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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 08:30

Un horrible drame à Saint-Georges-de-Mons

 

Deux femmes sont sauvagement assassinées

L’auteur de ce crime monstrueux tente de faire brûler les cadavres de ses victimes – Le vol doit-être le mobile de cet abominable forfait – On ne possède aucun indice permettant d’aiguiller les recherches.

 

L’année 1932 sera-t-elle, tout comme l’année 1928, de fameuse mémoire, une année sanglante. Verra-t-elle une inquiétante et terrible recrudescence de la criminalité dans le département du Puy-de-Dôme ? Tout jusqu’ici, permet d’en faire le sinistre présage. A peine commencée, aux premiers jours de janvier, c’est le drame de l’auberge sanglante des Vaissettes, à Picherande ; puis, un peu plus tard, c’est le drame de Combronde. Plus près de nous, au début de mars, c’est la fusillade de la rue Niel, à Clermont. Trois drames, cinq victimes et une personne très grièvement blessée, tel était le malheureux bilan de ce premier trimestre, qui n’est pas encore terminé, de l’année 1932. On pouvait cependant espérer que la liste allait s’arrêter là ; l’opinion publique était déjà vivement émue et cette émotion était augmentée du fait que l’auteur du drame de Picherande n’était pas identifié et arrêté.

Ces jours derniers, on apprenait que l’assassin de Roche-d’Agoux, Jules Beauvilliers qui, malgré qu’il ait tué son grand-père, sa tante et sa cousine, avec une extrême sauvagerie, avait échappé à l’échafaud, s’était évadé du bagne où il expiait, expiation trop douce, son horrible forfait. Cette évasion, signalée par une laconique dépêche, contenant une liste de 28 bagnards, qui avaient réussi à prendre « la belle » remettait en actualité le crime de Roche-d’Agoux, resté célèbre dans toute la région de la montagne de Riom et aussi dans le département.

Est-ce le hasard, le destin, la fatalité, qui ont voulu, que cette même région soit encore le théâtre d’une nouvelle et sinistre tragédie, qui laisse bien loin derrière elle en sauvagerie, en cruauté, le drame de Roche-d’Agoux et de Picherande. Deux femmes qui vivaient seules dans une humble maison de campagne, au hameau de Mazal, commune de St-Georges-de-Mons, ont été, au cours de la nuit de jeudi à vendredi, assassinées sauvagement, et, son crime accompli, le bandit a tenté, obéissant à on ne sait quels mobiles, de faire disparaître les cadavres de ses victimes en les faisant brûler. Mais cette répugnante et sinistre besogne ne fut point terminée et le monstre, après avoir fouillé tous les meubles et s’être vraisemblablement emparé des économies des deux femmes, s’enfuit à travers  la campagne, ayant sa retraite favorisée par la complicité de la nuit profonde.

Une vision macabre s’offrit à ceux qui eurent la douloureuse surprise de découvrir le crime et tous ceux qui ont été appelés hier sur les lieux garderont longtemps le souvenir de cette petite cuisine où, sur le sol gisaient deux corps inertes, l’un à moitié carbonisé.

L’enquête ouverte dès le milieu de la matinée, et menée très activement, n’avait pas permis, en fin de journée, de réunir un faisceau de présomptions permettant d’aiguiller sur une piste sérieuse les recherches de l’information judiciaire. Espérons que cette deuxième journée, qui s’annonce excessivement chargée pour les enquêteurs, permettra de trouver la clef de cette nouvelle tragédie et que bientôt, l’assassin – le mot n’est pas assez fort pour qualifier un tel forfait – sera arrêté et attendra dans l’angoisse l’heure de l’expiation, un matin, par une aube sale, une aube d’exécution.

Et maintenant, nous allons essayer de fixer pour nos lecteurs, les circonstances du drame.

 

Au château des Bruyères

Il y a très longtemps, s’élevait, sur la commune de Saint-Georges-de-Mons, près du hameau de Mazal, à 400 mètres environ, le château des Bruyères. De cette résidence, ne subsistent aujourd’hui qu’une vieille tour en ruine et démantelée, et des fondations où un abreuvoir-lavoir a été édifié par la suite. Non loin de ces ruines, il y a une trentaine d’années, des cultivateurs édifièrent une petite maison, et bientôt les gens du pays donnèrent la dénomination de Château des Bruyères à la nouvelle construction.

Il y a six ans environ, la maison fut vendue à Mlle Marie Loiseau, âgée de 63 ans, qui demeurait alors à Paris. Enfant de l’Assistance publique de Paris, Mlle Marie Loiseau avait été élevée par des cultivateurs de Mazal, les époux Rossignol. Puis à l’âge de 13 ans, elle quitta ses parents nourriciers et fut placée. Mais Marie Loiseau revenait tous les ans passer quelques jours dans le pays où elle avait vécu son enfance. Elle resta plusieurs années domestique chez une vieille dame, à Paris, et c’est dans le courant de l’année 1926 qu’elle songea à venir se reposer, ayant amassé quelques économies. C’est alors qu’elle fit l’acquisition du « Château des Bruyères », propriété composée de la maison, d’un jardin et d’un petit lopin de terre.

Agée de 63 ans, elle vivait là une existence paisible, et pour arrondir le montant de ses ressources, elle prenait chez-elle des travaux de couture ou de tricotage et allait deux ou trois fois par semaines à Manzat donner « un coup de main » pour le ménage à des commerçants de la localité. Elle avait au hameau de Mazal des voisins avec qui elle était très liée, notamment Mme veuve Rossignol-Binet, qui était une de ses amies d’enfance. Mme Marguerite Binet, veuve Rossignol, âgée de 61 ans, née en novembre 1870 au village de Mazal, avait perdu son mari, au début des hostilités, en 1914. Depuis, elle était restée chez son frère, cultivateur à Mazal, et sa sœur habitait le village voisin de Rochefort, toujours situé sur la commune de St-Georges-de-Mons. Il y a trois nas, M. Binet décéda et on « régla les affaires » de famille. La veuve Rossignol vendit ce qui lui revenait et continua d’habiter avec sa belle-sœur, à Mazal.

            Vers la Saint-Martin, au cours de l’automne dernier, Mlle Marie Loiseau proposa à la veuve Rossignol de venir habiter avec elle. Elle accepta et vint bientôt partager l’humble et paisible existence de sa camarade d’enfance Marie Loiseau. On savait dans le pays que les deux femmes avaient par devers elles « quelque argent », vingt à trente mille francs, disait-on, en bons titres ou en beaux billets bleus. En un mot, elles n’étaient point dans le besoin, d’autant plus que la veuve Rossignol était titulaire d’une pension de veuve de guerre.

            « Dis à la Marie Loiseau de se dépêcher »

Rien ne laissait présager le drame, brutal et horrible. On ne connaissait point d’ennemis aux deux femmes. Pourtant, des voisins leur disaient à plusieurs reprises : « Vous n’^tes pas peureuses, les femmes ; vivre ainsi toutes seules dans le Château des Bruyères. » En effet, la maison de Mlle Loiseau est éloignée de 400 mètres du hameau de Mazal, situé en contre-bas ; puis le plus proche village ensuite est celui de Lafond, situé à un kilomètre, sur le côteau d’un autre vallon. En face, à trois kilomètres, le village de Rochefort.

            Hier matin, à 8 h. 15, Mme Marie Rougier, épouse Rossignol, cultivatrice à Mazal, s’était rendue à Manzat. Passant devant le magasin de M. Cannaud, coquetier, elle s’entendit appeler par le jeune fils Cannaud, qui lui dit : « Vous passez au Château des Bruyères ; voulez-vous dire à Mlle Marie Loiseau de venir bien vite, autrement je ne peux pas aller en classe. » En effet, tous les vendredis matin, les époux Cannaud s’absentent pour suivre les marchés et s’approvisionner. Ils demandaient à Mlle Loiseau de venir tenir leur magasin et faire leur ménage.

            Hier matin, il était 8 h. 15, et Mlle Loiseau n’était pas là, elle qui était si ponctuelle.

            Mme Rossignol-Rougier quitta aussitôt Manzat et, par des chemins de traverse et des sentiers, elle arriva à Mazal et se rendit au Château des Bruyères. A une certaine distance, elle sentit une très forte odeur de brûlé, puis arrivant devant la maison, elle aperçut qu’un des carreaux de l’unique fenêtre de la cuisine était brisé. Une fumée s’échappait de la pièce. Inquiète, Mme Rossignol-Rougier voulut se rendre compte.

            Passant son bras par le carreau brisé, elle fit jouer l’espagnolette de la fenêtre et poussa. Mais une fumée très intense, une odeur très forte, qui prenait à la gorge, s’échappèrent de la cuisine. Mme Rossignol entendit un grésillement, comme quelque chose qui brûlait.

            En proie à la plus vive émotion, ne cherchant plus à comprendre, elle se rendit en hâte au hameau de Mazal, où elle prévint son mari et les voisins, qui tous accoururent bien vite à la maison des Bruyères.

            Les hommes montèrent par l’escalier extérieur, dans l’unique pièce du premier étage, qui était la chambre à coucher des deux femmes. Mais les deux lits étaient vide, les meubles ouverts avaient été fouillés. Le drame apparut alors.

Une horrible vision

            En bas, Mme Rossignol avait réussi à ouvrir la porte ; sur le seuil, se trouvait un drap de lit neuf, qui venait d’être façonné. La cultivatrice aperçut alors, malgré la fumée, deux corps qui gisaient à terre ; l’un d’eux était consumé par un feu qui semblait couver lentement. Devant cette vision d’horreur, Mme Rossignol recula. Son mari, saisissant un seau, alla chercher de l’eau au lavoir tout proche et en jeta le contenu sur le cadavre d’une des victimes. Une odeur de chair brûlée, calcinée, de pétrole, d’huile, une odeur indéfinissable, pénétrante, régnait dans la cuisine et aux alentours.

            La fumée s’étant complètement dissipée, les premiers témoins aperçurent alors le corps à moitié calciné de Mme Rossignol, il ne restait que le haut du tronc et les deux jambes. A côté, la face tournée contre terre, se trouvait le corps de Mlle marie Loiseau, qui avait était atteint superficiellement par le feu. A la tête, les deux victimes portaient d’horribles blessures. Près des victimes, se trouvaient des lunettes, un bas tricoté avec des aiguilles et des débris de bouteilles.

            L’alarme fut bientôt donnée et Me Hom, notaire, maire de St-Georges-de-Mons, alerta la brigade de gendarmerie de Manzat, qui ne tarda pas à arriver sur les lieux.

Les premières constatations

            Dès 10 h. 30, le maréchal des logis-chef Tréfond, commandant la brigade de Manzat, et les gendarmes Charrier, Barnet, Damade et Peyrat, commencèrent leurs premières constatations. Ils furent rejoints sur les lieux du crime par M. Andrieux, juge de paix de Manzat, et M. Chabrol, greffier. Le docteur Bertrand, de Saint-Georges-de-Mons, examina les cadavres, mais ne voulant rien déranger dans l’état des lieux avant l’arrivée du parquet de Riom, ne put dire de quelle façon les deux malheureuses femmes avaient été tuées. Cependant, il indiqua que le bandit avait dû s’acharner à vouloir faire brûler le cadavre d’une de ses victimes, car même un corps imbibé de pétrole ne se serait pas, dit-il, consumé de cette façon. En effet, du bassin, du ventre et des cuisses, il ne subsiste rien que des débris calcinés.

            Les gendarmes se livrèrent, d’une façon très intelligente, à une série de constatations. Un des carreaux de la fenêtre était brisé. A la même hauteur, sur un meuble situé en face, on relève des traces de plombs.

            Mlle Loiseau et Mme Rossignol devaient veiller et faire quelques travaux de couture. Par la fenêtre qui n’a pas de volets, on pouvait facilement les voir, travaillant à la faible lueur d’une petite lampe. Les deux femmes avaient mangé, car on a retrouvé des bols vides sur la table.

            L’assassin s’approchant de la fenêtre, aurait alors tiré un coup de fusil, atteignant peut-être ses deux victimes à la fois. Mme Rossignol dut tomber foudroyée, tandis que Mlle Loiseau, moins grièvement blessée, dut ouvrir la porte et tenter de s’enfuir. Elle se rendit, mais ce ne sont que des suppositions, derrière sa maison, où l’assassin la rejoignit, et là, vers une haie, il dut achever à coup de matraque sa deuxième victime. Un e mare de sang, un béret ensanglanté, sont les vestiges de ce deuxième drame. On relève de nombreuses traces de sang et on croit que le meurtrier voulut faire brûler le cadavre sur place ; on retrouve un foyer, avec du foin, mais le monstre, se chargeant du cadavre, vint le remettre dans la cuisine.

 

Archives Départementales – Le Moniteur du Puy-de-Dôme – 5 BIB 3/103– Journal du 19/03/1932

 

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