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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 11:41

Saint-Priest le 15 mai 1837

 

M. le Sous-préfet,

 

La commune de Saint-Priest-des-Champs a pour demeurant un ecclésiastique vénérable pour son âge et qui a su se concilier, par son zèle, sa charité et ses vertus, le respect et l’estime de tous ses paroissiens. Craignant de ne pouvoir remplir seul les pieux devoirs qui lui sont imposés M. le curé a désiré un vicaire. Mais ce jeune prêtre est bien loin d’inciter l’exemple et de suivre les conseils de celui auquel il doit cependant respect et soumission, ses actes sont aussi agressifs que ceux de M. le curé sont bienveillants, sa conduite publique et privée aussi scandaleuse que celle de M. le curé est édifiante.

Voici quelques-uns de ces faits :

1°) Des personnes pieuses, les demoiselles Molle, Cluzel et Vergniol, avaient obtenu de M. le curé, moyennant rétribution, la permission de placer un banc dans l’église ;  le vicaire voulant détruire ce banc l’a brisé à plusieurs reprises, malgré les exhortations et les justes remontrances de M. le curé ; j’ai été présent à une de ces scènes fâcheuses, je me suis alors vainement joint à M. le curé pour faire cesser ce scandale, le vicaire Cosson revêtu de son surplis n’en a pas moins continué son œuvre de destruction.

2°) Un chœur de chanteuses a été formé dans notre église, mais la division s’est bientôt glissée parmi les jeunes filles qui le composaient. Au nombre de ces chanteuses était une fille naturelle dénommée Quitonne que sa mauvaise conduite avait fait expulser de chez M. le curé où elle était domestique. Cette fille est devenue la protégée de M. le vicaire qui va journellement chez elle et même pendant la nuit, aussi la Quitonne est-elle la chanteuse en titre de la paroisse, et de prédilection de M. le vicaire.

3°) Cet ecclésiastique oubli son caractère et ses devoirs jusqu’au point de se rendre dans les veillées où la réunion de jeunes personnes des deux sexes excite une espèce de licence que M. le vicaire est loin de réprimer.

4°) Il y a à Saint-Priest un instituteur primaire auquel on peut adresser de justes reproches, cependant M. le vicaire voit cet homme dans l’intimité, va souvent chez lui, s’assoit à sa table avec de jeunes filles et ne s’y fait pas remarquer pour sa tempérance et son ton de réserve.

Bien malheureusement pour M. le vicaire, et encore plus pour le caractère dont il revêtu, ces faits sont devenus publics, il est le jouet des enfants qui le poursuivent de leurs cris ; les jeunes gens le tournent en ridicule, les personnes honnêtes et sensées le méprisent et s’éloignent de lui.

Une manifestation assez publique de l’opinion du pays sur le compte de M. le vicaire a eu lieu, le jour du mardi gras, à Saint-Priest-des-Champs, cinq jeunes gens s’étaient travestis et masqués ; l’un deux couvert d’une mauvaise chemise d’homme dont il avait retroussé les manches, et coiffé d’un vieux chapeau auquel il s’était efforcé de donner la forme d’un bonnet carré, gesticulait de son mieux et tachait d’imiter M. le vicaire cassant les bancs à l’église, malgré les prières et l’opposition formelle de M. le curé et de M. le maire. Cette caricature de mauvais goût excita beaucoup de rires ; peut-être donna-t-elle à quelques plaisanteries sur le compte de M. le vicaire, mais au moins est-il certain que l’ordre ne fut pas troublé et que les personnes et les propriétés n’eurent à souffrir aucune attaque ; j’étais alors chez moi au sein de ma famille et je puis affirmer que je n’entendis rien dire qui peut exciter une sollicitude.

Cependant une lettre ou note insérée dans la Gazette d’Auvergne (n° 15 et sous la date du 22 février 1837), apprenait qu’à Saint-Priest, « l’habit sacerdotal avait été trainé dans la boue, la carmagnole dansée, le chant du départ chanté, plusieurs vols tentés ou commis, des cadenas forcés, des portes brisées, etc… et qu’au milieu de tout un diocèse l’autorité locale est restée neutre, ce qui nous ferait présumer qu’elle avait consenti à ces succès qui nous rappellent 93. Ce soupçon nous parait d’autant mieux fondé, que quelques jours auparavant et notamment le 21 janvier on avait vu notre digne maire courir les veillées à la tête des masques. Ö tempora. Ö mores. »

Je ne connus cet article que par les lettres qui me furent successivement adressées par M. le Procureur du Roi et M. le Juge de paix. Je me hâtai de prendre les informations les plus minutieuses, et m’étant rendu certain qu’il n’y avait ni plaignant, ni délits à réprimer, je dus tranquilliser l’autorité et faire insérer dans la Gazette une réponse à l’article calomnieux que je vous ai signalé.

Voici, Monsieur le Sous-préfet, les faits que je devais vous faire connaitre, ils doivent vous convaincre que le vicaire Cosson n’est pas propre à faire le bien dans la paroisse et qu’il ne peut que nuire à l’heureuse influence que M. le curé y a exercée jusqu’à ce jour.

La lettre qui a été insérée dans la Gazette ne peut qu’avoir rendu plus vive la juste réprobation qui poursuit cet ecclésiastique. L’opinion publique le signale comme l’auteur de cet article calomnieux qui contient des imputations tellement graves et odieuses qu’il n’est pas étonnant que celui qui les a inventées soit aujourd’hui pour toutes les personnes honnêtes de St-Priest un objet de mépris et d’indignation.

C’est vainement que le vicaire Cosson voudrait désavouer cet écrit, il ne pourrait convaincre personne. Aucun habitant du pays, autre que lui, n’était en état d’inventer autant de calomnies et de les formuler en libellé ; personne, autre que le vicaire Cosson, n’avait intérêt à faire insérer dans la Gazette une production aussi dégoutante…..l’Opinion publique le signalait comme un prêtre peu édifiant ; le fait scandaleux des bancs brisés à l’église, rapproché à la scène du carnaval qui avait pour objet d’en faire la caricature vivante, désignait assez l’auteur de l’article. Enfin, M. le curé lui-même est obligé de reconnaitre que son vicaire est l’inventeur et le rédacteur de ce petit chef-d’œuvre de mensonges. Il me l’a dit à moi-même en m’expliquant que si mon nom avait figuré dans ce dégoutant article, c’était parce que je m’étais réuni à lui (M. le curé) pour empêcher de briser les bancs placés dans l’église. Au reste, je ne doute pas que M. le curé interrogé convenablement et avec le ménagement que sa position commande, ne rende hommage à la vérité tant sur ce dernier fait que sur ceux que j’ai déjà cités.

Je sais, M. le Sous-préfet, d’avoir attiré votre attention sur une conduite aussi blâmable, c’est vous avoir fait sentir la nécessité de provoquer le changement du vicaire Cosson. Trop malheureusement ce vicaire s’est mis dans l’impossibilité de faire aucun bien, sa conduite privée attire le mépris sur lui ; sa violence et son caractère irascible dans l’exercice du Saint ministère scandalisent ou irritent les paroissiens. La diffamation qu’il s’est permis contre les habitants de Saint-Priest-des-Champs, rendent tous bons rapports impossibles. Je crois donc remplir un devoir de bon administrateur en vous priant de faire tous vos efforts pour obtenir le changement d’un homme qui ne peut que nuire à la religion et être un obstacle à l’ordre.

J’ai l’honneur

Signé Baisle, maire.

Archives Départementales 2 V 34

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