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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 10:35

L’horrible crime de Saint-Georges-de Mons

 

Le parquet a poursuivi hier son enquête sur les lieux.

 

L’autopsie des victimes a permis d’intéressantes constatations.

           

           La maison du Château des Bruyères La nouvelle de la tragédie sanglante et horrible de la maison du château des Bruyères a jeté, dès qu’elle fut connue, la plus vive consternation et a soulevé une très grande et indicible émotion. Les circonstances tragiques qui entourèrent la mort de Mlle Marie Loiseau et de Mme veuve Rossignol, firent l’objet de toutes les conversations, et nombreux furent hier, pendant toute la journée, les habitants des villages voisins, des hameaux de la commune et même du canton de Manzat, qui accomplirent le douloureux pèlerinage à la maison du château des Bruyères. Mais ils se heurtèrent à la consigne des gendarmes qui les empêchaient d’approcher et ils durent se contenter de stationner dans un champ voisin, contemplant une haie touffue, derrière laquelle « il se passait quelque chose ».

            Ce « quelque chose », s’était la double autopsie pratiquée par le docteur Grasset, médecin légiste à Riom. Cette opération devait permettre de faire des constatations très intéressantes ; intéressante au plus haut point, et qui allaient détruire les thèses étayées jusqu’ici.

 

Les victimes sont mortes asphyxiées

 Les-victimes.jpg

            Le docteur Grasset examina d’abord les restes de Mme veuve Rossignol. De ce qui restait de la cage thoracique, le praticien put extraire les poumons. Cet examen allait permettre de relever des tâches, dites « tâches de Tardieu », qui dénotaient que la victime avait succombé à l’asphyxie. Mais auparavant Mme veuve Rossignol avait été assommée à l’aide d’une matraque ou d’une crosse de fusil. Elle ne fut point atteinte par la décharge du fusil.

            Par contre, Mlle Loiseau fut blessée à la tête par la décharge ; on retrouva des plombs dans la région du maxillaire supérieur et de l’orbite gauche. Trois autres plombs furent également retrouvés dans la langue, tandis que trois ou quatre autres traversèrent le nez pour aller se loger dans la porte d'un buffet ou dans une boite en carton. Bien que cette décharge ait fracassé le maxillaire et l’orbite, la blessure n’était point mortelle ; tel est l’avis du médecin légiste. On ne retrouve aucune trace de coup.

            Sur les poumons on relève des taches rose encore plus nettes, qui démontrent péremptoirement que Mlle Loiseau fut asphyxiée elle aussi et qu’il faut chercher ici la cause de la mort. Comme on le voit, les conclusions du médecin légiste renversent toutes les suppositions établies jusqu’ici.

 

Comment le drame s’est-il déroulé ?

 

            On se perd alors en conjonctures sur les circonstances du drame. Il devait être 20 heures, puisque l’examen des viscères de Mlle Loiseau a démontré que la victime avait mangé depuis une heure environ.

Les deux femmes sont installées au bord d’une petite table et travaillent. L’assassin, à la faveur de la nuit, s’approche et épie ses victimes un moment. Puis, très près d’un des carreaux, il tire ; la décharge atteint Mlle Loiseau et produit dans la cuisine une très forte détonation. Blessée, n’ayant peut-être plus le contrôle de ses facultés, Mlle Loiseau veut fuir. Elle sort et, contournant sa maison, elle va s’abattre, prise d’un évanouissement ou d’une syncope, près de la haie de clôture. On peut suivre sa trace, des gouttes de sang s’étant écoulées de sa blessure.

Pendant ce temps, après un instant de flottement, l’assassin se ressaisit et pénètre dans la cuisine, où il trouve Mme veuve Rossignol ; ne voulant point peut-être tire une deuxième cartouche, il se précipite sur sa victime et l’assomme. Ensuite, l’assassin cherche Mlle Loiseau et la trouve inerte sur le sol. Il pense l’avoir tuée. Peut-être eut-il l’idée alors de faire brûler le cadavre, ce qui expliquerait la présence d’un foyer. Il retourne dans la cuisine où il va se livrer à la même et sinistre besogne. Mais, au dehors, le feu n’a pas voulu prendre. Il saisit sa victime, qui devait respirer encore et la transporte alors dans la cuisine, à côté du corps de Mme Rossignol. Puis, le monstre, fouillant tous les meubles, s’empare de l’argent et des titres. Pourtant, il négligea une petite boîte qui contenait des pièces d’argent. En redescendant, il dut arroser de pétrole le corps de Mme Rossignol pour entretenir le foyer, et il s’enfuit. Mais, répétons-le bien, ce ne sont là que des suppositions.

Toute la nuit, et ceci est confirmé par les déclarations du médecin légiste, le corps de Mme Rossignol se consuma très lentement, et le foyer dégageait une très épaisse fumée, qui provoqua l’asphyxie. Aussi il est permis de dire que les deux femmes durent avoir une terrible et douloureuse agonie.

 

L’enquête

 

            Dès vendredi soir, à 21 heures, la police mobile de la 6e brigade de Clermont-Ferrand, arriva sur les lieux. M. le commissaire de police mobile Buffet prit alors en main l’enquête, assisté des inspecteurs Delort, Tufféry et Cambacédès. Les meubles furent visités, mais malgré toutes les recherches il n’a pas été possible de retrouver les économies et titres des deux victimes. D’autres constations intéressantes furent faites, mais nous devons les passer sous silence pour l’instant.

            Au début de l’après-midi, le Parquet de Riom revint au « Château des Bruyères », tandis que le capitaine Glandut était revenu dès les premières heures de la matinée. Les résultats des autopsies étant connus, l’enquête se poursuivra maintenant très activement. Comme nous le disions hier, la tâche des enquêteurs est rude, mais nous avons causé longuement hier dans le pays et tous ceux que nous avons approché n’ont point hésité à nous déclarer qu’il s’agissait « d’un crime local ».

            Tout est là et nous voulons espérer que bientôt le voile du mystère du « Château des Bruyères » sera déchiré.

            Nous n’en dirons pas plus aujourd’hui.

 

Jean Danilo

Archives Départementales – Le Moniteur du Puy-de-Dôme – 5 BIB 3/103– Journal du 20/03/1932

 

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