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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 08:25

La maison du crimeNotre enquête

Une route luisante de boue ; la Sioule d’un gris terne, couleur d’étain, avec des nuées opaques accrochées aux flancs des grands rocs noirs qui la bordent ; la campagne rousse, triste, avec ses arbres squelettiques, la campagne d’où s’élèvent de grands vols de corbeaux, lamentablement triste sous un ciel d’où tombe une clarté de crépuscule, la campagne parcourue par une brise acide qui vous jette à la face une odeur de terre mouillée et d’herbe pourrie. Digne décor de la dernière scène d’un drame d’amour.

Autour de la gare de Gouttières, on ne trouve guère que des cafés et des hôtels. Celui des Ramy est en face de la station ; un bâtiment long et bas, un étage ; une cour le précède avec, à droite et à gauche, de petites bâtisses.

M. Ramy est allé, comme nous l’avons dit, accompagner la blessée à Clermont.

Sa femme est toute émue encore par l’horrible spectacle qu’elle a aperçu lorsque, descendant précipitamment de sa chambre, elle a trouvé Léa Tardivat effondrée derrière la porte.

En entrant dans l’hôtel ; un couloir avec, au bout, un escalier conduisant au premier étage ; tout près de la porte d’entrée, à droite et à gauche, deux autres portes ; celle de droite ouvre sur la cuisine, l’autre sur la salle de café.

Un trou dans une vitre et dans le rideau de celle de la cuisine. Le meurtrier, après avoir passé quelques instants dans une des bâtisses de la cour en attendant que la jeune fille se lève, (on nous montrera la trace de ses pas sur le sol de terre battue) s’est précipité lorsqu’il a dû entendre Mme Ramy dire qu’elle allait descendre.

-          Léa se leva, je l’entendis sortir ; elle resta peu de temps dehors. Lorsqu’elle fût rentrée, elle me demanda l’heure. Je lui répondis qu’il était 6 heures et que j’allais descendre la rejoindre.

J’entendis peu après la porte du couloir s’ouvrir. Je crus que c’était un client matinal… et j’entendis la détonation. Quelques secondes s’écoulèrent, puis Léa cria : « Victor, arrête-toi, je me rends ! ». Deux autres coups de feu se firent entendre.

Ma belle-mère, mon mari et moi nous descendîmes alors, pour trouver notre bonne, derrière la porte qu’elle avait poussée, râlant et perdants son sang en abondance. J’ai crié, appelé à l’aide… ».

Mme Ramy nous montre une flaque de sang, derrière la porte. Une petite fontaine est là, à laquelle la jeune fille s’était accrochée d’une main. Mme Ramy nous dit aussi combien elle aimait Léa Tardivat, à laquelle elle n’a eu à faire aucun reproche depuis qu’elle était chez elle. Sa conduite était régulière, elle semblait ne plus vouloir fréquenter Victor Voujon, pas jolie, d’ailleurs, elle ne flirtait pas avec les autres jeunes clients de la maison. Mais depuis quelques temps elle semblait inquiète, et surtout depuis samedi dernier.

Mme Ramy mère descendit la première après le drame. Moins facile à émouvoir que les autres, elle téléphona quelques minutes plus tard à la gendarmerie de Saint-Gervais.

Assise tout à côté du fourneau, à l’endroit même où devait se trouver la jeune fille lorsqu’elle fut atteinte, une femme sanglote : Mme Tardivat.

Pauvre femme : une vie de dur labeur, dix enfants, dont cinq encore vivants et dont un lui a, dit-on, causé déjà quelques peines.

Sur un mur, une tâche de sang : Léa Tardivat a appuyé là sa tête, lorsqu’elle ouvrait la porte de la cuisine.

Nous verrons plus tard M. Duron, chef de gare qui, aux appels de Mme Ramy est accouru, armé de son fusil.

Avant le drame.

On suit facilement la trace du meurtrier, avant le drame. Voilà d’abord ses parents nourriciers, les Barse, qui sont à leur ferme des Vernets, avec leurs deux enfants. Ils sont atterrés car ils aimaient bien Victor Voujon.

Ce dernier, même lorsqu’il avait travaillé ailleurs, était venu souvent les voir. Souvent il couchait chez eux.

La semaine dernière, il y était déjà venu. Il était armé d’une canne-fusil qu’il avait empruntée, dit-il, à un ami, pour tuer des merles. Il ne l’avait plus dimanche soir. Lundi, il était parti, disant aller travailler à Volvic.

On avait été quelque peu étonné de le voir revenir dans la soirée. Mais il dit avoir manqué le train.

Comme à l’ordinaire, on lui donna l’hospitalité et il coucha avec le fils Barse, Maurice, âgé de 18 ans. Celui-ci ne constata rien d’anormal, dans l’attitude de son ami, qui sembla reposer tranquille. Bien qu’ils fussent de bons camarades, Victor Voujon n’avait, d’ailleurs, rien dit de ses amours à Maurice Barse.

Ce dernier n’a pu voir s’il était armé lorsqu’il entra dans la maison. Il n’y avait pas de lumière dans la pièce. Peut-être l’autre avait-il caché son arme non loin de là…

Victor Voujon se leva peu après 5 heures et partit vers 5h 30. Par une « coursière », il y a moins d’une demi-heure de chemin entre les Vernets et la gare de Gouttières.

Les Barse se rendormirent et ce fut dans la matinée seulement qu’ils apprirent le coup accompli par leur pupille…

La canne-fusil, arme du crime, n’appartient pas à Voujon. Il l’a empruntée à des cultivateurs de la Bauge, les Barrat. Il ne leur a d’ailleurs pas emprunté que cela.

M. Barrat et son fils sont, avec les gendarmes, à la recherche du meurtrier. Mme Barrat nous explique :

« Il est venu chercher la canne-fusil, il nous l’a remise, puis il est venu la rechercher. Il a dit que c’était pour tuer des merles. Vous pensez que si on avait su pourquoi c’était faire, on aurait préféré lui donner un coup de pied au … quelque part…

Et il nous doit cinq cent francs. Notre fils devant partir sous peu au service militaire, il devait le remplacer. Il nous a dit qu’il avait besoin d’un complet et nous lui avons prêté ce qu’il voulait… On le reverra plus maintenant ».

Une trouvaille

En quittant la Bauge, nous voyons des hommes éparpillés dans les champs, parmi les genêts, certains armés de fusils.

Dirigés par les gendarmes, ils cherchent Voujon. Les gendarmes ont fait une trouvaille : des chaussettes, un pantalon, dans des genêts, au lieu-dit la Bouche-Vieille. Ce pantalon appartient à Voujon qui l’avait emporté sous son bras en quittant les Barse.

Dans une poche on découvre un billet : « Adieu la vie pour toujours, je viens de tuer ma maîtresse ».

C’est une des rares traces du passage de Voujon après le drame, qu’on trouve. On sait qu’il a erré autour de la gare de Gouttières ; il semble qu’il soit parti dans la direction de Saint-Eloy.

A-t-il pris le train ? S’est-il donné la mort ?

On l’a cherché tout le jour, et jusque dans des puits de mine abandonnés. Les brigades de gendarmerie des environs ont été alertées, les chefs de gare ont été prévenus.

Nulle part on ne l’a vu.

Qu’est devenu le meurtrier ?

On ne croit pourtant pas qu’il se soit donné la mort. Il semble plutôt qu’il ait cherché à quitter le pays. Il devait avoir, en effet, réuni quelque argent pour cela : les 500 francs des Barrat, peut-être celui mis sur son livret par l’Assistance publique, le produit de la vente de sa bicyclette.

Il est, en tout cas, toujours armé. Les Barrat lui avaient prêté, en même temps que la canne, cinq cartouches. Trois seulement ont été tirées – notons qu’une seule douille a été retrouvée sur les lieux du drame.

Tard dans la soirée, le Parquet de Riom est arrivé sur les lieux. MM. Roland, juge d’instruction, Vigier, substitut, Laporte, commis-greffier.

Les magistrats, après avoir entendu divers témoins, ont saisi le rideau de la porte de la cuisine. Une commission rogatoire a été envoyée à M. Sanciaux, chef de la Sureté, à Clermont, pour qu’il entende, s’il le peut, la victime.

La police mobile a également été prévenue et continuera, aujourd’hui, les recherches, en collaborations avec la gendarmerie. René Dulac

 

Archives Départementales – Le Moniteur du Puy-de-Dôme – 5 BIB 3/96 – Journal du 19/12/1928.

 

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