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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 08:26

Aux Assises du Puy-de-Dôme


Victor-Voujon.jpgC’est le lamentable épilogue d’une belle histoire d’amour dont les jurés du Puy-de-Dôme auront à connaitre au cours des deux premières audiences de cette session.

Victor Voujon qui, le 18 décembre dernier, à la gare de Gouttières, tenta de tuer sa maitresse, Léa Tardivat, est avant tout un malheureux.

Né en 1905 à Paris, de père inconnu, sa mère l’abandonna à l’Assistance publique et ne chercha jamais à avoir de ses nouvelles. Placé en nourrice chez les époux Barse, à Sainte-Christine, il fut élevé par ses parents nourriciers jusqu’à son départ au régiment, en 1926, et leur donna entière satisfaction.

Dans une ferme voisine grandissait une fillette, Léa Tardivat, dont s’éprit Voujon. Malgré la grande différence d’âge – au moment du drame, Léa Tardivat avait à peine 16 ans – une idylle s’ébaucha, qu’interrompit le départ de l’accusé au régiment. Affecté au 2e Zouaves, Voujon fit pendant dix-huit mois colonne au Maroc.

Lorsqu’il revint au pays, il n’était plus le même ; le jeune homme gai, travailleur, honnête et obéissant avait fait place à un homme taciturne, violent, autoritaire et un peu sournois, disent certains témoignages.

L’idylle interrompue reprit et, après bien des hésitations, Léa Tardivat devint enfin la maîtresse de Voujon. Il semble bien que cette idylle est été passionnée. Mais, peu à peu, le caractère de l’accusé déçut la jeune fille. Les scènes successives et injustifiées, les menaces fréquentes la détachèrent de celui qu’elle avait aimé.

Un jour, ce fut la rupture. Voujon restait toujours très épris et très jaloux. Léa Tardivat quitta à ce moment la ferme paternelle et alla se placer à la gare de Gouttières comme bonne, à l’hôtel du Commerce.

Dans le même temps Voujon s’embauchait aux mines de la Bouble ; mais le dur métier de mineur le rebuta et il revint chez ses parents nourriciers. Cela se passait au début de décembre dernier. Voujon essaya de renouer avec Léa Tardivat, mais celle-ci ne voulut pas se laisser convaincre. A différentes reprises, Voujon alla la voir, la suppliant, mais en vain. Léa restait inflexible.

Le 17 décembre, après un nouveau refus de Léa, Voujon la quitta en lui disant : « Tu auras de mes nouvelles ! ».

Il devait tenir sa promesse. Le lendemain, le 18, à l’aube, il allait rôder autour de l’hôtel où était employée Léa. Il s’était muni d’une canne-fusil empruntée à un camarade. Il guetta son ancienne amie et, alors que celle-ci était seule dans la cuisine, il tira sur elle plusieurs coups de feu – deux, affirme-t-il, trois prétend la victime. Léa Tardivat fut gravement blessée à la tête et dut être transportée à l’Hôtel-Dieu de Clermont, où elle resta de longs jours entre la vie et la mort.

Son acte accompli, le meurtrier prit la fuite et, toute la journée du 18 et la nuit du 18 au 19, il erra à travers la campagne. Il fut arrêté le 19 au matin, à la gare des Ancizes, par un gendarme de la brigade de Manzat, sur l’indication d’un employé de la Compagnie P. O., qui l’avait reconnu à son signalement.

Au cours de l’interrogatoire très minutieux, ne laissant aucun détail dans l’ombre, que lui fait subir le conseiller Amiot, qui préside avec beaucoup d’autorité cette session, Voujon reconnait tous les faits qui lui sont reprochés. Il déclare avoir agi sous l’empire de la jalousie et regretter son acte.

Pour permettre la lecture de certaines lettres d’amour adressées par l’accusé à celle qu’il aimait, le président ordonne le huit clos. Pauvres lettres, en vérité, dont quelques-unes sont ordurières et d’autres, au contraire, copiées sur un Secrétaire du parfait amoureux. Un reproche revient comme un leitmotiv : Léa aime trop la danse.

« Tu aimes trop la danse pour être une bonne femme. Je suis jaloux de ceux qui dansent avec toi ».

L’interrogatoire terminé, on aborde l’audition des témoins et on entend successivement le chef de brigade de Saint-Gervais, qui fit les premières constatations et dirigea les premières recherches, et le docteur Moureyre, médecin légiste, qui indique aux jurés les conséquences des blessures reçues par Léa Tardivat. Cette jeune fille conserve une incapacité permanente de 60%.

Léa Tardivat, la victime, vient à son tour à la barre. Elle retrace les scènes de jalousie continuelles que lui faisait Voujon.

Il était jaloux, dit-elle, violent, méchant.

A une question que lui pose la défense : « Croyez-vous que Voujon vous ai vraiment aimé ? » Léa répond qu’elle ne sait pas, qu’elle ne l’a jamais su.

Au cours de cette confrontation, ni l’accusé, ni la victime ne manifestent d’émotion.

La sœur de Léa Tardivat, Mlle Alice Tardivat, a entendu Voujon déclarer qu’il voulait bien faire de sa sœur sa maîtresse, mais qu’il n’en ferait jamais sa femme légitime. Elle rapporta ces mots à sa sœur.

M. Tardivat père vient déclarer qu’il connaissait bien les relations de sa fille et de Voujon. Il proposa même à l’accusé d’épouser sa fille, mais que sa proposition n’eut pas de suite.

Je lui aurai donné ma fille, bien qu’il n’eut rien. Il est travailleur et ça suffit pour faire la richesse d’un ménage.

M. Barat a prêté 500 francs à Voujon pour lui aider à payer un costume. Il lui a également prêté la canne à fusil « pour tirer les merles ! »

J’avais confiance dans Voujon, que je considérais comme un honnête homme.

M. Barat dit combien il regrette d’avoir eu confiance en Voujon en lui prêtant l’arme avec laquelle il commit son acte.

J’avais tellement confiance en lui, que si j’avais eu besoin de quelqu’un pour garder ma maison en mon absence, c’est lui que j’aurais choisi.

M. Barse, 18 ans, cultivateur à Sainte-Christine,  est le fils du père nourricier de Voujon. Il a été élevé avec l’accusé, dont il ne peut dire que du bien.

M. Félix Durin, chef de gare à Gouttières, a vu, quelques jours avant le crime, Voujon consommant au débit Ramy et porteur de la canne-fusil chargée et débouchée. Il fit même, à ce sujet, une observation à Voujon, qui déchargea l’arme et reboucha la canon.

M. Michel Ramy, restaurateur à la gare de Gouttières, raconte la scène du drame. Il déclare que Léa Tardivat était travailleuse, sérieuse.

Mme Yvonne Ramy, femme du précédent témoin, a entendu très distinctement trois coups de feu. Elle a relevé sa domestique, qui baignait dans son sang. Depuis quelque temps, elle avait remarqué que Léa Tardivat pleurait très souvent. Elle ignorait que Léa avait des relations avec Voujon.

Léa, dit-elle, était une bonne petite fille, sérieuse et travailleuse.

M. Semonssus, cultivateur au Vernet, a eu à son service Voujon. Il ne peut donner sur l’accusé que de très bons renseignements.

M. Eugène Perol, maire de Sainte-Christine, vient confirmer les bons renseignements fournis sur l’accusé. C’était un excellent travailleur, dont les patrons n’avaient qu’à se louer.

M. Etienne Aubignat, cultivateur au Cendre, est un copain, ainsi qu’il le dit lui-même de Voujon, et il n’a jamais eu que de bons rapports avec lui.

D’excellents renseignements sont également fournis par MM. Annet Barbet, Paulin Perol et Perol, marchands de bois à Sainte-Christine.

Sur cette impression favorable à l’accusé, on lève l’audience.

Archives Départementales – Le Moniteur du Puy-de-Dôme – 5 BIB 3/98 – Journal du 09/07/1929.

 

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