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3 mars 2021 3 03 /03 /mars /2021 18:17

Un médecin à dit, en 1789, en parlant des paysans auvergnats : « Ces sortes de gens vivent si rapprochés entre eux dans leurs chaumières, et prennent si peu de précautions contre la contagion des épidémies que si l’un d’entre eux contracte une maladie, bientôt elle se communique à toute la famille et au village et y fait des ravages étonnants. »

Ainsi, le manque total d’hygiène, et la mauvaise alimentation, étaient une porte ouverte à la maladie pars suite de la promiscuité dans laquelle on vivait et la moindre résistance qu’offrent débilités à l’envahissement par les microbes, ces microbes infectieux dont on n’avait aucune idée autrefois : aussi, des familles entières se trouvaient être des victimes offertes aux maladies infectieuses. N’ai-je pas trouvé, dans une même famille des Paillers de Menat, 6 décès en une semaine. Au Montel-de-Gelat, en trois jours, en mars 1778, meurent le père, la mère et le fils. On relèverait une infinité d’exemples comme ceux-là sur les registres de catholicité si on s’en donnait le but. Et puis, le paysan se soignait-il ?

Quelles étaient ces maladies si meurtrières ? Il est difficile de le savoir aujourd’hui.

Legrand d’Aussy (Voyage en Auvergne, t. III) avait relevé sur les rapports de subdélégués de 1786, en dehors des endémies normales dans certaines régions : goître dans les vallées, crétinisme en pays vinicole, etc., des maladies chroniques et accidentelles que l’on désignait sous les adjectifs d’aiguës, d’épidémiques et autres pareilles.

Pour la délégation de Montaigut, il cite : fièvres intermittentes, militaires, putrides et cathorrales. Dans la subdélégation de Langogne, sud de la Combraille : fièvres tierces, très peu de pleurésies, quelques fluxions de poitrine. Je n’ai rien trouvé pour les cantons actuels de Pionsat, Menat et Saint-Gervais, alors et depuis 1630 rattachés à la province du Bourbonnais au point de vue administratif et dont les archives de la série C ont brûlé à Moulins lors d’un incendie en 1856.

Les fièvres intermittentes, c’était le paludisme, causé par les piqûres de moustiques en zone marécageuse ou d’étangs, autrefois nombreux, piqûres qui introduisaient dans les globules rouges du sang des sporozoaires parasites du genre plasmodium. Le plasmodium vivax qui donnait la fièvre tierce bénigne, accès de fièvre à 40° tous les trois jours ; le plasmodium malariae, qui donnait la fièvre quarte, avec accès tous les quatre jours ; le plasmodium falciparum, qui donnait la fièvre tierce maligne et les fièvres pernicieuses pouvant amener la mort par des embolies de parasites dans les capillaires du poumon, de l’intestin, du foie, surtout du cerveau.

La fièvre militaire était la maladie épidémique connue sous le nom de suette militaire, dont l’agent microbien est encore, à ma connaissance, inconnu ; il provoque après une courte période d’incubation, 12 à 24 heures, une fièvre violente, 40 à 41°, très pénible durant les deux à quatre jours de la période d’invasion ; puis suit une période de cinq à huit jours durant laquelle une éruption abondante, à apparence de rubéole ou de scarlatine, se produit sur la nuque, le dos et la poitrine ; des phénomènes nerveux accompagnent ces états successifs, puis la desquamation se fait entre le huitième et le quatorzième jour. La morbidité était souvent faible, mais avait parfois atteint 35, 50 et même 80% des cas.

La fièvre putride d’autrefois me parait englober ce qu’on appelle aujourd’hui la septicémie et l’infection purulente, infections très voisines, la première n’étant que le premier stade de la seconde. Elles seraient une et l’autre provoquées par le streptocoque, seul ou associé au vibrion septique qui vivent à la surface des plaies non désinfectées, puis pénètrent dans l’intérieur des vaisseaux pour provoquer une infection généralisée et la mort le plus souvent, avec fièvre plus ou moins intermittente, mais toujours très élevée. Comme autrefois on avait aucune notion d’hygiène, ni désinfectants efficaces, normalement chaque plaie, chaque accident grave, ou même une simple piqûre ou écorchure devenaient la cause de bien des morts après huit à quinze jours de lutte de l’organisme.

Les fièvres catharrales dont parle le subdélégué de Montaigut, étaient celles produites par les inflammations aiguës ou chroniques de toutes les muqueuses, c’est-à-dire bronches, estomac, intestins, vessie, oreilles, etc…, avec augmentation des sécrétions normales ; mais, sans doute il voulait surtout parler des maladies des bronches et des poumons : simples trachéites, bronchites aiguës, soit produite par les microbes vulgaires de l’inflammation, soit spécifiques, étant un symptôme de la grippe, de la thyroïde, de la rougeole, de la coqueluche, de la tuberculose ; les bronchites capillaires, et broncho-pneumonies, les pneumonies et sans doute toutes les affections pulmonaires telles que les congestions pulmonaires, les pleurésies, etc…

Quelques lignes sur la petite vérole, que nous appelons aujourd’hui variole. Cette maladie est caractérisée par l’apparition sur le visage d’abord, sur le corps ensuite, de petites tâches rouges qui deviennent des boutons, puis des pustules dont le liquide se transforme peu à peu en pus. Enfin, le pus sèche et tombe, laissant à la place des cicatrices caractéristiques qui rendaient les gens d’une laideur si remarquable, quand ils n’en mourraient pas.

La vaccination obligatoire en France qu’on en fait aujourd’hui dans les première, dixième et vingtaine années, préserve de ce fléau d’autrefois dont les épidémies terribles entrainaient la mort de 50 à 75% de ceux qui en étaient atteints, des familles entières parfois, et à tout âge. Le tiers des gens qui en avaient survécu gardaient dons le sur le visage des signes bien apparents, des trous caractéristiques.

J’ai cherché à savoir la proportion de gens qui en avaient été atteints sans en mourir grâce au signalement des volontaires de la levée de 300.000 hommes en mars 1793, chiffres des quelques quarante communes d’entre Cher et Sioule que j’a étudiées (A.D. P.-de-D., série l, l. 4826).

Ces chiffres représentent de 30 à 50% des jeunes, recrues de 18 à 25 ans environ, non mariés encore, qui, ayant été atteints de variole en étaient guéris. Mais on constate des différences énormes de pourcentage. Ainsi, dans les communes du canton de Montaigut, de même qu’à La Cellette, à Saint-Maigner, au Montel-de-Gelat, à Ayat, à Châteauneuf, où on émigre peu, on atteint souvent à peine 20%, alors qu’à Bussières-de-Pionsat, Rochedagoux, Château-sur-Cher, Saint-Maurice-de-Pionsat, Vergheas, Saint-Gervais, Gouttières et Saint-Priest-des-Champs où l’on émigre beaucoup comme maçons dans la vallée de la Saône et le Lyonnais ou la Limagne, on atteint 50% et plus. Toutefois on ne saurait être affirmatif sur ce point : Biollet, Charensat, Villosanges, pays aussi d’émigrants-maçons, étaient peu atteints. On pourrait considérer aussi les lieux de passage et d’arrêts de voyageurs, dans lesquels, bien qu’on émigre peu, il y a un fort pourcentage de conscrits marqués par la petite-vérole. Ce serait le cas de Montaigut même où on enregistre 48% ; mais alors, pourquoi le Montel-de-Gelat qui parait surtout vivre de son commerce frauduleux de sel avec les innombrables faux-sauniers qui viennent charger leurs chevaux dans la région, a-t-il un si faible pourcentage ?

Les maladies les plus courantes

Revue d’Auvergne – J. SEMONSOUS, Comment on soigne au XVIIIe siècle entre Cher et Sioule

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