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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 21:38

Les écoles avant et pendant la révolution entre Cher et Sioule, par J. SEMONSOUS

Revue d’Auvergne, tome 76, N° 4, année 1962.


I.                   Deux ou trois écoles pour quarante paroisses

Chacun sait qu’autrefois il y avait fort peu d’écoles, en Combraille auvergnate comme partout ailleurs.

Je ne veux pas refaire l’historique des écoles confiées à des congrégations religieuses enseignantes, fréquentée par les fils des bourgeois des villes, grandes ou petites, destinés à devenir avocats en parlement, juges royaux ou seigneuriaux, notaires, ou simplement à tenir la boutique des parents ; il n’en existait d’ailleurs pas ici.

Mais, de-ci, delà, dans les grosses agglomérations, il y avait quelque école, tenue par un prêtre communaliste ou par un maître laïque, toujours d’ailleurs nommé par le curé du lieu, sous son étroite surveillance et approuvé par l’évêque, inspecteur.

Qu’apprenait-on dans ces écoles ? Les fils des artisans du lieu, les commerçants, des paysans aisés du voisinage y apprenaient d’abord à épeler, puis à lire un peu, à écrire, au moins leur nom, pour signer les actes dans lesquels ils seraient appelés à être témoins, un peu à compter pour pouvoir tenir un livre de comptes aide-mémoire.

Pour les filles, parfois, quelque dame pieuse apprenait des rudiments aux fillettes d’un gros bourg, mais je n’ai pas souvenance d’avoir rencontré nulle part, entre Cher et Sioule, aux actes notariés ou aux registres de catholicité, de signature de femmes, si ce n’est, par hasard, de la noblesse ou de la haute bourgeoisie.

Car, des signatures au bas des pages d’actes est un critérium du degré d’instruction : il s’en voit à Pionsat, il y en a moins à Montaigut et à Saint-Gervais ; ailleurs, c’est si rare d’en rencontrer qu’on s’arrête, curieux, à une page d’acte de mariage, par exemple, qui en contient, pour voir quels personnages de la région avaient été invités à la noce. Et, je suis bien certain qu’aucun présent – et à fortiori aucun témoin d’acte public – n’aurait voulu manquer une des rares occasions de sa vie où il pourrait montrer son habileté – relative – à tracer, combien de fois sans les attacher, les lettres de son nom ; une plume « d’oye », c’est si petit en comparaison du manche d’outil qu’on manie habituellement que ça se perd entre les doigts…

On juge par le degré… d’ignorance des campagnes de Combraille au XVIIIe siècle.

Le matériel scolaire ? Des bancs pour s’asseoir, bien sûr ; une planche que l’on pose sur ses genoux et qui est percée d’un trou pour la suspendre au mur la classe finie, une plume d’oie plus ou moins bien taillée, apanage de ceux qui apprennent à écrire après avoir appris à épeler, puis à lire dans le Liber Jésus Christi pro Simplicius, imprimé dès 1505 pour les diocèses de Clermont et de Saint-Flour, ou peut-être la Doctrine chrétienne, éditée par les jésuites de Billom en 1556. Mais, le livre n’appartenait pas aux élèves ; il était à l’école, et seul le maître avait le droit de le toucher, de montrer les lettres à épeler, les mots à lire, à l’aide d’un bâtonnet pointu, mais émoussé pour ne pas détériorer les pages.

Punition pour bavardage ou autre enfantillage ; le piquet dans un coin, le bonnet d’âne, des coups de baguette de noisetier longue de trois ou quatre mètres parfois, des coups de fouet, lanière ou manche.

Moyen de chauffage ? Une grande cheminée, devant le feu de grosses bûches, de laquelle on cuisait, alors qu’au fond de la salle, vaste, peu aérée, peu éclairée par de petits carreaux et humide on gelait l’hiver ; aussi, pour se protéger du froid est-il courant de s’abriter le corps sous le grand « capuchon » du pays, ample pèlerine d’épaisse serge bleue « maillée », raide et lourde et de s’envelopper les jambes dans une botte de foin, les pieds nus au chaud dans des sabots de bois secs, pendant que ceux du trajet perdent un peu de leur humidité, alignés près du feu.

La rétribution du maître est variable. Suivant les écoles, par mois, elle va de 5 sous pour apprendre à lire, 10 sous pour apprendre à lire, écrire et un peu compter, à 20 sous et même 30 pour apprendre un peu d’arithmétique et de latin.

Généralement la classe dure de 7 heures à 9 heures le matin et de 1 heure à 3 heures le soir, de Pâques à la Toussaint. Vacances ? Une quinzaine de jours en septembre. A quatre heures par jour de classe, pas de devoirs à la maison, ni de leçons à apprendre, c’était peut-être suffisant : on évitait quand même le surmenage scolaire.

Les quelques maîtres d’école, ai-je dit, étaient nommés par le curé et sous sa surveillance constante, même au collège de Pionsat ; à son passage, tous les huit à douze ans il est vrai, l’évêque inspecteur s’informe de leur nom, de leurs qualités et les approuve s’ils sont laïques. Si c’est un vicaire ou un communaliste l’approbation est tacite.

Voyons les procès-verbaux des visites épiscopales des archives départementales du Puy-de-Dôme.

A Montaigut en mai 1729, répondant à l’évêque Massillon, le curé dit avoir « des maîtres et maîtresses d’école qui font leur devoir » (A.D. IG, R. 24, p.v. 78) ; par contre, en mai 1737, « il n’y a ni maîtres, ni maîtresses d’école fondés. Quelques-uns des prêtres filleuls enseignent les garçons et de bonnes filles, les filles…). L’évêque, toujours Massillon, fait écrire : « Et sur les observations qui nous ont été faites du grand nombre d’enfants qui demeurent sans instruction et dont la plupart formeraient des sujets pour l’Église et pour l’État s’ils étaient bien élevés, nous avons représenté au vénérable curé et aux prêtres filleuls de ladite ville et église qu’il conviendrait prendre pour l’établissement d’un ou plusieurs écolâtres, une portion dans les revenus annuels de la communauté desdits prêtres filleuls, exemptés de tous les offices et assistance au chœur si le ou lesdits écolâtres sont prêtres du lieu ; à quoi faire lesdits vénérable curé et prêtres filleuls adhérant, nous ordonnons, qu’à l’avenir il sera pris une portion annuelle dans le partage et distribution des biens et revenus de la communauté des prêtres filleuls pour être employée à l’entretien et honoraire d’un ou deux écolâtres qui seraient choisis par lesdits curé, prêtres filleuls, officiers de justice de ladite ville et de nous approuvés, à la charge que ledit ou lesdits écolâtres seront tenus d’enseigner les principes du latin à la majeure partie des enfants du lieu qui se trouveront avoir l’ouverture et disposition pour les sciences et qu’ils les instruiront dans la foi et les principes de la religion chrétienne… » (A.D., IG, R. 31, P.V. 65). En 1784 (A.D., IG, R. 47, p.v. 28), il n’est pas trace d’école. Je pense qu’elle avait disparu, d’après les pièces de la Révolution, à moins que l’évêque de Bonal qui se désintéressait apparemment de l’instruction de ses fidèles, n’ait pas jugé bon de faire écrire un petit mot pour nous renseigner sur la bonne volonté qu’auraient manifestée les curés et prêtres filleuls dudit Montaigut à sacrifier une toute petite part de leur temporel pour instruire leurs jeunes compatriotes.

A Saint-Gervais, en 1729, réponse à Massillon : « Il y a un maître d’école dont le curé nous a rendu son témoignage ; nous lui défendons néanmoins d’instruire les jeunes filles que le curé aura soin de faire instruire par quelques autres filles » (A.D., IG, R.24, p.v. 31).

En 1737, « Il ya un maître d’école qui enseigne les garçons, fondé par les seigneurs du lieu au moyen d’un domaine appelé des Coureix, paroisse de Chambonnet. Une vieille demoiselle enseigne les filles (A.D., IG, R.29, p.v. 63). En ce 1737, Antoine Morin, maître d’école, âgé de 68 ans, a requis l’évêque Massillon de lui permettre « d’enseigner les filles dans un temps différent et une salle différente des garçons » … « ce que nous lui avons permis sous susdites conditions » (A.D., IG, R.29, p.v. 63). En 1784, comme à Montaigut, la question : y a-t-il une école, est restée sans réponse ou du moins l’évêque de Bonal n’a pas jugé à propos de la mentionner.

 

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