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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 10:43

Marien X. se défend, nie, puis avoue, se rétracte et avoue encore.

Il était midi lorsque l’interrogatoire commença, à la mairie de Saint-Georges-de-Mons, dans le bureau du secrétariat, sous l’œil bienveillant et le regard souriant de Gaston Doumergue, président de la République. Les lenteurs de l’administration n’ont pas permis encore d’envoyer le portrait du nouveau président à la barbe fleurie. Pendant ce temps, l’inspecteur Delort interrogeait également les frères, sœurs et beau-frère de Marien X.

Une de ses sœurs, mariée à Jeansol, reconnut, après bien des réticences que le premier alibi fourni par elle le matin, était faux. Devant aller à St-Georges-de-Mons, elle s’était rendue chez sa mère, à Rochefort, pour que la distance soit moins longue ; elle avait constaté que son frère Marien s’était absenté de 19h. 30 à 22 heures. Le frère de Marien fit la même déclaration, mais précisa que la durée de l’absence n’excédait pas une heure.

Interrogé sur ce point très important, X. reconnait qu’il s’est bien absenté, mais « ergote » sur le battement.

-          « Oui, je suis sorti pour aller à l’affut du renard, au village de Pichon (Lieu sis à l’opposé du Mazal) ». Comme on lui demande des précisions, il se rétracte et déclare : « Mais je me suis égaré et j’ai décidé de me rendre à la maison de Paille (Maison en ruines, sise à 50 m. du château des Bruyères). Je voulais attendre un beau lièvre qui, disait-on, venait tous les soirs. Chemins faisant, je me suis rapproché de la maison de Mlle Loiseau, mais je n’avais aucune idée de mal faire. »

-          Et ça. Qu’est-ce que c’est ?

A ce moment, les policiers mettent sous les yeux de X. sa veste tachée de saX.ng.  s’en empare et cherche à faire disparaitre les traces en les grattant avec ses ongles. Mais les policiers ne lui en donnent pas le temps.

-          C’est de la peinture, dit-il.

-          Tu as fait de la peinture chez toi, à quel endroit ?

-          Chez moi, oui, c’est-à-dire, chez un voisin.

Marien X. s’embrouille et l’interrogatoire se poursuit ainsi, très ardu, acharné. Mais, peu à peu, on arrive à la scène tragique.

-          Je me suis rapproché de la maison, et j’ai vu, à travers le fenêtre, Mlle Loiseau et Mme Rossignol qui travaillaient à la faible lueur d’une petite lampe. Je les regardais un instant, sans pouvoir les distinguer l’une de l’autre, puis je montais très doucement, sans faire de bruit, sur le palier du premier étage, où je pris du foin. Je suis redescendu et je me suis rendu derrière la maison, où je m’assis un instant. J’ai fumé une cigarette.

-          Tu avais ton fusil ?

-          Oui je l’avais, dissimulé dans une jambe de mon pantalon.

-          Et après ?

-          M’étant levé, je suis revenu devant la maison, et je me suis placé devant la clôture du jardin potager, à sept ou huit mètres. Ayant voulu faire peur aux femmes, j’ai tiré un coup de fusil.

-          En l’air, ou en visant ?

-          Evaux hésite d’abord, puis concède : « Sur la maison. Quelques instants d’après, alors que je m’étais approché de la fenêtre, Mlle Loiseau sortit en gémissant et disparut derrière l’escalier extérieur. Je pénétrais dans la cuisine où Mme Rossignol, atterrée, criait : « Au secours ! à l’assassin ! »

 

La scène du crime

-          Je me précipitais sur elle et, avec le canon de mon fusil, lui portais des coups à la tête. La femme tomba à la renverse, sur le dos. C’est à ce moment que j’ai ramassé de nombreux papiers que je déposais sur le corps de la veuve Rossignol. Prenant du feu dans le petit fourneau-cuisinière, j’allumais les papiers.

-          Vous aviez pris la précaution d’imbiber le corps et les papiers de pétrole ?

-          Non, ce n’est pas vrai ! Il y avait peut-être bien des bouteilles, mais ce n’est pas moi. Je sortis ensuite, cherchant Mlle Loiseau. Elle était derrière la maison, aux pieds de la haie ; elle gémissait. Je lui ai dit : « il y a du mal ? » Elle me répondit : « Malheureux, il y en a bien de trop. Qu’est-ce que tu as fait ? Tu me le paieras ! » M’apercevant que ma victime m’avait reconnu, je décidais de la faire disparaitre. Ayant retourné le corps, je le disposais sur le foin et j’allumais du feu.

Mais sous l’action des flammes qui lui léchaient les mains, les jambes et commençaient de brûler ses vêtements, la pauvre femme eut un sursaut d’énergie. Elle réussit à se redresser et titubant, allait se diriger vers la maison.

-          Je l’aidais. Elle s’appuyait contre la maison, (les traces de sang semblaient l’indiquer) et nous arrivons devant la porte.

Ici, avec un cynisme révoltant, X. ajouta : « Mais ayant sans doute senti l’odeur de brûlé qui provenait de la cuisine, ou alors pressentant un nouveau malheur, ou craignant que je lui fasse encore du mal, arrivée devant la porte, Mlle Loiseau eut un brusque sursaut en arrière. C’est alors que je poussais fortement Mlle Loiseau, qui est allée tomber sur le corps de Mme Rossignol, que des flammes dévorait et j’ai entendu des plaintes.

Je suis monté en hâte dans la chambre du premier étage et j’ai fouillé dans tous les meubles. Mais je n’ai rien trouvé. Je n’ai rien volé. Je vous l’affirme ! »

 

La terrible agonie des deux femmes

« Après des recherches vaines, je redescendis, en passant devant la fenêtre de la cuisine, je regardais par le carreau brisé. Ca brûlait fort, et Mlle Loiseau gémissait, et criait faiblement. » On peut juger de l’effroyable agonie endurée par les deux malheureuse victimes.

Mme veuve Rossignol dut mourir brûlée vive et asphyxiée, tandis que Mlle Loiseau, blessée grièvement à la tête, dut succomber lentement à l’asphyxie. Car dans la petite cuisine, une fumée intense, une odeur exécrable se dégageaient. Combien de temps dura cette agonie ? On ne sait. Mais toute la nuit, le corps de Mme Rossignol se consuma lentement, et c’est pourquoi les premières personnes accourues sur les lieux purent apercevoir des flammes et entendre un grésillement.

 

Le retour dans la nuit

            « Je partis aussitôt par le même chemin et je gagnais ensuite, à travers champs, le sentier qui conduit à Rochefort. A 800 mètres de la maison du crime, j’ai déchargé mon fusil. Mais la douille en carton bleu avait été à moitié arrachée par la décharge. Je jetais le reste et le culot dans les genêts. Un peu plus loin, dans le petit ruisseau qui coule entre Rochefort et Mazal, je me suis lavé les mains et la figure avec mon mouchoir. Je suis rentré directement chez moi, et je me suis couché. Le lendemain, à la nouvelle de la découverte du crime, j’ai voulu aller à la maison du château des bruyères. Mais M. Tréphond m’a dit : « Reste là ! ça ne te regarde pas ». Le matin, j’ai donné mes vêtements à laver à ma mère. »

            Certains s’étonnèrent que la mère, en lavant des effets ensanglantés et en apprenant l’horrible crime, n’ai rien dit. Mais il ne faut pas oublier « qu’une mère est une mère ». C’est un sentiment qui ne s’explique pas. Une mère ne trahit pas son enfant. Une mère aurait peut-être agi autrement, aurait livré son fils à la justice, mais dans une tragédie de Corneille. Ce temps n’est plus.

            L’interrogatoire se poursuivit très longuement et prenait fin hier matin à 4 heures. Il devait reprendre de 10 heures à midi et de 14 heures à 16 heures, pour permettre d’apporter des précisions. Marien X. a passé des aveux. Mais, dans ses définitions, on relève de nombreuses inexactitudes, et si on veut s’en tenir à ses déclarations, on ne voit pas à quels mobiles il a voulu obéir en tuant si sauvagement ces deux pauvres femmes. Le vol ? Il le nie. La vengeance ? Alors ?

 

Marien X.

            L’assassin, Marien X., est un enfant du pays. Né à Saint-Georges-de-Mons, au village de Rochefort, X. est âgé aujourd’hui de xx ans. Il demeure avec sa mère, son frère et sa sœur à Rochefort ; une autre de ses sœurs demeure à Jeansol. Son père est décédé il y a environ deux ans. Il a hérité de sa part, représentant en terre une valeur de 7 à 8.000 francs et en bétail 10 à 15 moutons et deux à trois vaches. Sa famille est aisée et lui n’est point dans le besoin. Il accomplit son service dans l’auxiliaire. Son passé n’est pas sans reproche. Il fut condamné deux fois pour vols, commis à Rochefort, au préjudice de voisins. La première fois à quinze jours d’emprisonnement avec sursis et la seconde fois à 20 jours de la même peine, pour un vol de 300 francs commis au préjudice de Mme Tréphond-Binet. « Elle me le paiera, dit-il, car elle avait simplement perdu son portemonnaie. »

            Cultivateur et journalier, Marien X. allait en journée chez d’autres agriculteurs. C’est ainsi que Mlle Loiseau l’employa une fois, il y a un an, pour bêcher son jardin.

            Il possédait un fusil pour la chasse, mais il avait le désir de faire l’acquisition d’un modèle plus récent. Il prétendait n’avoir pas d’argent. Espérait-il en trouver chez Mlle Loiseau ?

            Nous nous sommes rendus au village de Rochefort. L’habitation de la famille X. semble abandonnée. La porte est close et, sur le seuil, toute la volaille attend, une pâtée et des grains qu’on a oublié de leur donner. Mais on sent qu’on ne vit plus ici. Tout est triste, la honte et le désespoir sont entrés dans la maison. La mère ne comprend plus ; elle est abattue ; elle pleure. Par respect, nous nous éloignons. Les voisins nous confient qu’ils étaient loin de se douter que Marien X. ait pu accomplir un semblable forfait. On n’en revient pas. Un neveu de Mme veuve Rossignol, M. Tryphond, nous dit : « C’est bien le dernier que j’aurai soupçonné, et dire… » - Mais, n’en parlons plus, tout cela est passé. »

 

La reconstitution du drame

A quatre heures du matin, les enquêteurs allèrent prendre un repos bien gagné, tandis que Marien X., qui avait fait des premiers aveux, était conduit à Manzat, dans une chambre de sûreté, à la brigade de gendarmerie. A 7h. 30, les policiers étaient levés et se rendaient au Château des bruyères, tandis que X. était amené sur les lieux.

            Là, en présence de M. Buffet, commissaire de police mobile et de M. Andrieu, juge de paix, Marien X. fit sur les lieux un deuxième récit de la scène tragique et confirma tous ses aveux. Ajoutons que le sac de Mlle Loiseau, qui contenait une petite somme d’argent, fut retrouvé intact, pendu derrière la porte.

 

Les obsèques des victimes

            Après la mise en bière, samedi soir, les cercueils furent transportés au domicile de Mme veuve Binet, au village du Mazal. C’est de là qu’hier matin partit le cortège. Sur une humble charrette, on avait déposé les deux bières. N’avaient-elles pas été unies dans la mort ? Par les chemins de terre, on gagna la route de Saint-Georges-de-Mons et la cérémonie funèbre eut lieu à 9 heures, le deuil était conduit, pour Mlle Loiseau, par tous les membres de la famille Cannaud, et pour Mme veuve Rossignol, par ses neveux.

            L’inhumation eut lieu dans le modeste cimetière de campagne et les corps furent déposés dans les caveaux des familles Tréphond-Binet et Cannaud.

 

Le départ de Saint-Georges au parquet à Riom

            Au cours de la matinée, on sut bien vite à Saint-Georges que l’assassin était arrêté. Et dès lors, de très nombreuses personnes stationnèrent devant la grille de la mairie-école, où X. et les enquêteurs se tenaient. A midi, Evaux mangea de bon appétit et but un bon litre de café.

            Au dehors, les gens ne ménageaient point leurs expressions : « Qu’on nous le donne ici cinq minutes seulement, sur la place. » Un autre de dire : « On le fera brûler à petit feu. » La foule était excitée. Aussi il fallait, pour éviter tout incident, hâter le départ pour Riom et faire en quelque sorte qu’il passât inaperçu. L’auto de la police mobile est avancée, le moteur ronfle. Deux places restent vides dans le fond ; on attend quelques instants. La foule a-t-elle compris. Elle s’approche. Au même moment, d’une petite porte, deux gendarmes apparaissent, encadrant Marien X. Ils franchissent vite le court espace et s’engouffrent dans l’auto. Mais les gens crient : « A mort, l’assassin. » La fureur populaire se donne libre cours et les femmes montrent le poing. Vivement, l’auto démarre et disparait dans un tournant, emportant Marien X. et son lourd destin.

            Il convient de signaler, avant de terminer, l’action efficace des enquêteurs qui surent aboutir si rapidement. Comme nous félicitons M. Buffet, celui-ci nous déclara : « Mais, surtout, précisez bien que j’ai trouvé à Saint-Georges-de-Mons une population accueillante ; que la brigade de gendarmerie a toujours mené l’enquête en étroite collaboration avec nous et, dans l’Est où j’étais avant de venir ici, ce n’était pas toujours cela. Nous avons réussi grâce à une bonne entente. Voilà tout le secret. »

            Le voyage de Saint-Georges-de-Mons à Riom, où Marien X. allait être écroué à la maison d’arrêt, fut rapidement accompli, et nous arrivons bientôt devant le palais de justice. Nous le contournons. Dans les couloirs de l’instruction, alors que M. buffet vient de pénétrer dans le cabinet de M. Teissèdre, juge d’instruction, Marien X. est là, entre deux inspecteurs. Il a l’air hébété ; il a le regard vague. C’est un homme qui ne semble plus avoir conscience de ce qu’il a fait, du crime monstrueux qu’il a accompli.

 

Archives Départementales – Le Moniteur du Puy-de-Dôme – 5 BIB 3/103– Journal du 22/03/1932

 

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