Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 14:29

 

Un jeune homme tire trois coups de feu sur une bonne d’hôtel

Il s’agit d’un drame de la jalousie. Le meurtrier à pris la fuite.

Encore du sang !... 1928 – année sanglante pour notre région – va s’achever sur un drame dont a été le théâtre un des nombreux cafés qui entourent la gare de Gouttières.

Ce drame : un drame de l’amour. Une jeune fille, appartenant à une nombreuse famille, avait connu un pupille de l’Assistance publique. Ils s’aimèrent. Peut-être songèrent-ils à unir leurs destinées d’enfants pauvres.

Un jour, elle quitta le village où ils s’étaient aimés. Peut-être en connut-elle un autre et l’aima-t-elle comme elle avait aimé le premier ; peut-être comprit-elle qu’il était bien tôt, si jeune qu’elle était, pour lier sa vie à celle de son premier ami.

Toujours est-il que l’idylle qui se poursuivait depuis longtemps ; ce roman d’amour qui avait eu pour décor de douces nuits de printemps et d’ardentes nuits d’été ; l’amoureux délaissé ne rappelait-il pas dans ses lettres une nuit de mars et un soir de 13 juillet ; s’est terminé brutalement par un matin blême et froid ; un matin où le brouillard ouatait et attristait toutes choses…

Il a tiré sur elle trois coups de feu.

Et, cependant que, pauvre petite chose gémissante, elle s’effondrait derrière une porte, il s’est enfui. On ne sait où.

Le meurtrier et la victime.

Comme nous l’avons dit, le meurtrier, Victor Voujon, est un pupille de l’Assistance publique. Il est né le 7 juillet 1905 à Paris et a, par conséquant, 23 ans.

Il fut confié à l’âge de 10 mois, à un brave cultivateur des Vernets, commune de Sainte-Christine, M. Pierre Barse, qui l’éleva du mieux qu’il put, en même temps que ses enfants.

Voujon, excellent garçon, était assez aimé dans le pays.

Un peu avant son service militaire, il se plaça chez un charcutier d’un autre village de la commune de Sainte-Christine, Les Cendres, chez M. Semonsou.

Il partit au service militaire, fit ce service dans les tirailleurs, au Maroc, d’où il envoya de nombreuses lettres ou photographies à ses parents nourriciers et à ses amis, puis lorsqu’il l’eût terminé, revint chez son ancien patron.

Là, il fit la connaissance de la jeune Léa Tardivat, qui allait devenir son amie, puis sa victime.

Originaire de Virlet, où elle est née en mars 1912, Léa Tardivat habita les Cendres jusqu’à ces derniers temps. Ses parents y étaient métayers, dans la propriété de M. Perol.

Il y a trois mois environ, les Tardivat allèrent se fixer à Bussières, près de Pionsat. Les Tardivat sont pauvres, très pauvres, aussi décidèrent-ils de placer leur fille. Ils la confièrent à M. Ramy, le si sympathique hôtelier de la gare de Gouttières.

Vers la même époque, Victor Voujon quitta les Cendres. Il parla d’entrer comme domestique de ferme à la Bauge, tout près de l’endroit où demeurait son amie. En attendant que la place fût libre, il travailla quelques temps à la mine qui n’est pas, non plus, loin de là.

Puis il parla un jour, après un court voyage, de se faire carrier. Il devait aller à Volvic et y prendre son travail hier.

« Je me souviendrai toujours »

Depuis qu’elle est chez Ramy, Léa Tardivat n’était pas tranquille. Les Ramy, auxquels elle avait été confiée, veillaient sur elle, la conseillaient et faisaient qu’elle ne sortit pas trop seule. Déjà jaloux, car il ne dansait pas – et elle dansait souvent avec d’autres jeunes gens lorsqu’elle était aux Cendres – Victor Voujon le devint encore plus. Lors de ses rencontres avec son amie, ce n’étaient que querelles.

Et il l’avait menacée, après qu’elle l’eût, vraisemblablement éconduit. Elle n’osait plus, la nuit, quitter la maison. Quoique ne s’en ouvrant pas à ses patrons, elle semblait encore plus inquiète depuis quelques jours.

Il lui avait écrit de nombreuses cartes, dont l’une disait : « Je me souviendrai toujours d’une nuit de mars et d’une nuit de 14 juillet ».

Elle l’avait revu dimanche et lundi. Lundi soir, il devait partir pour Volvic.

Il n’y partit pas. Et ce fut le drame.

Trois coups de feu.

Hier matin, Léa Tardivat se leva, comme à l’ordinaire, pour ouvrir la maison. Il était environ 6 heures. Le premier autobus arrive à 6h 15.

Elle alla dans la cour, rentra, bourra le fourneau de la cuisine.

Ce fut, comme elle se livrait à cette besogne, que le premier coup de feu éclata. Tirant d’un couloir, à travers la porte vitrée de la cuisine, Victor Voujon l’avait atteinte à la tête. On devait apprendre plus tard que le jeune homme s’était servi d’une canne-fusil.

La jeune fille, quoique blessée, se précipita alors vers la porte, l’ouvrit, le supplia, chercha à le désarmer. Il tira deux fois encore, mais les deux fois, vraisemblablement, elle réussit à faire dévier le coup.

On pense qu’elle put le pousser dehors ; elle ferma la porte du couloir et s’effondra derrière.

Ce fut là que ses patrons, et le chef de gare de Gouttières, M. Duron, ceux-là alertés par les détonations, celui-ci par les cris des premiers, la trouvèrent affaissée, au milieu d’une mare de sang et râlant.

La blessée à l’Hôtel-Dieu

On releva Léa Tardivat et on la transporta dans la cuisine.

La gendarmerie de Saint-Gervais fut prévenue. Le chef de brigade Gaillard accouruit, accompagné des gendarmes Marre et Sailliol.

Le drame s’était déroulé à 6 heures. A 6h 30, ils étaient sur les lieux. Voyant que la blessée était dans un état grave, le chef Gaillard appela le docteur Francoz de Saint-Gervais.

Celui-ci donna quelques soins à la jeune fille, puis ordonna son transfert à l’Hôtel-Dieu de Clermont.

Le voyage, effectué dans la voiture de M. Déchaume, qu’accompagnait M. Ramy, ne devait pas trop affecter Léa Tardivat. Elle avait pu parler à ses patrons et aux gendarmes ; à l’Hôtel-Dieu, elle prononça quelques paroles.

Pis on état s’aggrava. Un docteur pratiqua l’opération du trépan. Léa Tardivat n’avait reçu qu’une seule blessure, mais terrible dans la région fronto-pariétale. 70 plombs furent retirés.

Après l’opération, l’état de la blessée fut loin de s’améliorer et dans la nuit, on craignait une issue fatale.

La blessée et ses patrons entendus, les gendarmes, ne conservant aucun doute sur l’identité du meurtrier, se mirent à sa recherche. Ils trouvèrent des traces de son passage mais leurs recherches, dans lesquelles ils furent aidés par des habitants de Gouttières et des villages voisins devaient demeurer vaines.

René DULAC

 

 

Archives Départementales – Le Moniteur du Puy-de-Dôme – 5 BIB 3/96 – Journal du 19/12/1928.

 

Suite de l'article

Partager cet article

Repost 0
Published by jacot63 - dans Près de chez vous
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de jacot63
  • Le blog de jacot63
  • : Communiquer, s'informer, animer et rechercher sur la commune de Saint-Priest-des-Champs.
  • Contact

  • jacot63

Annonce :

ENVOYEZ NOUS VOS PHOTOS POUR LA COMMÉMORATION DE 14-18

Recherche

Post-it

16/06/2012 : Mise à jour des conscrits de 1903.

 

Articles Récents

  • Guerre de 39-45
    Trouvé sur Mémoires des Hommes : ARNAUD Auguste François, né au Teilhot, le 3 décembre 1909, fils d'Hippolyte et de Marie Eugénie BARSSE. Militaire au 105e R. I. F., Mort pour la France, le 10 avril 1942, à Altenwörth (Allemagne), par noyade au cours...
  • Les conscrits de 1921
    Il reste encore beaucoup de personnes à identifier ! TIXIER Joseph PETIT Germain JOUHET Gilbert MAZERON Pierre Il reste à identifier : AUBIGNAT Lucien François, né le 16 septembre 1901 à Courtine, fils de Jean et de Marie TIXIER, cheveux châtains, front...
  • Pêle-mêle d’informations cantonales - 1911 (1)
    Saint-Gervais – Les obsèques de l’abbé Prévost Vendredi, ont eu lieu à Saint-Gervais les obsèques de M. l’abbé Prévost, curé doyen de cette paroisse. Elles ont revêtu le caractère d’un deuil public, tellement le défunt était connu et aimé de toute la...
  • Les conscrits de 1926
    Merci à Michèle CHASSAGNETTE pour ce nouveau nom : Martin Sylvain Marcel CHASSAGNETTE de l'Ebeaupin, chasseur au bataillon de chasseurs alpins est décédé à Trêves 21 août 1926. Rang 1, en haut, de gauche à droite Rang du milieu, de gauche à droite GOUYON...
  • François CROMARIAS, chirurgien militaire
    Encore une fois, merci à Monsieur Jacques PAGEIX pour cette magnifique biographie d’un enfant de Saint-Priest-des-Champs. Merci aussi de m’autoriser à créer un lien sur son blog. Vous pourrez ainsi avoir le plaisir de lire un article passionnant. Voici...
  • Ils pourraient être sur le monument, un de plus
    Merci à Chantal TAYTARD, pour avoir signalé Pierre TAYTARD, dont l'acte de décès est inscrit dans les naissances de 1809. SOLDATS DE SAINT-PRIEST-DES-CHAMPS MORTS EN DEHORS DE L’HEXAGONE Lors des campagnes militaires engagées entre 1792 et 1914 Pierre...
  • Ils pourraient être sur le monument
    SOLDATS DE SAINT-PRIEST-DES-CHAMPS MORTS EN DEHORS DE L’HEXAGONE Lors des campagnes militaires engagées entre 1792 et 1914 Dans les registres de l’état-civil, les transcriptions des décès n’apparaissent qu’en 1807. Avant 1807, durant toutes les grandes...
  • Drame à la gare des Ancizes (4)
    L’alibi d’Aït Mouloud est exact Mais, s’il est reconnu innocent du crime, l’Algérien est maintenu en état d’arrestation pour des vols Nous avons signalé hier le geste de l’Algérien Aït Mouloud ben Mouloud qui, se sachant recherché par la police mobile...
  • Nos jeunes gens émigrés (1)
    L’émigration des maçons Jusqu’au début du XXe siècle, comme nos voisins creusois, beaucoup d’hommes de Saint-Priest-des-Champs partaient, dès la fin de l’hiver, les uns vers Lyon, principalement sur les grands chantiers du bâtiment, les autres dans les...
  • Les fondations pieuses
    Un arrêt de la Cour de Riom Nous avons déjà signalé les nombreux jugements rendus en matière de fondations pieuses et qui sont une condamnation du projet de loi de spoliation voté par la Chambre. La Cour d’appel de Riom vient de rendre, à la date du 26...

Compteur de visites

Logiciel genealogie Geneatique ">