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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 17:14

Un pauvre hère est tué à coups de fourche par un réfugié

 

Dans l’après-midi de dimanche, un drame sanglant s’est déroulé, au domaine de la Villatelle, près de Saint-Gervais-d’Auvergne.

François-Joseph Moitry, un réfugié de l’Est, âgé de 66 ans, a tué, à coups de fourche, dans des circonstances particulièrement horribles, Michel Tabarant, âgé de 56 ans. Tous deux étaient employés au même domaine comme domestiques de ferme.

 

Sur les lieux du crime

Le Parquet de Riom, prévenu par dépêche, s’est rendu hier matin à la Villatelle, située à deux kilomètres environ de Saint-Gervais.

Dès onze heures l’enquête, commencée par la gendarmerie, a été continuée par les magistrats.

Tandis que MM. Blache, procureur de la République, et Desnier, juge d’instruction, assistés d’un commis-greffier, faisaient des constatations et entendaient des témoins, M. le docteur Chabanet, médecin-légiste, procédait à l’autopsie du corps de la victime.

Le domaine de la Villatelle, qui entoure le beau château de M ; Claude Revon, se compose d’une série d’importantes exploitations agricoles qui nécessitent un nombreux personnel. Plusieurs réfugiés y sont occupés et y gagnent largement leur vie.

 

Un ivrogne

            François-Joseph Moitry, qui avait travaillé déjà chez divers propriétaires du Puy-de-Dôme, était arrivé à la Villatelle dans les premiers jours d’octobre : on avait besoin d’ouvriers agricoles, on l’accepta sans trop lui demander de certificats. D’ailleurs, il était réfugié et avait droit par cela même à une certaine pitié.

            Malgré ses soixante-six ans, c’est un homme solide et vigoureux, à l’allure décidée, très alerte mais fort ivrogne. Il buvait constamment de l’eau-de-vie, de la blanche, dont on a trouvé une bouteille sous son traversin.

            Quand il était ivre, il se montrait plus particulièrement agressif, méchant, dangereux. Il cherchait querelle à tous les autres domestiques, proférait des menaces qu’il mettait souvent à exécution.

            Un soir, se présenta au château, pour y être embauché, un pauvre hère d’aspect minable, Michel Tabarant, âgé de 56 ans. Depuis quarante-huit heures il n’avait pas mangé. Il était à bout de forces. On lui donna l’hospitalité dans une grange.

            Le lendemain, il offrit de travailler dans le domaine : il savait soigner les bestiaux ; il était quelque peu rebouteux, vétérinaire empirique ; il connaissait des remèdes pour donner de la vigueur aux chevaux. Ce chemineau avait tant roulé de village en village, de ferme en ferme, qu’il avait appris bien des choses sur sa route. Oh ! il ne demandait pas grand-chose pour prix de ses services : une botte de paille sous un toit, pour dormir, une soupe le matin, un croûton de pain le soir.

            Ces propositions étaient acceptables. Michel Tabarant fut accueilli comme garçon d’écurie ; il avait la charge des 15 vaches qui se trouvaient dans cette partie du domaine et, aussi, 18 chevaux qui logeaient dans un bâtiment voisin. Il devait partager la besogne avec Moitry.

 

La loi du plus fort

            Le réfugié ne vit pas sans déplaisir l’installation de Tabarant, qu’il considéra tout de suite comme un intrus. Il déclara au pauvre diable que lui seul, Moitry, avait la direction de l’étable et de l’écurie. Il lui imposa les travaux les plus pénibles, tandis qu’il se grisait du matin au soir.

            Tabarant ne se plaignit pas tout d’abord. Il avait tellement connu de jours de misère, de nuits passées à la belle étoile, de souffrances physiques et morales, qu’il n’osait rien dire de peur d’être jeté à nouveau sur la grande route au moment où venait l’hiver tueur de pauvres gens. Il se soumit, courba l’échine, se livra à un labeur opiniâtre bien lourd pour ses faibles épaules.

            Moitry vivait heureux. Si le régisseur faisait des observations sur quelque négligence dans le travail quotidien, il accusait Tabarant qu’il représentait comme un fainéant.

            Samedi soir, le réfugié injuria de la façon la plus grossière le malheureux qui, pour une fois, eut un sursaut d’indignation et qui leva le bras dans la direction de son insulteur, mais il n’insista pas. A quoi bon ?

            Bien que moins âgé que Moitry, il n’était pas de taille à se mesurer contre le réfugié. Petit, chétif, traînant sa jambe droite ankylosée, épuisé par toutes sortes de privations, Tabarant n’avait qu’à subir la loi du plus fort.

 

La scène du meurtre

            Dimanche, vers 4 heures, dans l’étable, Moitry recommença ses insultes. Tabarant protesta faiblement. Le réfugié le frappa d’un coup de poing au visage. Tabarant chancela sur ses faibles jambes, mais retrouvant un peu d’énergie, il prit un bâton et en porta un coup sur la tête de Moitry qui fut légèrement blessé.

            Alors, furieux, le réfugié saisit son adversaire, le traina au dehors, le renversa dans la cour, sur une mare de purin et de boue, et, s’emparant d’une fourche, en frappa le pauvre hère.

            Onze fois de suite, Moitry enfonça les pointes de la fourche dans la tête du malheureux. Il frappa avec rage, avec sauvagerie, férocement. La cervelle jaillit, le sang coula par onze blessures.

            Quand le meurtrier eut constaté que Tabarant était mort, il s’en alla tranquillement boire deux litres de vin.

            La scène sanglante n’avait pas eu de témoins.

            Ce n’est que le soir, vers 6 heures, que des domestiques, passant de ce côté, découvrirent le cadavre.

            Moitry avoua cyniquement son crime.

            Hier, en présence des magistrats instructeurs, il a eu une attitude plus humble. Il a prétendu que s’il avait frappé, c’était parce qu’il se considérait en état de légitime défense.

            Moitry sera écroué ce matin à la maison d’arrêt de Riom, en attendant sa comparution devant la Cour d’assises.

F. Ronserail

Le Moniteur du Puy-de-Dôme – 7 décembre 1915

 

Le meurtre de Saint-Gervais

            François-Joseph Moitry, l’auteur du meurtre de Tabarant à la Villatelle, est originaire des Ardennes.

            Quand les Allemands sont entrés dans son pays, il a été emmené en captivité : il a passé plusieurs mois en Allemagne et a été renvoyé en France, au mois d’avril, dans un convoi de réfugiés. Il vint à Clermont-Ferrand. Comme il avait sur lui un certificat de bonne vie et mœurs et manifestait le désir de travailler, le Comité des Réfugiés le plaça, comme ouvrier agricole, dans l’arrondissement de Riom où il se fit remarquer tout de suite par son caractère violent et ses habitudes d’intempérance.

            Il n’était à la Villatelle que depuis le mois d’octobre.

            François-Joseph Moitry a été écroué hier à la maison d’arrêt de Riom.

 

Le Moniteur du Puy-de-Dôme – 8 décembre 1915

 

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