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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 14:56

Les Grands Jours d'Auvergne eurent lieu à Clermont du 28 septembre 1665 au 30 janvier 1666 pour réprimer les abus commis par une partie de la noblesse de la Province afin de "tirer les peuples de l'opression des puissant", selon les mots du procureur général Denis TALON.

Il y eut près de 12.000 plaintes.

En quatre mois, sur les 1360 affaires, il y eut 692 condamnations prononcées, dont 87 concernaient les nobles. Sur les 347 condamnations à la peine capitale prononcées, seulement 23 seront exécutées. Source Wikipédia

 

Au hasard des nombreux procès décrits dans l'ouvrage, les mémoires de Fléchier sur les grands jours d'Auvergne, il en est un édifiant sur la condition sociale paysanne. Ce procès est celui d'une coutume qui va contre l'esprit des lois du royaume.

 

C'est le texte ci-dessous que nous fait partager Chantal TAYTARD, une de nos fidèles lectrices.

 

 

Extrait de « Les mémoires de Fléchier sur les Grands-Jours d’Auvergne en 1665 » (préface et note de Fernand Dauphin)

 

« Les messieurs des Grands-Jours, qui s’étaient dispersés la veille de la fête, se réunirent deux jours après, et travaillèrent comme auparavant. Dans la première audience, ils jugèrent une cause assez célèbre, que deux avocats de Riom plaidèrent aussi bien que le pouvaient des gens nourris dans la province, qui ne manquent pas d’esprit, mais qui n’ont pas le tour ni la politesse de Paris, et de qui l’on peut dire, comme Messala disait de Tite Live, qu’ils ont encore l’air de leur pays, et qu’ils font bien connaître qu’ils sont de Riom et de Clermont. Voici le sujet du procès : les chanoines réguliers de Saint-Augustin, qui ont plusieurs maisons en ce pays, ont un droit de domination fort particulière dans un certain endroit du pays de Combrailles, par lequel ils ont des sujets esclaves et dépendant d’eux en toutes manières. Les coutumes écrites de ces provinces, l’usage et la longue possession les autorisent ; mais il semble que la charité chrétienne et les règles de la douceur évangélique sont fort contraires à cette servitude personnelle, qui consiste à ne pouvoir point sortir du lieu de leur habitation, sans la permission des seigneurs, à n’être pas libres dans la disposition de leurs biens, les seigneurs étant leurs héritiers au préjudice de tous les parents collatéraux, et à mille autres redevances fort onéreuses1.

Quelques-uns voulurent s’exempter de cette sujétion, et demandèrent la liberté avec instance. Ils avaient quelque raison en ce qu’ils étaient nés d’un père libre, et qu’ils prétendaient que la condition se tirait de celui qui était le premier dans la famille et le principal auteur de la naissance, et que le malheur qu’ils avaient d’être sortis d’une mère esclave ne devait point faire de conséquence pour leur état ; que quand il n’y aurait aucune prééminence du père, il fallait prendre les choses du côté le plus favorable, et que, selon la commune façon de parler, le bon emporte le pire. Cela paraissait si bien fondé que la théologie, même la plus saine, tient que, si Adam n’eût pas péché, sa femme aurait eu beau manger des pommes, nous n’en aurions point senti d’incommodité. Les autres criaient au contraire contre des esclaves qui voulaient rompre leurs chaînes et briser leurs fers, et soutenaient que la mère doit faire la condition des enfants, parce que, quoi qu’elle ne soit pas le principal principe de notre naissance, elle en est le plus assurée. Ils alléguaient les diverses coutumes de la province qui sont expresses sur ce fait. Ils avaient l’autorité des lois anciennes, qui laissaient dans la condition d’esclave, lorsque l’un ou l’autre parent l’était, parce que les mariages des esclaves n’était pas de véritables mariages : non matrimonia, sed sodalitia ; ils faisaient enfin valoir cette maxime vulgaire, que la naissance suit la condition de la mère : partus ventrem sequitur. M. Talon dit les plus belles choses du monde sur l’esclavage et sur la liberté, et quelque apparence qu’il y eût de maintenir ce droit d’usage et de coutume, il trouva que ces droits étant odieux et contraires aux lois du christianisme, il fallait les réformer, et conclut à la rédemption de ces captifs sans chaînes ; mais il ne fut pas suivi, et la cour apppointa2 l’affaire.

 

1 La coutume d’Auvergne rédigée en 1510 prouve que, dès cette époque, il n’y avait plus de serfs dans cette province. Mais dans les contrées voisines, et principalement dans le pays de Combrailles, le servage a duré jusqu’à l’édit d’août 1779, par lequel Louis XVI abolit la servitude personnelle dans la France entière (Note de M. Chéruel).

2 Appointer une affaire, c’était en fixer le règlement à l’époque où les parties auraient produit les pièces.

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