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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 19:04

 

Riom, le 29 mai 1909

L'inspecteur de l'enseignement primaire à M. l'inspecteur d'académie

 

J'ai l'honneur de vous rendre compte à l'enquête à laquelle j'ai procédé le 25 mai au sujet de la plainte portée par Mlle Martin, institutrice à Saint-Priest-des-Champs contre son adjointe Mme Lager.

Il n'est bruit à Saint-Priest que de la lutte ouverte entre « les institutrices ». Sans que j'ai fait savoir mon arrivée à qui que ce soit, le premier mot du maître d'hôtel, quand il sait qui je suis, est celui-là : « ah! Vous venez pour l'enquête! ». M. le maire n'entend parler que de cela sur tous les points de la commune. Il ne sait qui à tort ni qui à raison, mais il estime que cela ne saurait durer plus longtemps. Et en présence de nombreuses plaintes qu'il reçoit des pères de famille, il allait saisir le Conseil municipal de la question.

L'historique de la question m'est fait par M. Chaumette, pharmacien, qui, d'après Mme Lager, désirait vivement être appelé. D'après lui, la lutte aurait commencé avant même l'installation de Mme Lager. Mlle Martin aurait pris des renseignements, se serait vantée de l'empêcher de venir, et finalement aurait décidé de lui faire la vie dure, comme elle la faisait d'ailleurs aux adjointes précédentes, « des victimes ». Une série d'incidents se seraient ainsi produits jusqu'à la scène du 8 mai. Sur ces incidents, j'aurais désiré interroger les élèves des deux classes: je dois y renoncer, après avoir entendu, de la pièce où nous sommes, Mlle Martin parler de l'affaire à ses élèves. Mlle Aupetit, Boudet, etc..., anciennes élèves, me donnent d'ailleurs la version de Mlle Martin sur quelques uns de ces incidents. Mme Lager aurait arraché violemment un registre des mains de Mlle Martin; sa mère aurait un jour bousculé Mlle Martin en luis disant: « Pauvre femme! ». La mère de Mme Lager dès le début entrait dans la classe enfantine comme chez elle, allez plumait des poulets avant la classe, elle y tricotait pendant la classe, elle y donnait des répétitions de lecture et Mme Lager aurait répondu aux observations faites par Mlle Martin que sa mère n'allait pas dans sa classe pour y mettre le désordre. Mme Lager se serait plainte devant ses élèves que Mlle Martin ne lui fournissait pas assez de charbon pour chauffer sa classe; elle aurait dit en classe que Mlle Martin avait défendu de faire les travaux à l'aiguille, etc..

Nous retrouvons ces deux derniers faits dans la plainte portée en février dernier contre Mlle Martin. Il m'a toujours semblé que cette plainte ne pouvait émaner que de Mme Lager à qui j'avais dû rappeler pour la deuxième fois le 2 janvier 1909 que toutes ses communications devaient suivre la voie hiérarchique. Au moment de cette plainte Mme Lager, interrogée par moi, refusait par deux fois de me fournir aucune explication sur les faits allégués, faits qui concernaient sa classe, qui s'étaient produit dans sa classe, sous le prétexte qu'elle ne voulait pas porter de plainte contre sa directrice.

La scène du 8 mai est ainsi contée par Mme Lager. Le matin, à 9h ½, Mme Lager se trouvant dans le corridor avec ses élèves aurait été bousculée par Mlle Martin. A 9 heures du soir (une heure bien singulière pour une explication!) Mme Lager frappait à la porte de sa directrice et entrait en disant: « j'ai à vous parler ». A ce moment Mlle Martin se serait mise à faire la comédienne; elle aurait appelé une voisine: « Mme Grandsaigne, montez vite; j'ai peur ». Mme Lager qui nie avoir tutoyé Mlle Martin s'était pourtant contentée de dire: « Vous m'avez battu, si vous y revenez, ça ne pourra pas faire, je me plaindrai et ça ne pourra pas faire (sic) ».

Interrogée sur le propos qui concerne M. Chaumette, Mme Lager déclare qu'elle aurait dit simplement: «M. Chaumette est au courant de bien des choses! ».

Mme Grandsaigne, une vieille grand-mère maintient le propos tel qu'il est rapporté par Mlle Martin. Elle a entendu le tutoiement et les mots de « bourrique, vieille imbécile, vieille folle, va te laver! ». Mme Denis également est très affirmative. Quant au fils Denis, boucher, il apporte la note pittoresque. Il n'a pu distinguer aucune parole parce qu'il arrivait de la place au moment où « ça gueulait »!

Du côté de Mme Lager, M. Chaumette qui était à sa pharmacie à l'autre bout du bourg, est persuadé que Mme Lager n'a pas employé ces expressions. Mme Lager se contente de dire tout tranquillement: «  Mme Denis, vous faites erreur! - Mme Grandsaigne, vous ne dites pas la vérité; à votre âge, c'est d'autant plus vilain! ».

Il est à noter que jamais Mme Lager ne m'a mis au courant de cette scène et des bruits qui couraient. Elle opère elle-même « Tout en ne faisant pas de plainte, je la (Mlle Martin) fais marcher encore droit », me déclare-t-elle. Pour cette scène comme pour la plainte d'avril, elle a refusé de me fournir aucune explication écrite (Lettre ci-jointe).

Je ne me dissimule pas que Mlle Martin peut avoir des torts. Peut-être est-elle exigeante et autoritaire avec ses adjointes: aucune de celles qui ont passé à Saint-Priest depuis trois ans ne m'a jamais rien dit à ce sujet. Sans aller jusqu'à penser avec ses adversaires qu'elle n'est pas bien équilibrée, je croirais volontiers qu'elle manque parfois d'équilibre, de tact, de pondération. J'inclinerais à croire qu'elle a « ses petites idées » comme dit un témoin. Dans cette journée du 8 mai elle m'a paru fort extravagante et m'a laissé une assez pénible impression lorsque je suis entré dans sa cuisine où attendaient les témoins cités par elle. J'ai dû lui faire enlever six bouteilles de liqueurs variées qui attendaient sur la table qu'on leur ôtât capsules et bouchons... Mais enfin, si elle a des torts, j'aurais dû le savoir par Mme Lager à qui j'ai demandé trois fois de me le faire connaître si elle avit à s'en plaindre. Mme Lager ne saurait avoir le droit de se faire justice elle-même, de faire « marcher droit » sa directrice, et surtout de le faire en présence des élèves.

Il n'est pas surprenant que les parents soient outrés de ces scènes continuelles, de ces mots prononcés parfois, tels me disait l'un d'eux, que des illettrés ne se le permettraient pas ». Quel détestable exemple à donner aux enfants que celui-là! Et quelles mauvaise conditions pour faire un bon service.

C'est surtout le service de Mme Lager qui souffre de cet état de choses. Si Mme Lager n'accepte pas les observations de sa directrice, c'est tant pis, car on se plaint surtout de la classe enfantine, et ce n'est pas sans raison. La 1ère division de la classe sait à peine lire; une fillette de 7 ans, Clémence Cromarias, depuis 18 mois à l'école, est incapable d'assembler deux lettres. Mme Lager prétend que cette fillette ne fréquente pas régulièrement et le registre d'appel mentionne au plus 3 ou 4 absences par mois. Ce registre est d'ailleurs le plus mal tenu que j'ai jamais vu.

Mme Lager a dû prendre un congé au cours de cette année. Mais plusieurs fois dans l'année elle a fait dire à sa directrice qu'elle ne descendrait pas faire sa classe. Et l'on m'a cité des fillettes venues de 4 kilomètres par la neige et le froid obligées de s'en revenir un jour que Mlle Martin fatiguée elle-même n'avait pu réunir les deux classes. Jamais Mme Lager ne m'a prévenu de ces absences irrégulières; elle semble ignorer qu'elle a des chefs ou plutôt elle ne veut pas communiquer avec eux, car elle n'ignore pas qu'ils pourraient lui demander des comptes, et pour éviter des explications embarrassante, elle marque, au registre d'appel, des absences dans la colonne du jour où elle n'a pas paru en classe. Elle me répond à ce sujet: « je sais celles qui manquent ordinairement! ».

Je conclus, il me paraît pas possible de laisser plus longtemps ces deux institutrices en présence l'une de l'autre. Les incorrections et l'attitude de Mme Lager justifient suffisamment une mesure à son égard; les scènes continuelles quelle fait à sa directrice « pour la faire marcher droit » donnent aux élèves de détestables exemples, compromettent leurs progrès, et portent atteinte au bon renom de l'école laïque. Il y a lieu de procéder d'urgence à son déplacement.

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Published by jacot63 - dans L'enseignement
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