de février 1932, l’idée de voler l’argent de Marie Loiseau germait dans son esprit et s’ancrait profondément, le rendant nerveux. Le 4 mars 1932, il emprunta quatre cartouches à Triphon, du village de Rochefort, avec lequel il chassait parfois. Le 13 mars, ayant laissé son fusil chez ce dernier, il l’envoya quérir par sa mère.

La préméditation est encore accusée par le fait que le 17 mars, à 18 heures, il a éprouvé le besoin de retirer sa montre de chez l’horloger où elle était en réparation.

 

Assommées, étouffées, brûlées

Les événements se précipitent. Il prend son maigre souper avec les siens, dissimule son fusil dans son pantalon, prend les quatre cartouches et à 20 heures sort et se rend au Château des Bruyères. Placé contre la fenêtre de la cuisine, il voit les deux femmes travaillant autour de la lampe à la confection d’un drap, tire sur la veuve Rossignol, pour laquelle il avait de l’aversion, mais la manque, et atteint Marie Loiseau, qui tombe blessée à côté du fourneau. Terrorisée, la veuve Rossignol se précipite vers la porte pour sortir. L’assassin l’abat, la frappant à la tête avec le canon de son fusil, qui se casse à une ancienne fêlure de la crosse. Croyant les deux femmes mortes, il prend l’escalier extérieur et monte au premier étage, fouille tous les meubles, à la recherche de l’argent, prend une trentaine de mille francs de titres dans une valise rouge, redescend et entend les plaintes de la femme Rossignol. Affolé, et constatant en outre la disparition de Marie Loiseau, qui est sans doute allée le dénoncer, il appuie la bouche de la femme Rossignol contre le sol, jusqu’à l’étouffement, puis dispose sur le corps les titres compromettants, auxquels il met le feu avec son briquet.

Sortant de la cuisine, il entend alors les gémissements d’une autre personne. C’est Marie Loiseau qui, perdant son sang, et cherchant à s’échapper, est venue, à 1m. 50 de la porte, tomber dans la haie. « Il y a du mal, dit l’assassin. – Malheureux, répond faiblement la victime, il y en a déjà bien trop ; tu me le payeras ».

X. essaye de la soulever. Mais, trop faible, il la laisse retomber lourdement  à terre. Il accumule un tas de foin sur la tête de Marie Loiseau et y met le feu. Sous la morsure de la flamme, la malheureuse a un sursaut d’énergie, se relève et cherche à gagner la cuisine. X. la soutient, mais, la porte ouverte, devant l’odeur et le spectacle qui s’offrent à elle, Marie Loiseau résiste. X. la pousse et elle tombe à côté de sa compagne.

L’assassin lui maintient alors la tête à terre, la bouche contre le sol, jusqu’à l’étouffement. Il constate que les papiers des titres, tassés et épais, brûlent lentement. Il prend la lampe qui est sur la table, vide le pétrole qu’elle contient pour arroser les papiers et les corps, ferme la porte et s’enfuit. Il se lave les mains au ruisseau et arrive à 22 heures chez lui, où les siens, le voyant défait, lui demandent ce qu’il a. Il se plaint alors du genou droit et va se coucher vers 23 heures. Mais quand tout le monde est endormi, vers minuit, il se lève doucement, gagne le Château des Bruyères et constate que le papier brûlait trop lentement à son gré. Il fouille tous les coins de la cuisine pour trouver d’autre pétrole, mais c’est en vain. Il ramasse les feuillets éparpillés, les remet sur les cadavres, ferme la porte, enflamme du foin au dehors, de la porte de la cuisine à l’escalier pour supprimer toute trace de sang et rentre chez lui vers 2 heures du matin.

Le lendemain, il va travailler au creusement d’une cave chez Triphon et au repas de midi, comme on parlait de l’assassinat, il dit : « C’est affreux de voir des choses comme ça ; mais on trouvera rien. Les criminels ont dû s’enfuir en auto ou par le chemin de fer. »

Pendant l’interrogatoire, X. ne voulait pas avouer le vol d’argent, alors qu’il faisait beaucoup moins de difficultés à se voir imputer l’assassinat. Pour lui, il semble considérer le premier crime comme étant plus grave que le second.

 

Archives Départementales – Le Moniteur du Puy-de-Dôme – 5 BIB 3/103– Journal du 11/05/1932

 

X. va subir un examen mental à Paris

 

            X. Marien, l’assassin du Château des bruyères, commune de Saint-Georges-de-Mons, va être transféré à Paris pour être examiné au point de vue mental par des célébrités médicales : les docteurs Truelle, Toulouse et Génil-Perrin, ces deux derniers directeurs de l’Asile Sainte-Anne.

Rappelons que les docteurs Truelle et Génil-Perrin se sont récemment occupés de l’examen de Gorguloff, l’assassin du président Doumer, avec l’assistance d’un troisième spécialiste, le docteur Roques de Fursac.

 

Archives Départementales – Le Moniteur du Puy-de-Dôme – 5 BIB 3/103– Journal du 07/06/1932

 

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